LKS CHIENS A LA GUERRE
parti pris, ils auraient reconnu que ce procédé n’a rien en soi de plus cruel ou de plus barbare que tant d’autres inventés par les Hommes pour s'entre-tuer, ou mieux, se faire enlre-luer. Tout dépend de l’usage qu’on en fait et de la cause au profit de laquelle on l'emploie. La chasse aux Nègres est révoltante parce que l’esclavage est odieux. L’intervention des Chiens dans la conquête du Nouveau-Monde nous indigne, d’abord parce que cette conquête elle-même était inique, ensuite parce que les Espagnols l’ont rendue encore plus odieuse par des actes dont l’atrocité inutile déshonorerait la plus juste des guerres. Niais supposons que les Indiens opprimés et persécutés se fussent servis de Chiens pour se défendre contre les Espagnols : personne assurément ne songerait à le leur reprocher. Et si les honnêtes gens sont naturellement portés à prendre en horreur les Limiers qui donnaient la chasse aux pauvres Noirs fugitifs, lequel d’entre nous n’applaudirait le brave Chien qui découvrirait et arrêterait un assassin dangereux, fût-ce même en lui endommageant un membre ou deux? Il n’y a rien d'absolu. Maudissons la guerre tant que vous voudrez; mais, étant donnée l'obligation, très-contestable en principe, mais généralement admise en fait, de ne régler par des traités certains différends internationaux qu'après que les puissances intéressées se sont livré, par procuration, quelques jolies batailles, sans compter les escarmouches, je ne vois pas que celle qui envoie des Chiens à ces glorieuses boucheries soit plus blâmable que celle qui s’y fait représenter par des Hommes. Étant donnés le crime et la nécessité de s’emparer des criminels pour les livrer