CHAPITRE V
de dire les destructions de Rats par des Chiens sont en Angleterre un des amusements favoris des citadins désœuvrés, qui trouvent dans ce genre de sport, outre le spectacle attrayant d'un petit carnage, la satisfaction d'un besoin auquel nul Anglais ne sait résister, le besoin de parier. Notons, en passant, ce trait distinctif, essentiel du caractère britannique. On le voit reparaître presque dans tous les actes privés et publics , dans toutes les préoccupations, même les plus sérieuses de ce peuple. L’Anglais engage des paris sur tout , à propos de tout. Il n’y a pour lui de vrais plaisirs que ceux qui donnent lieu à des paris. C'est parce que les combats de boxeurs, les combats de Chiens et de Rats, les combats de Coqs ouvrent une large carrière à l'exercice de sa passion dominante, que l’Anglais s’en montre si curieux. Tel est aussi le secret de l’immense popularité dont jouissent dans la Grande-Bretagne les courses de Chevaux.
Les chasses aux Rats ont l'avantage de ne pas exiger de grands frais de mise en scène. Une cour bien fermée, une cave, un bassin de pierre mis à sec, une cage en treillis de fer suffisamment serré, une grande caisse en planches peuvent servir d’arène. Il y a à Londres des gens qui font métier de prendre des Rats pour ces chasses, qui ont lieu tantôt chez des amateurs, tantôt dans des endroits spéciaux tenus par des entrepreneurs de bas étage. On lâche d’abord les Rats en nombre déterminé; puis on amène un Chien, qu’il est d’usage de peser avant la bataille, et les spectateurs, montre en main , comptent le nombre de minutes que met ce Chien à expédier son lot de Rats. Ceux-ci quelquefois tiennent
Combat de Chiens et de (Vais
LES COMBATS D'ANIMAUX
tète à l’ennemi et vendent assez chèrement leur vie. Cependant, il est presque sans exemple que la victoire ne reste pas au Chien. Wood, cité par M. Brehm, parle d’un Ditll-lerrier du nom de Ting, qui ne pesait pas six livres, et qui jouissait d’une grande réputation. 11 lui arriva d’étrangler cinquante rats en 28 minutes et 5 secondes, et l’on a calculé qu’il avait tué en sa vie plus de 5,000 de ces Rongeurs, représentant un poids total de 750 kilogrammes. Ce n’était pas seulement un guerrier intrépide que ce Ting ; c’était encore un tacticien habile. Il commençait toujours par attaquer les Rats les plus vigoureux et les plus hardis; après quoi il avait facilement raison des autres. « Dans sa jeunesse, dit notre auteur, il courait dans l’arène avec une telle rapidité qu’on ne distinguait pas sa tète de sa queue. Dans sa vieillesse , il se postait chaque soir, comme un Chat, à la meilleure place , guettant les trous de Rats ; rarement il rentrait bredouille. »
On a perfectionné depuis peu la disposition de l’arène où se livrent les combats de Chiens et de Rats. L’enceinte, haute environ d’un mètre, est revêtue intérieurement de glaces; en sorte que premièrement, les Rats ne pouvant s’accrocher à cette surface glissante, on n’a pas à craindre qu’ils s’échappent; en second lieu, les spectateurs, quelque place qu’ils occupent, ne perdent pas un incident de la bataille : ce qu’ils ne voient pas directement, ils le voient par réflexion. Cette sorte de spectacle a été inaugurée à Paris en 1870, à l’occasion d’une exposition internationale de Chiens au palais des Champs- Elysées. Voici comment un chroniqueur du Monde il-