‹ L'homme et la bêteChapitre 2 sur 232 · QU'EST-CE QUE L'HOMME ? — QU'EST-CE QUE LA BÉTE · texte numérisé non relu

QU'EST-CE QUE L'HOMME ? — QU'EST-CE QUE LA BÉTE

Où l'auteur avoue son embarras. — Les auteurs sérieux et les humoristes. — Qu'est-ce que l'Homme? — Deux écoles. — Opinion de Pascal. — Théorie de Xavier de Maistre. — L’Ame et la Béte. — Définition de M. de Bonald.

Qu’est-ce que l’Homme?

Qu’est-ce que la Bête ?

Graves questions, délicates, et fort controversées depuis qu’on s’est mis à disserter de la nature des êtres. « Aristote là-dessus dit... de fort belles choses, » dans son Histoire des animaux. Avant lui, et depuis, tous les philosophes et les naturalistes en ont raisonné; ce qui prouve déjà que, selon la définition scolastique, l'Homme est un animal raisonnable, ou du moins raisonnant. Mais, en dépit de tous ces raisonnements, on est loin encore de savoir au juste à quoi s’en tenir sur les analogies et les différences qui existent entre l’Homme et la Bête, et desquelles dépendent précisément les relations très-diverses qui se sont établies entre eux.

INTRODUCTION

J'ai fait démon mieux pour me former une opinion; j’ai voulu lire et méditer les auteurs et interroger chacun autour de moi, afin de suppléera mon insuffisance.

Au [h?u d’esprit que le bonhomme avait L’esprit d’autrui par supplément servait.

Malheureusement, les gens à qui j’ai proposé ces questions : « Qu’est-ce que l’Homme? Qu’est-ce que la Bête ? » m'ont demandé du temps pour réfléchir; ou bien ils m’ont fait des réponses qui ne m’ont point éclairé. Je suis donc revenu aux auteurs sérieux : à Montaigne, à Descartes, à Malebranche, à Leibniz, à Locke, à Condillac, à Réaumur, à Buffon, à G. Leroy, à Flourens et aux anthropologistes et zoologistes contemporains, — sans négliger les humoristes passés et présents, dont le sentiment n’est pas à dédaigner.

Mais procédons avec ordre et commençons, s'il se peut, par résoudre la première question : Qu’est-ce que l’IIomme?

Tout le monde est d’accord tant qu'il ne s’agit que de l'organisation physique, et l’on ne peut voir entre l'Homme et les animaux supérieure que des différences secondaires, incomparablement moindres que celles qu’on remarque entre des animaux de diverses classes, comme entre les Mammifères et les Oiseaux, entre les Oiseaux et les Reptiles, a fortiori entre les Vertébrés et les Invertébrés. Ce n’est pas là que gît la difficulté. Oii la dispute commence, c’est quand on en vient au chapitre de l’instinct, du sentiment, de l’intelligence, de la raison enfin. Les uns ne voient encore ici, entre l’Homme et la Bête,

que îles différences du plus au moins; tandis que d’autres y voient une différence du tout au tout, estimant que si l’Homme est animal par le corps, il n'a plus, quant aux facultés, rien de commun avec les animaux; qu’il est sous ce rapport non-seulement bien au-dessus de ceux-ci, mais d’autre essence, d’autre nature; qu’il y a entre eux et lui un abîme.

Entre ces deux écoles, et au sein île chacune d’elles, les opinions se nuancent et se multiplient presque à l’infini, et de ces divergences philosophiques en naissent d’autres, non moins accentuées, entre les naturalistes, sur la place qu’il convient d’assigner à l’Homme dans la série des êtres animés. Je dis à dessein les êtres animés et non les animaux, parce qu’il est des gens qui ne veulent point que l’Homme soit un animal. Pascal en faisait un être intermédiaire entre l’Ange et l’Animal : manière devoir que l’on peut admettre en théologie, mais qui n’a rien de scientifique, puisque des deux sortes d’êtres entre lesquels elle place l’Homme, il en est une qui, appartenant à l’ordre surnaturel, échappe à toute étude et à toute définition.

Xavier de .Maistre, sans afficher aucune prétention dogmatique ou scientifique , s’est montré plus observateur et homme de meilleur sens dans son ingénieuse théorie de « l’Ame et la Bête », développée et mise, pour ainsi dire, en action dans son Voyage autour de ma chambre. Pour lui. l’Homme est un composé de deux êtres distincts : l’un gouverné, l’autre gouvernant. Le premier, vivant et sensible, mais inconscient et dépourvu de toute initiative, est une véritable Bête. Le second est le principe pensant,

INTRODUCTION

conscient, dirigeant : c’est l’Ame. « Je me suis aperçu par diverses obsenations , dit le spirituel écrivain, que l’Homme est composé d’une àme et d’une hôte. — Ces deux êtres sont absolument distincts, mais tellement emboîtés l’un dans l’autre, ou l’un sur l’autre, qu’il faut que l’âme ait une certaine supériorité sur la bête pour être

en état d’en faire la distinction On s’aperçoit bien

en gros que l’Homme est double; mais c'est, dit-on, parce qu’il est composé d’une âme et d’un corps; et l’on accuse ce corps de je ne sais combien de choses, mais bien mal à propos assurément , puisqu’il est aussi incapable de sentir que de penser. C’est à la bête qu'il faut s’en prendre, à cet être sensible, parfaitement distinct de l’âme, véritable individu, qui a son existence séparée, ses goûts, ses inclinations, sa volonté, et qui n’est au-dessus des autres animaux que parce qu’il est mieux élevé et pourvu d’organes plus parfaits...

« J’ai fait je ne sais combien d’expériences sur l'union de ces deux créatures hétérogènes. Par exemple, j’ai reconnu clairement que l’âme peut se faire obéir par la bête, et que, par un fâcheux retour, celle-ci oblige très-souvent l’âme d’agir contre son gré. Dans les règles, l’une a le pouvoir législatif, et l’autre le pouvoir exécutif; mais ces deux pouvoirs se contrarient souvent. — Le grand art d’un homme de génie est de savoir bien élever sa bête, afin qu’elle puisse aller seule, tandis que l'âme, délivrée de cette pénible accointance,, peut s’élever jusqu’au ciel.

« Mais il faut éclaircir ceci par un exemple.

« Lorsque vous lisez un livre, monsieur, et qu’une idée

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