CHAPITRE VIII
Les naturalistes et les simples amateurs qui s’v sont livrés, dans un but d’observation scientifique ou pour leur amusement, y ont réussi aussi bien et souvent mieux que les plus célèbres dompteurs. Nous avons vu (pie les Lions se trouvent à l’état presque domestique dans plusieurs contrées de l’Orient et de l’Afrique. Le Lion est, à la vérité , de tous les grands félins , celui qui s’apprivoise le mieux; mais la Panthère, l’Ours, le Léopard, le Jaguar et même le Tigre, — quoi qu'en ait dit Buffon, — ne sont nullement rebelles à l’influence de l’Homme. C’était autrefois, chez les princes de l’Asie , un luxe presque obligé, que d’avoir auprès du palais une ménagerie d’animaux apprivoisés. Cet usage fut souvent imité au moyen âge en Europe, notamment parles rois de France, et, chose digne de remarque, les Espagnols le trouvèrent établi au Mexique, à la cour de Mocteuczoma.
« Dans une autre très-belle maison, dit Fernand Cortez, il y avait une grande cour, pavée comme nos églises , dans laquelle il y avait quantité de cases de neuf pieds de profondeur et de six pieds d’élévation, destinées chacune à renfermer des Oiseaux de proie de chaque espèce , qu’on nourrissait avec des Poules, et qui étaient logés de manière qu’ils pouvaient à volonté aller au soleil et à l’air, ou se mettre à l'abri de la pluie. Cette espèce de ménagerie était encore composée de salles basses remplies de grandes cages en bois, destinées à renfermer des Loups d’Amérique, des Tigres, des Léopards 1 , des Chats ,
‘ Ce sont évidemment des Jaguars cl des Ocelots que Collez désigne sous les noms de Tigres et de Léopards. Ces deux dernières especes sont exclusivement propres à l'ancien continent.
LES DOMPTEURS D'ANIMAUX
des Fouines de toutes espèces , qu’on faisait vivre également de Poules à discrétion »
Beaucoup de voyageurs ont ramené des pays qu’ils avaient visités des Lions, des Panthères, des Jaguars qu’ils avaient pris jeunes, et qui étaient tellement inoffensifs qu’on pouvait sans danger les laisser en liberté sur le navire. «Un des Lions conservés à la ménagerie du Muséum de Paris, dit Lacépède, avait été apporté en France sur une frégate où l’équipage s’en amusait comme d’un Chien , et le laissait parcourir librement le pont et les batteries. »Un ingénieur delà marine française m’a raconté que, se rendant un jour sur son embarcation à bord d’un vaisseau dont le commandant était de ses amis , et qui venait de mouiller en rade de Cherbourg, il aperçut de loin, sur la plate forme de l’escalier, quelque chose comme un très-gros animal. En accostant, il reconnut que cet animal était une Lionne de la plus belle venue. Elle était là nonchalamment étendue, de telle sorte qu’il fallait absolument la déranger pour arriver sur le pont. L’ingénieur m’avoua que cette rencontre lui parut peu rassurante, et qu’il eut un moment d’hésitation. Cependant, il ne se souciait pas de passer pour un poltron, et il se dit que puisqu’on permettait à cette Lionne de faire ainsi sa sieste en plein air il fallait bien qu’on crût pouvoir compter sur sa sagesse. Malgré ce beau raisonnement, ce ne fut pas sans une émotion désagréable qu’il gravit les marches et qu'il s’approcha de la dormeuse. Mais celle-ci lit à
1 Lettre de Cortcz à Charlcs-Quint : Collection des Voyageurs anciens et modernes, d'Ed. Charton, tome III, grand in-8°; Paris, 1863.