CHAPITRE VIII
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peine attention à lui , et se contenta de ramener sa queue sous elle pour le laisser passer.
Il n’y a [tas, en Europe, de jardin zoolngiquc où l'on . ne trouve, dans le département des grands Carnivores, un ou plusieurs animaux parfaitement familiarisés avec leurs gardiens. Je ne parle pas îles Ours, qui sont en perpétuelle conversation avec le public, et auxquels les visiteurs se chargent d’inculquer toutes sortes de talents. Il ne faudrait pas trop se fier entièrement à la docilité et à la bonhomie qu’ils montrent pourobtenir le pain elles friandises dont on les gratifie. L’Ours est un sournois avec lequel les rapports ne sont pas toujours faciles. C’est cependant un des animaux que les bateleurs montrent ou plutôt montraient autrefois le plus volontiers. « Il y avait, vers 1810, en Lithuanie, à Smorgonié, et en Wolhynie, à Klévvanie, dit M. Brclim, deux Académies d'Ours, où ces dociles quadrupèdes , enlevés tout mal léchés de leurs montagnes, recevaient les leçons des meilleurs ma’tres. On mettait l'apprenti, dont on entortillait bien les pattes de derrière, sur des fours arrangés d’une certaine manière; la chaleur lui faisait lever les pattes de devant, et on lui apprenait ainsi à danser et à faite mille tours. C’est peut-être parles mêmes moyens qu’on lui apprend encore à se tenir debout, à gesticuler, à danser. Il semble même écouter le son des instruments et suivre grossièrement la mesure... » Mais l’industrie des montreurs d’Ours est aujourd’hui bien déchue de son ancienne prospérité. Les Ours sont devenus rares et chers; et puis la police, à tort ou à raison, a jugé dangereuse l’exhibition de ces animaux, qu'on faisait voyager le plus souvent à
Le Tigre sur le boulevard.
LES DOMPTEURS D’ANIMAUX. 459
pied , qu’on promenait au bout d’une chaine par les villes et les villages. Bref, le montreur d’Ours est passé à peu près parmi nous à l’état de souvenir historique. Peut-être en sera-t-il bientôt de même du dompteur. II faut convenir que si ce métier est devenu si périlleux, c’est bien la faute de ceux qui l’ont exercé dans ces derniers temps, et dont plusieurs ont été victimes de leur absurde témérité.
J’ai connu dans mon enfance un dompteur de la vieille école, Martin, alors célèbre, mais aujourd’hui complètement oublié ; c’était en ce temps, — vers 1 830, — un homme d’une trentaine d’années, à l’œil aussi noirque son épaisse moustache, aux traits réguliers. Il était taillé comme un atlliète de l’ancienne Grèce, et il se pourrait bien qu’il en descendit, car il était de .Marseille, et probablement de pure race phocéenne. Sa ménagerie, très-nombreuse et très-variée, était établie boulevard Bonne-Nouvelle, sur un assez vaste terrain dont il serait impossible aujourd’hui de retrouver remplacement. 11 donnait souvent des représentations au cirque Franconi , et jouait avec ses animaux des pièces faites exprès pour lui et pour eux. Dans une de ces pièces, un Tigre poursuivait un enfant autour du cirque sans lui faire aucun mal. Ce même Tigre s’échappa un jour de la maison de Martin, où il vivait en liberté. Grand effroi des promeneurs. Niais le Tigre, après avoir fait quelques bonds parmi les fuyards, s’arrêta, regarda autour de lui avec l’étonnement naïf d’un provincial nouvellement débarqué, puis reprit paisiblement le chemin de son logis.
Martin faisait de temps à autre des excursions en pro-
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