‹ L'homme et la bêteChapitre 4 sur 232 · QU’EST-CK QUE L’HOMME · texte numérisé non relu

QU’EST-CK QUE L’HOMME

se reproduisent de la môme façon; on ne trouve dans le premier et dans le second ni les mômes appareils, ni les mêmes organes, ni les mêmes éléments, et le jeu des éléments, des organes, des appareils se traduit de part et d’autre par des phénomènes complètement différents.

En peut-on dire autant de l’Homme comparé au Cheval? Non certes, et M. de Quatrefages l’avoue hautement. Que si l'on met l’Homme en parallèle avec le Chimpanzé, il est impossible de n’être pas frappé de leur ressemblance. Quel est donc le caractère primordial dont M. de Quatrefages s’autorise pour ranger l’Homme et le Singe, non pas dans des genres, dans des familles, dans des embranchements distincts, mais pour affirmer que ces deux êtres physiologiquement identiques, et rapprochés l’un de l’autre par d’étroites analogies, ne sont pas du même régné? C’est, nous dit M. do Quatrefages, que chez le premier seul on trouve les deux attributs de moralité et de religiosité. Or il est aisé de voir que ces attributs, ou plutôt ces phénomènes, sont purement psychologiques. S’ils doivent avoir une importance capitale aux yeux du philosophe , du métaphysicien, du psychologue, ils n’en ont aucune aux yeux du naturaliste, et celui-ci n’a même pas à s’en occuper : ce sont choses en dehors de sa compétence.

Au surplus, rien ne me semble plus oiseux que cette dispute, et je cherche vainement quel avantage il y aurait pour la science ou pour la philosophie à ce que l’Homme fût désormais considéré comme formant un règne à part, au lieu de former simplement une espèce ou un genre unique dans une famille du règne animal. Il m’est impossible de voir là autre chose qu’une vainc et puérile satis-

INTRODUCTION

faction donnée à l’orgueil humain , qui certes n’a pas besoin de ces encouragements.

Le mieux est, en somme, de nous en tenir à la définition d’Aristote : « L’Homme est un animal raisonnable, » sauf à faire de notre mieux pour nous rendre compte de cette définition et, s’il se peut, pour la juslilier.

Zoologiquement , l’Homme se distingue de ses voisins les grands Singes par des caractères anatomiques et physiologiques que je n’ai pas à rappeler; psychologiquement, il se distingue de tous les autres animaux par des facultés mentales dont quelques-unes lui sont exclusivement propres; d’autres sont seulement plus développées chez lui que chez la Bête; mais il en est aussi, par contre, qui n’existent en lui qu’à l’état presque rudimentaire, tandisquc les animaux les possèdent à un très-haut degré. J’appellel’attention sur ce dernier point , qu’on a jusqu’ici beaucoup trop négligé, et qu’on ne doit pas perdre de vue si l’on veut rendre à chacun ce qui lui appartient.

Les auteurs qui ont osé dire à leurs semblables que les bêtes leur sont, à certains égards, supérieures ne l’ont guère fait que par boutade satirique, comme Boileau, dans ces vers si connus :

lie tous les animaux... etc

Le plus sot animal, à mon avis, c'est l’Homme.

Ce paradoxe, que personne ne prend au sérieux, est cependant l’expression de la vérité. Et même, dire que l’Homme est de tous les animaux le plus sot , en d’autres termes, le plus infatué de lui-mème, leplussujetà l’erreur, aux extravagances, que sais-je encore? ce n’est pas dire

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