‹ L'homme et la bêteChapitre 51 sur 232 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

s’approprier la race et la modifier par une action continue : on doit se contenter de dompter des individus jeunes ou adultes, pris à l’état sauvage. La manière de s’emparer des Éléphants varie selon les pays. Le procédé employé pour les apprivoiser est partout et toujours le même. Il consiste à les priver de nourriture pendant quelque temps,

Éléphants.

puisa leur en donner par petites quantités, et en arrivant graduellement de celle qu’ils aiment le moins à celle qu’ils aiment le plus. Le jeûne a pour premier effet de les affaiblir, et par conséquent de calmer leur irritation, et pour second effet de leur imposer une sorte de reconnaissance

pour les soulagements et les satisfactions qu’on veut bien leur accorder. Cette reconnaissance et, bien plus encore, la dépendance où ils se voient vis-à-vis de l’Homme qui leur donne ou leur refuse à son gré la subsistance, les rendent en quelques jours parfaitement souples. Ils se laissent conduire sans résistance à l’écurie , et leur malioud les monte sans danger. Il se place à califourchon sur leur nuque et les dirige, soit simplement avec la voix, soit à l’aide d’une baguette terminée par un crochet de fer, dont il leur touche l’oreille droite ou l'oreille gauche suivant qu’il veut les faire aller de l’un ou de l’autre côté. L’animal est désormais soumis, apprivoisé si l’on veut; mais il doit être l’objet d’une surveillance continuelle; il doit sentir toujours présents l’œil et la main de son gardien, de son conducteur; sans quoi il ne se fait aucun scrupule de s’échapper pour aller dans les bois rejoindre quelque troupe de ses semblables. « Aussi , lorsqu’il est en marche, dit Boitard, faut-il qu’il ait toujours son cornac ou mahoud sur le dos, pour le maintenir, l’intimider et l’empêcher des’enfuir. L’amour de la liberté chez lui est aussi grand que chez les animaux les plus farouches, et chez les femelles il l’emporte même sur l’amour maternel. Aussi ne laisse-t-on pas ces dernières libres de leurs liens lorsqu’elles allaitent ; car l’expérience a prouvé qu’elles abandonnent sans regret leur petit pour fuir, dès que la circonstance le leur permet. »

Si l’on songe que depuis des siècles les Éléphants sont employés en grand nombre dans l’Inde, qu’ils l’ont été aussi très-généralement dans l’antiquité par d’autres peuples de l’Orient, par les Carthaginois, par lesÉpirotes,

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