‹ L'homme et la bêteChapitre 53 sur 232 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

et leur utilité dans les montagnes. Parvenus au point où le lit du torrent se précipitait en cascades, il s’agissait de faire remonter aux canons la pente presque verticale d’une roche granitique dont les eaux avaient usé et poli la surface. Les Bœufs qui traînaient les pièces, après un ou deux efforts, renoncèrent à cette entreprise, et se couchèrent, comme ils font toujours dans les cas désespérés. On se décida alors à envoyer chercher quelques Éléphants du convoi. Les deux plus obéissants furent débarrassés de leurs fardeaux , et' amenés par leurs mahouds auprès des canons. On leur indiqua de la voix, de l’exemple et du geste ce qu’on attendait de leur courage, et la confiance qu’on avait en eux ne fut pas trompée. Effectivement, un de ces colosses, se plaçant derrière une pièce de six, y appliqua l’extrémité de sa trompe, et la poussant devant lui tandis que les canonniers se contentaient de la guider, lui fit remonter toute la chute des rochers. Un peu plus loin, la pièce ayant roulé dans le ravin et s’étant renversée, les deux Éléphants l’enlevèrent avec leurs trompes, une de ci , une de là, la retirèrent et la replacèrent sur son affût. »

Je crois superflu d’insister sur les services que rendraient certainement, dans bien d’autres industries que celle des transports, des animaux à qui la nature a donné, en outre d’une force prodigieuse et d’une rare intelligence, cet admirable instrument, la trompe, qui est un bras et une main. « Nous croyons, dit encore M. V. Meunier, qu’entre nos machines et nous il y a place pour des travailleurs, des sortes de contre maîtres que le règne animal nous fournira, et parmi lesquels

les Singes et l'Éléphant sont appelés à jouer un rôle. » Cela est bel et bon ; mais en admettant cju’on réussisse à créer une race d’ÉIéphants vraiment domestiques, il faudrait en outre acclimater ces animaux en Europe, ou bien les laisser oisifs pendant tout l’hiver dans des écuries vastes, confortables et bien chauffées. Or ici se dresse la question du prix de revient, et il n'est pas besoin de calculs compliqués pour reconnaître que l'Éléphant, avec son appétit formidable et son extrême sensibilité au froid, serait un auxiliaire ruineux. On ne voit pas bien en quoi consisterait ce rôle de contre-maître que rêve pour lui M. V. Meunier. C’est dans sa force que résiderait sa principale utilité. Or cette force, si considérable qu’elle soit, ne saurait soutenir la concurrence contre les machines à vapeur, dont nous pouvons varier les fonctions à l'infini, et qui ont l’immense avantage de ne consommer que lorsqu’elles produisent.

S’agirait-il, par exemple, de transporter des blocs de pierre, des marchandises pesantes, ou môme des voyageurs? La petite locomotive routière, à roues élastiques, de M. Thompson s’acquittera de cette besogne beaucoup mieux, plus économiquement et plus agréablement qu’un Éléphant. Je n'ai pas à décrire ici cette machine. Je dirai seulement qu’elle est moins grosse qu’un Éléphant ; qu’elle évolue avec une facilité merveilleuse sur les pentes, aussi bien en montant qu’en descendant; qu’elle décrit avec non moins d’aisance des courbes du plus petit rayon; qu’elle ne défonce point les routes, ne détériore pas les pavés et passe même sur un champ de pommes de terre sans en écraser une seule; qu’elle se prête à toutes les

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