CHAPITRE VII
allures, depuis celle d’un Cheval au petit pas jusqu’à celle d’un Cheval au galop ; qu’elle s’arrête , avance, recule , ralentit ou accélère sa marche sous la simple action d’une manivelle qu’un enfant peut faire jouer sans effort; que ni son cornac ni les voyageurs qui se confient à elle n’ont à redouter de sa part des caprices ou des emportements; qu’en fonction, avec une force réelle de huit à dix chevaux, elle ne consomme que pour 2 centimes de combustible par kilomètre et par tonne, et que, rentrée à l'écurie, elle n’a besoin d’autre nourriture que d’un peu d’huile pour préserver ses membres de la rouille.
Que voulez-vous, franchement, que nous fassions des Éléphants quand nous avons à notre service de pareils travailleurs?
M. V. Meunier dit bien que « leur grande intelligence, leur rare adresse, leur force exceptionnelle, leur docilité permettraient d’en attendre de très-grands services, et des services d’un genre tout différent de ce ceux que nous rendent nos animaux domestiques ». Mais il ne nous dit pas quels seraient ces grands services, et je n’en vois aucun que nous ne puissions obtenir, soit de nos animaux actuels, soit de l’Homme, soit des machines, au moins aussi bien et à plus bas prix que nous ne les tirerions des Éléphants.
Les conteurs d’anecdotes zoologiques ou soi-disant telles ont d'ailleurs, il est bon qu’on le sache, passablement surfait les qualités de l’Éléphant. Je ne parle pas de sa force : elle est en rapport avec sa masse, mais aussi, je le répète, avec son appétit, et elle ne peut être employée avantageusement que dans les pays où les four-
rages surabondent. Son adresse est aussi très-grande, je ne le conteste pas, et même elle a sans doute beaucoup contribué à donner le change sur son intelligence. On a dit de certains danseurs célèbres qu’ils avaient tout leur esprit dans leurs jambes. On pourrait dire de l’Éléphant qu’il a au moins une grande partie du sien dans sa trompe. La flexibilité de ce singulier organe et l’espèce de main qui le termine donnent à l’Éléphant sur tous les animaux, excepté sur le Singe et le Perroquet, une supériorité considérable, mais où l’intelligence n’a qu’une part secondaire; car s’il est vrai, comme l’af- Grment certains physiologistes, que c’est la fonction qui fait l’organe, d’autres soutiennent que c’est, au contraire, l’organe qui fait la fonction, et l’on doit tout au moins admettre que s’il ne la fait pas il la confirme et la perfectionne. La fonction, à son tour, étant à la faculté ce que l’organe est à la fonction, il s’ensuit que l’une et l’autre se développent en vertu de leur action réciproque. Otez à l’Éléphant sa trompe , vous lui ôtez du même coup une fonction ; la faculté correspondant à cette fonction s’oblitère, et l’Éléphant n’est plus qu’un lourd quadrupède, comme le Rhinocéros et l’Hippopotame, qui, à leur tour, s’ils avaient une trompe, sauraient certainement s’en servir tout aussi bien que lui.
En réalité, l’Éléphant sous le rapport de l’intelligence est certainement inférieur aux Singes, au Chien, peut-être même au Chat; mais il est supérieur aux Ruminants , aux Rongeurs, et en général aux herbivores. Le Cheval est, parmi ces derniers, celui dont les facultés ont le plus d’analogie avec les siennes. 11 y a pour-