‹ L'homme et la bêteChapitre 66 sur 232 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

grand Anthropomorphe ne sera jamais notre serviteur. Mais si ma voix pouvait être écoutée, je demanderais qu’on laissât en paix dans ses forêts cette race de géants velus qui défend si courageusement ses domaines, que ni l’Éléphant , ni le Lion, ni le Léopard n’osent y pénétrer, et que l'Homme môme, avec ses flèches empoisonnées et ses armes à feu, ne s’y hasarde pas toujours impunément.

Le Gorille, en somme, est peu connu. Le Chimpanzé, l’Orang et le Gibbon le sont beaucoup mieux, quoiqu’encore très-imparfaitement. On sait du moins qu’à l’état sauvage ils sont tout-à-fait inoffensifs; que pris jeunes ils s’apprivoisent facilement, conservent pour les personnes qui les soignent une très-vive affection, et font preuve dans toutes leurs actions d’une intelligence fort au-dessus du commun des animaux. On n’accusera pas ceux-ci de férocité. Attaqués, blessés par l'Homme, ils essayent de fuir, d’arrêter avec leurs mains le sang qui coule de leurs blessures; mais, sauf dans quelques cas exceptionnels, ils ne se défendent môme pas et meurent en gémissant.

a Quoique doué d’une force énorme, dit M. Huxley, il est rare que l’Orang essaye de se défendre , surtout s’il est attaqué avec des armes à feu. Dans ces occasions il s’efforce de se cacher, et se réfugie au sommet des arbres, brisant et jetant en fuyant des branches par terre. Quand il est blessé, il se retire au point le plus élevé de l’arbre, et fait entendre un cri singulier poussé d’abord en notes aiguës, et se terminant en un grognement sourd, assez semblable à celui de la Panthère. »

Le même auteur cite une lettre adressée par sir Brooke à M. Waterhouse, et insérée dans les Procecdings of the

DOMESTICATION DES GRANDS SINGES. 151

zoological Society pour 1841, dans laquelle sir J. Brooke dit : « Je n’ai jamais vu de la part des Orangs la moindre tentative de défense. Les morceaux de bois qui quelquefois nous craquaient aux oreilles étaient brisés par leur poids, et non jetés , ainsi que quelques personnes le di-

I /Orang-Outan.

sent. Si cependant ils sont poussés à bout, les Pappans ne peuvent manquer d’ètre formidables , et un infortuné qui, avec une petite troupe, essaya d’en prendre un énorme vivant, perdit deux doigts et fut cruellement mordu au visage; l’animal, à la fin, lutta contre ses an-

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