‹ L'homme et la bêteChapitre 68 sur 232 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

aigu semblable à celui d’un être humain dans une détresse soudaine et violente. »

Tous les témoins sont d’accord sur le caractère quasihumain de l’agonie des Anthropomorphes : leurs gestes, leur attitude, leurs cris, leur physionomie, en cet instant suprême, sont tels, que les meurtriers les plus endurcis ne peuvent se défendre d’une sorte de remords (pie tous les sophismes de leur orgueil ne parviennent pas à étouffer entièrement. I.e l) r Clarke Abel , après avoir raconté en détail la fin tragique d’un pauvre Orang-Outan tué à Sumatra par des officiers et matelots du navire anglais Mary-Ann-Sophia , ajoute : « Les auteurs de sa mort ont déclaré que la ressemblance de cet animal avec notre espèce, l’expression tout humaine de sa physionomie et les gestes qu’il faisait en appuyant ses mains sur ses blessures les avaient pénétrés d’un sentiment de pitié profonde et presque de terreur, en leur inspirant des doutes irrésistibles sur la nature de l’acte qu’ils accomplissaient. »

a Quoiqu’il y ait des différences bien tranchées entre cet animal et l'Homme, dit M. du Chaiilu, je n’ai jamais tué un seul Gorille sans éprouver un malaise réel, provenant de l’illusion que me causait malgré moi cette hideuse créature de forme humaine. » Et ailleurs : « Je n’ai jamais vu de femelle (Gorille) attaquer le chasseur; cependant des Nègres m’ont dit qu'une mère qui a son petit avec elle se bat quelquefois pour le défendre. C’est un spectacle charmant qu’une mère accompagnée de son petit qui joue à côté d’elle. J’en ai souvent guetté dans les bois, désireux d’avoir des sujets pour ma collection, mais au dernier moment je n’avais pas le cœur de tirer. »

DOMESTICATION DES GRANDS SINGES. 155

Le Gorille mâle du moins affronte ses agresseurs. Il se dresse sur ses jambes, et marche droit à l’ennemi en |>oussant des rugissements de colère et en se frappant la poitrine avec ses poings. Cela n’est pas habile, car il s’expose ainsi tout entier aux flèches ou aux balles qu’on

Mûri d'un Orang-Outan.

lui destine; mais malheur au chasseur si sa main tremble, si son coup n’est pas bien dirigé : manqué ou seulement blessé, le Gorille ne le manquera pas : de ses mains et de ses pieds il le broiera, il le déchirera en un clin d’œil. Aussi est-il de principe, parmi les chasseurs experts, de

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