‹ L'homme et la bêteChapitre 69 sur 232 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ne tirer qu’au dernier moment, à dix ou douze pas de distance, afin que l’animal tombe foudroyé.

Le danger de cette chasse en atténue donc le caractère inique et cruel. Et puis, il faut tout dire : les Nègres, au moins ceux de l’intérieur de l’Afrique, mangent la chair du Gorille (ils mangent bien celle de l’Homme !) : c'est, après tout, un motif pour le tuer. Ils mangent aussi le Chimpanzé. Les Malais de Java, de Bornéo et de Sumatra mangent de môme l’Orang et le Gibbon. Mais les Européens, qui ont pour la chair de ces Singes une répugnance invincible , devraient s’abstenir d’une chasse qui, de leur propre aveu, ressemble plus à l’assassinat qu’à une guerre honorable, et de laquelle ils ne retirent aucun profit. On invoque, je le sais bien, l’intérêt de la science ; mais ce n’est là qu’un vain prétexte. Qu’aura gagné la science, lorsque pour lui fournir des sujets à disséquer on aura complètement anéanti ces espèces , déjà réduites à un petit nombre d’individus? Elle en connaîtra exactement, j’y consens, l'anatomie et l’ostéologie, et messieurs les savants pourront disserter et disputer à perte de vue sur les analogies et les différences des organes similaires chez l’Homme et chez les grands Singes. Et après?... Quelle conclusion théorique, quelle application pratique tireront-ils de ces discussions? Aucune, puisque les grands Singes auront cessé d’exister. L’important n’est pas de savoir si l’extrémité des membres inférieurs de ces Primates est une main ou un pied, ni si leur carpe est composé de neuf osselets ou simplement de huit, ni s’ils ont ou n’ont pas un petit hippocampe, ni môme si les circonvolutions de leur encéphale sont

l.e Gorille uu combat.

DOMESTICATION DES GRANDS SINGES. 1.Ï9

plus ou moins nombreuses. Ce n’est pas par l’examen de ces détails anatomiques qu’on pourra être édifié sur leur intelligence, leurs instincts, leur aptitude à la domesticité : c’est par l’observation attentive et méthodique de leur manière d’ètre, tant à l’état sauvage qu’en captivité. Ce qu’il faut, en un mot, ce n'est pas les tuer et les disséquer, c’est les voir vivre et tenter sur eux l’effet de notre puissance morale. Or ce qui a été fait en ce genre se réduit à fort peu de chose.

Crâne de Chimpanzé- adulte.

Ce n’est pas en tuant un animal dès qu’on l’aperçoit, et en le cherchant uniquement pour le tuer qu’on peut apprendre grand’chosc sur ses mœurs. Quant aux essais d’apprivoisement et d’éducation qui ont été tentés sur des Orangs, des Chimpanzés et des Gibbons, ils ont eu lieu généralement dans de mauvaises conditions, et n'ont pas été poussés assez loin. On s’est presque toujours trop pressé de dépayser les sujets. On les a embar-

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