CHAPITRE IX
mouvements. La longueur démesurée de 10111*8 bras n’a plus rien de choquant lorsqu’on voit avec quelle vigueur et quelle adresse ils s'en servent pour exécuter sans effort et sans fatigue leurs évolutions merveilleuses.
De taille médiocre 1 mètre environ ), do formes grêles, ils sont entièrement revêtus d’une fourrure épaisse et lustrée qui ne laisse à nu que leurs longues mains effilées et leur visage, d’une laideur très-supportable. Leur physionomie n’exprime aucune méchanceté, et de fait ce sont des animaux doux, timides et sociables. Us vivent en troupes assez nombreuses au milieu des épaisses forêts qui couvrent d’immenses étendues de terrain dans l’Inde et dans l’archipel indien. C’est là leur véritable élément. Car les Gibbons sont tiès-mal conformés pour la marche. A terre, ils sont encore plus lents et plus gauches que les < (rangs; ils se tiennent mal sur leurs petites jambes arquées et sont obligés de s’aider de leurs bras comme de béquilles. Mais dans les arbres, ils déploient une incroyable agilité. Ceux de leurs forêts natales sont si pressés les uns contre les autres, que les branches entrelacées forment un réseau non interrompu sur lequel les Gibbons peuvent parcourir des distances de plusieurs kilomètres sans descendre une seule fois à terre. D’ailleurs, lors même que les arbres sont plus disséminés, ces animaux préfèrent, si la distance de l’un à l’autre n’est pas trop grande, la franchir par les moyens gymnastiques qui leur sont familiers, plutôt que s’aventurer au milieu des herbes et des broussailles, où se cachent d’ordinaire leurs plus dangereux ennemis. On assure qu’en pareil cas ils peuvent s’élancer sans trop
DOMESTICATION DES GIBBONS
de peine jusqu’à une distance do quinze mètres. Ces mœurs essentiellement sylvicoles ont valu aux Gibbons le nom générique d’Hylobates, que leur a imposé Illiger, et qui est formé des deux mots G \r,, bois, et (Saîvw ou fla-réo, je marche'.
Le cri des Gibbons est un hurlement assourdissant. Quelques espèces possèdent, comme les Orangs, un sac laryngien dans lequel ils peuvent faire entrer une grande quantité d’air, et qui, en se vidant, produit un son trèsprolongé. La voix de certaines espèces s’entend, dit-on, à une distance de plusieurs milles.
On a prétendu que les Gibbons étaient complètement dépourvus d’intelligence. Cette opinion, mal fondée, a sans doute eu pour cause la bizarrerie des formes de ces animaux, l’embarras et la timidité qu’ils montrent lorsqu’ils se voient prisonniers, dépaysés et astreints à un genre de vie contraire à leur nature. La vérité est qu’ils sont inférieursen intelligence aux au très Anthropomorphes, et peut-être aussi à quelques autres espèces de Singes, tels, par exemple, que les Cynocéphales. .Mais de là à la stupidité qu’on leur prête, il y a loin. Ils sedistinguent d’ailleurs par un naturel doux et apathique, que l’âge ne modifie pas sensiblement. Ils s’apprivoisent sans aucune difficulté,
‘ L'élymologic ûXA.i , j'aboie, et patvw, donnée par le traducteur de Huxley, M. le I) r I)allv, n'est pas soutenable. Ilylobates n'est pas un nom fabriqué : c'est le mot grec même, ûXo6iTr,s, qui signifie : vivant, errant dans les forêts. On ne s'expliquerait pas, d'ailleurs , l'accouplement de ces deux verbes ü/.nu et Jlalvto, qui semblerait indiquer que les Gibbons aboient en marchant, tandis qu’ils marchent peu et n’aboient point. Si tel était le sens du mot Ilylobates, il ne conviendrait qu'à un seul animal, le Chien, et nullement au Gibbon.