‹ L'homme et la bêteChapitre 76 sur 232 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ciables qu’une fois attachés à leur maître ils ne peuvent presque plus s’en séparer. »

Un autre voyageur anglais, Georges Bennett, a donné des détails très-circonstanciés sur un jeune Gibbon qu’il garda pendant assez longtemps et qu’il fit voyager avec lui, mais dont il n’indique pas l’espèce. Cet animal lui fut vendu à Singapore par un.M. Bonsted, qui lui-méme l’avait acheté d’un Malais.

Le jour oii Bennett se rendit chez M. Bonsted pour prendre possession de son nouvel élève, il fut assez mécontent de voir celui-ci très-assidûment occupé à se débarrasser de la ceinture à laquelle sa chaîne était fixée. Tout en se livrant avec ardeur à cette besogne d'assez mauvais augure pour ses futures relations avec son nouveau maître, le Gibbon laissait échapper des gémissements entrecoupés de cris d’impatience. Étant enfin parvenu à se rendre libre, il s’achemina vers un groupe de Malais qui se trouvaient à peu de distance de là, et, après avoir embrassé les jambes de plusieurs d’entre eux, sans cependant se laisser prendre, il s’approcha d’un jeune garçon qyi paraissait être l’objet de ses recherches, car le Singe le prit dans ses bras et le serra étroitement, en exprimant par ses gestes et par ses regards la joie la plus vive. Bennett sut alors que ce Malais était le premier maître du Gibbon. Il apprit en même temps que celui-ci , mis à la chaîne dans la cour de la maison habitée par M. Bonsted, n’avait cessé de pousser des cris perçants, (pii incommodaient fort le voisinage, et de faire des efforts pour s’échapper. Il y avait réussi à deux ou trois reprises, et s’était dirigé sans hésitation vers la mer, le

Le Gibbon de Dcnnetl retrouvant *on premier maître.

DOMESTICATION DES GIBBONS. ITS

jeune Malais étant habituellement, à peu de distance au large, sur le navire qui l’avait amené. On n’avait pu le reprendre que lorsqu 'arrivé à l’extrême limite du rivage, il se voyait forcément arrêté dans sa fuite. « La veille du jour où nous devions mettre à la voile, dit G. Bennett, je l’envoyai à bord du navire. N’avant pu retrouver le Malais qui l’avait apporté, je le confiai à un domestique do M. Bonsted. En arrivant sur le bâtiment, la première chose que fit mon Singe, ce fut de chercher à m’échapper, en laissant à son guide un bon coup de dents pour souvenir, et en grimpant dans les agrès avec une agilité qui fit l’admiration de tout l’équipage. A la nuit tombante, il redescendit sur le pont, et l’on se rendit aisément maître de lui; mais nous reconnûmes, après deux ou trois jours d’expérience, qu’il était si docile quand on le laissait libre, et au contraire si furieux lorsqu’il se voyait captif, qu’il valait mieux le laisser courir à son gré sur le pont et dans lu mâture. »

Il avait coutume, au début de la traversée, de se retirer sur la hune du grand mât pour y dormir quand le soleil se couchait, et d’en redescendre au soleil levant. Ce fut seulement lorsqu’on arriva au Cap de Bonne-Espérance, que le froid lui fit trouver ce gîte désagréable. Il obtint de passer la nuit dans la cabine de son maître, qui ne put ensuite lui faire perdre cette habitude. Il se laissa dès lors aller à plus de paresse, et cessa de se lever au point du jour.

« Il connut bientôt, continue Bennett, le nom d'Ungka qu’on lui avait donné, et il y répondait en accourant aussitôt qu’il l’entendait prononcer. Son naturel doux et sa gaieté lui concilièrent promptement la bienveillance de

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