‹ L'homme et la bêteChapitre 80 sur 232 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

donc, bon Dieu! dans nos appartements d’un Chimpanzé, d’un Orangou d’un Gibbon? et quel serait près de nous le sort de ces animaux, nés pour vivre au grand air et s’ébattre en liberté dans de grandes forêts ? Inutile, je crois, d’insister davantage. Le lecteur a déjà conclu comme moi que le projet de mon savant et ingénieux ami M. V. .Meunier est une utopie; à moins toutefois qu’on n’en essaye la mise en pratique dans les colonies, là où ne manquent ni l’espace ni le soleil, là où les grands Singes pourraient trouver auprès de l’Homme à peu près les mêmes conditions d’existence que dans leur patrie. Mais là encore l’expérience serait, au premier chef, une expérience de luxe et d’un intérêt purement spéculatif.

Ce que nous disons des Singes anthropomorphes s’appliquerait également à d’autres animaux dont la domestication présenterait peut-être encore moins de difficultés, mais qu’aucun motif d’utilité ne nous engage à prendre à notre charge. Tel est, par exemple, le cas du Lion. Il n’est peut-être aucun animal dont l’aptitude à la domestication puisse être affirmée avec autant de certitude. L’expérience à cet égard est complète. Le roi des savanes et des forêts africaines remplit toutes les conditions requises pour devenir un fidèle compagnon de l’Homme. Il se reproduit même parfaitementen captivité. Il est vrai que jusqu’à présent dans les ménageries la plupart des lionceaux ont succombé au moment de la dentition; mais on réussirait très- probablement, si l’on voulait s’en donner la peine, à combattre avec succès celle mortalité, et l’on sait que les jeunes élèves qui ont pu franchir ce mauvais pas sont devenus aussi doux et aussi familiers que des

Lions doua siiqucs en Orit-nu

Chiens. En Afrique, en Turquie, en Perse et dans le Caboul, les monarques et les grands personnages possèdent fréquemment de véritables Lions domestiques, allant et venant dans leur palais en toute liberté et faisant partie de leur maison, sans que les officiers et les serviteurs aient non plus que les étrangers rien à craindre de ces puissants animaux. On sait que le célèbre négus d’Abyssinie, Théodoros, donnait habituellement audience entouré d’une demi-douzaine de Lions familiers. En Algérie, plusieurs de nos généraux et de nos officiers ont pu se donner la satisfaction d'élever ainsi des Lions achetés jeunes à des Arabes, et n’ont eu qu’à se louer de leur douceur et de leur fidélité.

« Le Lion, dit Scheitlin, s’apprivoise comme le Chien, dont il a la mémoire. Après de longues années, il reconnaît instantanément un ancien gardien ; s’il a perdu le souvenir de sa physionomie, il reconnaît toujours le son de la voix aimée... Sa mémoire conserve précieusement le souvenir des bienfaits... L’histoire d’Androclès et de son Lion, que nous raconte Lælius, n’a rien d’invraisemblable, quoiqu’on en ait dit. On a avancé qu’on ne pouvait guère se fier au Lion ; que son naturel reprend quelquefois le dessus. Evidemment le Lion a des caprices ; les animaux inférieurs n’en ont pas, mais les plus élevés en ont presque tous... Les Lions et les Lionnes souffrent avec autant de patience que les Chiens et les Chats les taquineries qu’on leur fait; cela d’ailleurs semble les amuser. Il se laissent caresser comme tous les animaux domestiques les plus parfaits, et lorsqu’on les tire par la barbe, ils expriment leur déplaisir par des grimaces qui ressemblent à celles du Chat. »

Page 1