‹ L'homme et la bêteChapitre 81 sur 232 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

.Malgré tout cela, il n’est nullement probable que le Lion devienne jamais, môme dans sa patrie, un des compagnons et des serviteurs ordinaires de l’Homme , ne fût-ce que par cette raison péremptoire, qu’il est d’un entretien coûteux et ne peut, en échange, rendre aucun service. Il est à souhaiter cependant que le Lion échappe au moins par sa domestication, si restreinte qu’elle soit, à la proscription qui menace son espèce. En dehors de toute considération économique ou utilitaire, et en se plaçant simplement au point de vue de la science, de l’esthétique et du respect dû à la création , quiconque aime et admire la nature ne peut envisager sans un sentiment de tristesse l’œuvre de destruction brutale et barbare où s’acharne en tout lieu le maître de la terre, et qui dans un avenir plus ou moins prochain semble ne devoir laisser subsister absolument que les quelques espèces d’animaux dont il tire directement parti. L’Homme futur aurait pourtant, ce me semble, quelque chose de mieux à faire que de rester seul sur ce globe, sans autres compagnons que des animaux dont la plupart semblent avoir été choisis tout exprès parmi les plus laids et les moins intelligents, et que la domesticité n’a rendus certes ni plus beaux ni moins stupides que la nature ne les avait faits.

La Genèse raconte que Dieu, ayant résolu d’exterminer le genre humain et n’ayant trouvé qu’une seule famille digne d’étre épargnée, ordonna au chef de cette famille de construire un immense vaisseau et d’y faire entrer avec lui sept couples de tous les animaux qui peuplaient la terre et les airs. Ainsi la sollicitude du Seigneur s’étendait sur l’universalité des êtres créés et se

refusait à sacrifier même la plus humble, la plus infime des espèces sorties de ses mains. Il y a là une leçon dont nous devrions profiler. Que les destinées s’accomplissent; que la civilisation industrielle envahisse et domine toutes les parlies de la surface du globe : les continents, les Iles et les mers, les vallées et les montagnes. Soit! .Mais ne serait-il pas digne de nous de sauver au moins de ce nouveau déluge quelques représentants de tant d’espèces dignes d’intérêt, d’épargner môme, dans une certaine mesure, plusieurs de celles que nous avons rigoureusement le droit de traiter en ennemies? Il y aurait peut-être lieu d’instituer dans ce but, à côté de 1a domestication proprement dite, de l’élevage et de la multiplication des animaux utiles à nos l>esoins, une sorte de domestication spéculative et scientifique, beaucoup plus restreinte, et destinée uniquement à conserver dans l’avenir les principaux types du règne animal. J’ai l’honneur de soumettre humblement cette idée aux naturalistes, aux directeurs de musées zoologiques et de jardins d'acclimatation , et aux Sociétés protectrices des animaux.

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