CHAPITRE I
Ces idées, qui remontent même à une époque bien antérieure à Descartes, puisque Raymond Sebond et après lui Montaigne n’ont pas jugé inutile de les réfuter, représentent les animaux comme de purs automates, ne pouvant posséder, à quelque degré que ce soit, aucune des facultés considérées comme les attributs constitutifs de l’àme immatérielle et immortelle qui n’a été donnée qu a l’Homme. Et pourtant ces automates accomplissent des actes très-compliqués, dont plusieurs trahissent une prévoyance extraordinaire, une sorte de divination qui n’est jamais en défaut. Comment expliquer de tels actes chez des êtres-machines dépourvus de toute faculté intellectuelle? Par l’instinct? Mais qu'est-ce que l’instinct, sinon une faculté? Le cas était embarrassant. I)e subtils docteurs n'ont cru pouvoir mieux s’en tirer qu’en enseignant que c’est Dieu qui directement met en jeu les organes des bêtes, et leur fait accomplir les opérations merveilleuses dont nous sommes témoins. Or, qui ne voit que ces théoriciens en s’efforçant de rabaisser les animaux au rang de simples automates les gratifiaient au contraire, selon la très-judicieuse remarque de Montaigne, d’une Ame dont l’essence serait infiniment supérieure à la nôtre, puisque cette âme ne serait autre que la Providence même! De là à la divinisation des bêtes il n’y a vraiment qu’un pas, et si les sauvages de l’Afrique , de la Polynésie et de l’Amérique étaient capables d’entendre quelque chose aux systèmes philosophiques éclos des fortes tètes de l’Europe moderne, ils n’auraient pas grand 'peine à y trouver des arguments en faveur de leurs croyances et de leurs pratiques idolAtriques. Et que serait-ce donc