I.ES ANIMAUX-DIEUX
s’ils connaissaient l’histoire des superstitions de nos ancêtres ; s’ils savaient quel rôle important les bêtes ont joué au moyen âge , et jusqu’à une époque assez rapprochée de la nôtre, dans la magie et dans la sorcellerie ; s’ils savaient qu’il s’est trouvé en France des juges vêtus do pourpre et d’hermine pourjuger gravement, eu bonne forme, de pauvres bêtes inculpées de connivence avec l’esprit malin, leur donner la question, les condamner et les faire brûler vives ou écarteler en place publique par la main du bourreau ; s’ils savaient encore quelle multitude de fables grotesques et de préjugés tenaces relatifs aux animaux ont été importés autrefois d’Orient en Occident, puis transmis par les nations païennes aux peuples chrétiens ! Ces sauvages n’auraient-ils pas quelque droit de railler à leur tour la sottise des civilisés qui les traitent avec un si superbe dédain?
La vérité est que l’extravagance et l'erreur sont de tous les temps et de tous les pays, et qu'il ne faut que regarder autour de soi et en soi-même pour se convaincre que la raison la plus ferme et la plus éclairée ne triomphe pas aisément des écarts de l’imagination et ne nous préserve pas toujours de puériles défaillances.
11 faut considérer d’ailleurs que le culte des animaux rentre dans un vaste ensemble de phénomènes qui se rattachent, soit aux religions mêmes, soit aux prétendues sciences occultes, soit à la médecine, et qui tous procèdent plus ou moins directement de la double tendance idéaliste et matérialiste dont j’ai parlé plus haut. Ces phénomènes d’ailleurs varient presque à l’infini dans leursorigines, dans leurs modes et dans leur objet. Leur forme la