RAPPORTS ENTRE L’HOMME ET LA BÊTE
nourrir de leur chair et s’emparer de leur dépouille. Puis il devient pasteur et agriculteur. Il prend avec lui des animaux qu’il élève, qu’il garde et qu’il nourrit, soit pour sa subsistance, en les tuant au fur et à mesure de ses besoins, soit pour les faire chasser et travailler à son prolit . Dès lors les bêtes se trouvent de plus en plus mêlées ou associées à sa vie privée et publique : religion, guerres, cérémonies, jeux et spectacles, exercices, travaux agricoles et industriels, il n’est presque pas un mode, pas une manifestation de son activité où elles n'interviennent de quelque manière; et le rôle qu’elles y jouent n’est pas un des traits les moins caractéristiques des mœurs, des idées et des tendances de chaque race et de chaque époque.
Nous parlons sans cesse de notre puissance , de notre domination sur la nature. Nous oublions (pie nous no sommes rien que par elle, et que si certaines branches de la famille humaine ont marché d'un pas rapide dans la voie de la civilisation, tandis que d’autres se sont montrées incapables de tout progrès, les premières doivent sans doute leur supériorité moins à leurs aptitudes propres qu’aux conditions favorables où elles se sont trouvées placées dès l’origine : à un climat tempéré, à un sol fertile et bien arrosé, à une faune abondante et variée. L’influence de l’élément zoologique sur le développement moral, intellectuel et social des peuples est peut-être la plus directe et la plus décisive.
Dans une contrée où les grands Carnivores sont en nombre, l’Homme, forcé de soutenir contre eux une guerre continuelle, voit se développer ses instincts bel-