CHAPITRE II
Tandis que d’autres religions offraient leurs dieux à la vénération des peuples sous la forme de statues représentant des hommes ou des femmes, celle de l'Égypte symbolisait les siens dans des animaux, qui du moins étaient des êtres réels, pouvant rappeler par quelqu'un de leurs caractères, vrais ou supposés, les attributs de la divinité à laquelle ils étaient consacrés. Ce zoomorphisme , ou plutôt ce cultede la nature vivante, n’avait donc, après tout, rien de plus monstrueux ou de plus ridicule que l’anthropomorphisme et l’iconolâtrie dont on a vu des peuples très-éclairés et trèspolicés s’accommoder et même s’enorgueillir. Mais il faut avouer que si le symbolisme des animaux sacrés de l’Égypte était tel que le donne notre auteur, il reposerait tout entier sur les notions les plus fausses, sur les préjugés les plus insensés; etChampollion-Figeac ne serait nullement fondé à aflirmcr, comme il le fait quelques lignes plus haut, que les Egyptiens avaient étudié avec grand soin les productions naturelles de leur pays. On ne peut cependant admettre que leurs prêtres, dépositaires et dispensateurs de toute science, fussent des ignorants et des sots. Les recherches des savants modernes, et notamment celles de l’illustre Biol, ont établi qu’ils avaient poussé très-loin l’étude de l’astronomie. Comment donc supposer qu’ils se soient fait sur la nature des animaux qu’ils pouvaient observer chaque jour, et qu’ils élevaient dans leurs sanctuaires, les idées fausses que nous trouvons reproduites sans commentaires ni rectification dans le passage précité ; qu’ils aient cru tout de bon et enseigné que le Cynocéphale était privé de la vue pendant les conjonctions du Soleil et de la Lune ; que le Scarabée avait trente doigts;
Temple Égyptien.
qu’il n’y avait point de Vautours mâles, et d’autres choses pareilles? Les explicationsfournies par Chainpollion-Figeac paraissent donc avoir été empruntées à de mauvaises sources, probablement à des auteurs grecs et latins, qui eux-mêmes les avaient recueillies à la légère sans être à mêmedeles contrôler, et qui d’ailleurs ne se faisaient point faute de représenter les barbares, objet de leur dédain, comme adonnés aux plus misérables superstitions.
On sait, d’autre part, quelles fables Hérodote et Pline ont racontées le plus sérieusement du mondesur une multitude d’animaux, et eu particulier sur ceux de l’Égypte.
On ne peut douter, en résumé, que le culte des animaux, comme celui des astres, n’ait été dans ce pays, sinon parmi la foule ignorante, au moins parmi les classes supérieures, et a fortiori dans la pensée des pi ètres euxmêmes, un culte essentiellement symbolique. Quant au sens précis que les initiés attachaient au culte de chaque animal, le mieux est île confesser, comme l’a lait le savant M. de Rongé en ce qui concerne le Chat, qu'on ne le connaît pas ou qu’on le connaît peu.
Diodore de Sicile essaye de rendre compte de la vénération des Égyptiens pour certains animaux, en supposant qu’ils en avaient adopté les images comme signes de ralliement à la guerre, et qu'ayant remporté des victoires sous ces enseignes, ils avaient attribué leurs succès à la protection des animaux qu’elles représentaient et par reconnaissance leur avaient élevé des autels. Cette explication est, en somme, très-acceptable, et M. J. Henry ne fait qu’opposer une hypothèse à une autre lorsqu’il dit que l’usage de porter des ligures d’ani-