Fossiles de Menton et de Schweizerebild
nité les plus rapprochés de nous *. Toute cette période antique, à laquelle
1. Condorcet, Esquisse d'un Tableau historique des Progrès de l'Esprit humain.
on pourrait donner le nom de « pro-laiie » ou « avant-langage » , peut être considérée comme antérieure à l'humanité spéciale : l'Homme ne constitua l'espèce nouvelle qu'en cessant d'être akilus 1 .
L'étude des formes animales qui nous rattachent aux quadrupèdes et aux reptiles appartient à l'ère pré-humaine, caractérisée par plusieurs espèces d'anthropoïdes (Dryopithecus, Pliohyhbates, Anthropodas, Paleopithecus, Gryphopithecus, Oreopithecus *), et surtout par le Pliopithecus antiquus, dont on a trouvé un fragment de mâchoire près de Sansan, dans la vallée du Gers, et qui semble être l'animal le plus voisin de l'homme que l'on connaisse ; de là, sans doute, cette répugnance instinctive que nous avons pour le singe : nous nous reconnaissons trop en lui. Le vieil Ennius l'a dit :
Simia quant similis turpissima bestia nobis K
Peut-être le pithécanthrope 4 fossile que le médecin Eug. Dubois a découvert, en 1894, dans les cendres volcaniques du quaternaire ancien de Java, près de Trinil, en compagnie d'animaux fossiles, ( dont quelques-uns appartenaient à des genres aujourd'hui disparus, fut-il l'intermédiaire cherché, 1' « anneau manquant de la chaîne » unissant l'homme à ses ancêtres du monde animal : par son attitude et par sa taille (i m ,657), qui est celle de l'homme moyen, par son crâne, dont la capacité (900 à 1 000 centimètres cubes) dépasse de près d'une moitié la plus forte contenance cérébrale des crânes appartenant aux plus grands anthropoïdes connus, le pithécanthrope paraît bien réellement faire partie de notre lignée humaine, eh nous rattachant aux hylobates ou « gibbons », ceux des singes qui se rapprochent le plus de nous par la conformation et qui descendraient "comme nous des mêmes ancêtres animaux 5 .
D'après Manouvrier, il serait probable que ce « singe-homme », YHomo javanensis, ne possédait pas le langage articulé, ce caractère le plus précieux de l'humanité proprement dite.
L'étroitesse frontale, qui se prolonge très loin sur le crâne de
1. H. Drummond, Ascent of Mon. — 2. Georges Engerrand, Notes manuscrites. — 3. Le singe, bête très laide et combien semblable à nous ! — 4. Eug. Dubois, Pithecanthropus erectus, Eine menschenàhnliche Uebergangsform aus Java, Batavia, 1894; Manouvrier, Revue scientifique, 30 nov. 1895 ; 7 mars 1896. — 5. Ernst Hseckel, The last Link, p. 22 à 28.
PITHÉCANTHROPES 1 1
Trinil, permet de nier que la « circonvolution de Broca » ait été plus développée chez le pithécanthrope que chez les anthropoïdes \ Près de Bahia, au Brésil, on aurait découvert dans un amas de coquilles un crâne humain à caractères très primitifs, que Ton a voulu rapprocher de la pièce de Trinil *, mais dont l'âge n'a pas été suffisamment établi.
Ces trouvailles sembleraient indiquer que l'homme, sous sa forme
CBAKB DE ÏTEANDBBTAL (Profil).
Epoque paléolithique.
(Ge fragment de crâne est posé sur des supports pour lui donner la position
qu'il occupe dans la tête reconstituée.)
actuelle, aurait pris naissance dans les régions de vie exubérante, où le soleil darde ses rayons les plus chauds et où la pluie tombe en averses très abondantes; les variétés de négritos se sont développées aussi dans la zone équatoriale, patrie des grandes espèces anthropoïdes apparentées à l'homme.
A pareille éclosion, il fallait, semble-t-il, la nature tropicale en toute sa puissance productrice (Hœckel, Johnston). Si les hommes, en presque toutes les contrées, du moins en dehors des plaines, racontent que leurs premiers aïeux descendirent des hautes montagnes qui bornent leur horizon, ces légendes proviennent d'un pur effet d'optique.
1. Société à* Anthropologie de Paris, séance du 17 novembre 1895. — 2. A. Nehring, Naturwissensehaftliche Wochenschrift, 17 nov. 1895.
Les fiers sommets qui se dressent en plein ciel, au-dessus des nuages, ne semblent-ils pas être la demeure des dieux, et n'est-ce pas aux pieds de ces divinités créatrices que le primate, animal privilégié, a dû voir en imagination la naissance de ses premiers parents?
L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux !
ainsi chantait Lamartine. Non pas un « dieu tombé », car il monte plutôt, mais il se souvient de tout un infini. Issu de générations sans nombre, autres hommes ou anthropoïdes, animaux, plantes, organismes primaires, l'homme se remémore par sa structure tout ce que ses ancêtres ont vécu pendant la prodigieuse durée des âges. Il résume bien en lui tout ce qui le précéda dans l'existence, de même que, pendant sa vie embryonnaire, il présente successivement les formes diverses des organisations plus simples que la sienne. Ce n'est donc pas seulement dans les tribus sauvages qu'il faut essayer de retrouver l'homme ancien : c'est, aussi loin que possible, parmi- ses aïeux, les animaux, là où rayonnent les premières lueurs de l'intelligence et de
la bonté.
Les sociétés animales nous montrent, en effet, soit en germe, soit en état de réalisation déjà très avancée, les types les plus divers de nos sociétés humaines. Nous pouvons y chercher tous nos modèles. Dans leurs groupes si variés, nous trouvons ce même jeu des intérêts et des passions qui sollicitent et modifient incessamment notre vie et déterminent les allures progressives ou rétrogrades de la civilisation. Mais les manifestations de l'animal, plus naïves, "moins complexes, dépourvues de l'enveloppe des phrases, des écrits, des légendes et des commentaires qui déguisent notre histoire, sont plus faciles à étudier, et l'observateur réussit à voir autour de soi les divers petits mondes dans la basse-cour, dans le hallier voisin, dans l'atmosphère et dans les
eaux.
» Du temps que les bêtes parlaient , les hommes les comprenaient. Les êtres à deux et à quatre pattes, à peau lisse, à plumes et à écailles n'avaient point de secrets les uns pour les autres. L'entente était si complète que le peuple, supérieur aux philosophes par la juste, quoique subconsciente intelligence . des choses, continua longtemps, continue encore eà et là de s'entretenir avec les animaux dans ces contes de fées qui constituent une part si importante de la littérature,