‹ L'homme et la terreChapitre 110 sur 279 · TATOUAGES · texte numérisé non relu

TATOUAGES

ment de la personne ; de même que par foi fantcrie le civilisé pose pour le vice ou le crime, de meme le sauvage tire vanité de scs mains auxquelles manquent des phalanges, de ses mâchoires brèche-dents, de ses lèvres distendues par de larges rondelles, ou des cicatrices de son front Souveiit aussi l'homme qui se défigure ou se mutile peut avoir d’autres raisons que la vanité ou l’identification de sa personne : le deuillant sacrifie volontiers une partie de son corps à l’ami ou au parent qu’il a perdu, soit afin de le suivre dans l’inconnu, au moins par un fragment de son être qui ait vécu, soit pour se concilier l’esprit du mort revenant vers son foyer.

Plusieurs causes s’entremêlent conduisant au même but.

C’est ainsi que les amulettes, destinées à protéger ceux qui les portent contre tout sortilège, sont en même temps des bijoux : le collier de corail que l’élégante mondaine dispose autour do son cou la défend certainement contre les esprits mauvais, mais elle

HOMME TATOUÉ DE MOGEMOK (île MACRENSIE, carolines)

(Dos)

fait en outre valoir la blancheur de son teint et l’opulence de ses épaules. 1 i3*

Le laloLi^gc, très grossier dans sa forme rudimenlaire, tel qu’on le pratique encore chez maintes peuplades, est devenu un des arts les plus raffinés, mais seulement dans les contrées dont les populations peuvent, tout en progressant par l’inlclligence et l’industrie, échapper a la tyrannie du vêtement. L’Eskimau n’est point tatoué ])arcc qu'il

est complètement couvert de fourrures.

Des traits, des lignes du meme simplement des points, puis des ronds et des croix, telles sont d'ordinaire les seules marques indélébiles introduites dans la peau par les artistes tatoueurs. Des fleurettes gravées suite front, la joue, le menton, le hras ou le sein des jeunes filles sont de gracieux ornements qui témoignent souvent d’un art véritable. Après avoir surmonté la première impression d’étrangeté, .on ne peut s’empêcher d’admirer aussi des cnscmhles de dessins, grecques, losanges, entrecroisements de triangles et de cercles, s’harmonisant d’une façon merveilleuse avec la stature des individus, hommes et femmes, de certaines ])cuplades africaines, dans la partie occidentale du continent. Le triomphe du tatouage est celui que nous présentent, en un style bien distinct, mais au moins aussi intéressant, les insulaires de plusieurs archipels’])olynésiens et les Japonais.

On se demande jiourquoi le tatouage est arrivé à sa perfection artistique en ces îles océaniques, pour la plupart de faihlc étendue et, par conséquent, privées d’une population dense où pussent naître spontanément de véritables écoles. Tout d’abord, on reconnaît que l’ancienne zone d’extension de cet art comprenait seulement les parages tropicaux de la Polynesie où les arbres à fruit, les plantes alimentaires et les poissons fournissent une nourriture très abondante et où l’artiste jouissait, par conséquent, de longues beurcs journalières pour la contimiation de son travail : le loisir dans une belle et féconde nature, qui donnait à l’homme la force, l’adresse et la beauté, laissait à l’ingé-

T.VTOUAGE RE FEMME MOGEMOK (c.AUOLINES;

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