TATOUAGE JAPONAIS SUII I.F. DOS D UN SOLDAT ANGLAIS
D'après une photographie
l‘homme et la tekke
Chez ]e Japonais, qui sans doute est partiellement d’origine océanienne, le tatouage, modifié suivant le modèle de la peinture nationale, a pris un caractère tout diflerent de celui des Polynésiens ; il s’est affranchi de la symétrie que scmhlcnt commander les formes harmoniques ou plutôt il a snhordonné la géométrie corporelle pour faire valoir par elle runité de son dessin et former un tahleau saisissant d’imprévu, on seipcnt librement les di'agons, oii l’on entrevoit des oiseaux et des visages féminins à travers les hrancliages fleuris.
Le tatouage, presque disparu de la société contemporaine qui se respecte, ou du moins caché lâchement sous des habits, était un A^éritable vêtement répondant au génie de l’individu, et ne subissant rinfluencc de la mode que d’une génération à l'autre. Mais cette vêture incorporée à la personne devait évidemment perdre toute son importance dans une société nouvelle ayant adopté l’usage d’un vêtement cxtéjieur, mobile, facile à changer d’un moment à l’autre, suivant les alternances de la température, la différence des occupations, les caprices et les passions de l’individu. Les traits gravés sur le corps étaient faits pour être vus, pour provoquer l’admiration, l’amour ou la terreur ; il est donc naturel qu’oii ne se soit plus donné la peine et c^u’on ne se soit plus soumis au danger de tracer sur son corps des images destinées à rester ignorées. Le tatouage devait fatalement tomber en désuétude, dès les temps préhistoriques, chez tous les pcuj)lcs ayant pris l’habitude d’endosser des fourrures ou peaux, des chlamydes, toges, robes et chausses; il ne jAOuvait se maintenir qu’à l’état de survivance, comme signe de caste ou de confrérie entre gens qui ne veulent pas révéler à tous l’association de laquelle ils font partie, comme passeport auprès d’amis lointains, ou comme attestation symbolique de quelque vœu de colère ou d’amour; c’est ainsi qu’il s’est maintenu jusqu’à nos jours chez les Bosniaques du culte catholique, ainsi que chez les pèlerins de Loreto L peut-être parce que chez eux le tatouage conventionnel comprend toujours une croix Mais l’origine de cette coutume, bien plus ancienne que le Christ, se rattache aux religions de la nature; on ne s’y soumet qu’avant le solstice du prin-
I. Eurico Ferri, Notes manuscrites. — 2. (Jro Tmhelka, Les Restes illyriens en Bosnie.
OUXEMENTS NATURELS
temps et quand on est entré dans l’age de la puberté. En perdant son caractère de grand art, honoré de tous, pour devenir une pratique de mystère et même de vanité méprisable, le tatouage doit nécessairement s’avilir peu à peu et reprendre les formes rudimentaires de son début. Il n’est plus ce qu’il fut dans ses beaux jours, l’histoire de la l’ace et la célébration joyeuse de son
idéal ' . Quand un individu commettait un acte jugé contraire à l’honneur, on barrait le tatouage par des marques de félonie.
La vêture extérieure, remplaçant les ornements gravés sur la [>eau, devait, pour une forte part, rendi’C à l’homme le même service, celui de l’orner, de satisfaire sa vanité personnelle et de le signaler à l’admiration de tous . Cependant la plupart des moralistes, obéissant aux préjugés du temps actuel, et les transportant dans le passé, se sont accordés à voir dans un sentiment de pudeur la raison première des habillements de toute espèce que portent les hommes ^ ; à cet égard, ils acceptent la légende de la Bible, qui nous montre le premier couple humain vivant au paradis dans sa belle nudité, puis s’habillant de
feuilles aussitôt après avoir mangé un fruit qui donne la connaissance du bien et du mal L