‹ L'homme et la terreChapitre 119 sur 279 · LANGUES. — ÉCRITURE. — RELIGIONS. — MORALE · texte numérisé non relu

LANGUES. — ÉCRITURE. — RELIGIONS. — MORALE

Le mobile, c’esLù-dire le désir de plaire, qui sollicite chaque iiidividu primitif à orner sa personne avait runion des sexes pour sanction naturelle, et, par suite, devait amener la constitution des groupes familiaux. Mais, de même que les ornements variaient suivant les milieux et les matériaux dont l’homme pouvait disposer, de même les formes sociales déterminées par runion entre les sexes ont singulièrement changé en différents lieux et en des époques successives. Chez

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les animaux d’espèces diverses, on rencontre tous les modes d’union; on les constate également dans le monde des hommes primitifs, dans la protohistoire et dans l’iiistoire elle-même : promiscuité sans règle précise, communauté pratique siiivant certaines conditions, polygamie et polyandrie, hiérarchie des épouses et des époux, lévirat, c’est-àdire héritage imposé ou facultatif de la femme laissée par un frère aîné: enfin, monogamie temporaire ou permanente. Pourtant, on se laisse facilement aller à imaginer d’emhlée une même façon de vivre à tous ces hommes primitifs, dont aucune mémoire ne nous est restée, et qui ressemhlaient prohahlement aux populations sauvages de nos jours, chez lesquelles on observe des institutions diverses. Ainsi, nombre de sociologues admettaient d’une manière générale, mais sans preuve aucune, que « la promiscuité complète des hommes et des femmes, dans une même horde, fut l’état primordial de notre espèce)). Mais pourquoi en serait-il ainsi, puisque, par delà l’homme, dans le monde animal, nous voyons ajiparaîtrc toutes les formes de «garnie)), et, parmi ces formes, plusieurs témoignant d’un choix mutuel des individus?

Les expériences instituées par Darwin, et, depuis, par Houzeau, Espinas , Romanes et tant d’autres , ont mis hors de doute que la «famille)) existe réellement, quoique sous des aspects très divers, dans les groupes ancestraux de l’animalité. On trouve même, en plusieurs espèces, des exemples de cette famille monogamique à constant et inaltérable amour que les moralistes officiels considèrent comme ayant seule droit au titre de «mariage)). Toutefois, il est certain que ce genre d’union est parmi les moins communs, et que le mélange des sexes, se produisant en apparence d’une manière capricieuse, est le fait le plus ordinaire. 11 semble donc très probable qne les mêmes mœurs ont prévalu chez la plupart des premiers hommes. Dans une société distincte, exposée à tous les dangers de la part des éléments, des animaux, des tribus ennemies, la personnalité collective comprenait tous les individus, hommes, femmes, enfants, d’une manière tellement intime que la propriété privée ne pouvait se constituer pour les séparer les uns des autres : tous faisaient également partie de la grande famille.

Ainsi que le dit Oscar Browning', il fut certainement une période

I. Transactions of the Royal Historical Society, vol. VI, 1892, page 97.

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de l’histoire en un grand nombre de contrées on l’appropriation d’une femme par un homme fut considérée comme un attentat envers la société. De même qu’on a pu répéter de tout temps, eu souvenir de la mainmise sur le sol par quelques individus : u La propriété, c’est le vol! «, de meme on a dû s’écrier : « Le mariage, c’est le rapt! ». L’homme qui enlevait la femme à ses concitoyens pour en faire sa chose, son acquisition personnelle et privée, ne pouvait être tenu pour autre que pour un ravisseur, un traître à la communauté.

Mais, en pareille matière, les modifications brusques de la coutume, les révolutions devaient être fort nombreuses. La passion ne s’accommode pas des pratiques traditionnelles; se ruant au travers, elle transforme tout et finit par créer des institutions nouvelles. Ainsi les frères de la horde primitive, n’osant s’emparer, pour leur compte personnel, d’une « sœur», c’est-à-dire d’une femme appartenant à la tribu même, n’avaient pas de scrupule à faire des captures en tribus étrangères; souvent l’amoureux, caché dans la brousse, près de la fontaine où la jeune fille venait puiser de l’eau, bondissait sur sa proie pour la ramener en triomphe dans le village natal, et la posséder en maître unique, non en mari sociétaire.

Ce fut le commencement des mariages exogamiques, d’abord accomplis de force, par enlèvements, avant de prendre, par de fréquentes récidives, un caractère normal, accepté de tous. De nos jours encore, il ne manque pas de pays où les rapts de jeunes filles et de femmes se font avec une réelle violence, sans complicité tacite de la part de la victime ou des parents. D’abord, il faut tenir compte de l’état de guerre qui sévit entre tant de groupes humains, dans toutes les parties du monde ; quand toutes les passions impulsives sont exaspérées, quand la vie et la liberté du semblable sont à la merci de qui veut les prendre, et que les arts mêmes de capture et de meurtre sont considérés comme glorieux et dignes de tous éloges, le ravisseur peut se croire pleinement dans son droit en s’attribuant les captives; Achille revendique Briséis comme sienne, et, jusque chez les nations dites civilisées, le soldat, livré à l’atavisme féroce de ses instincts, s’arroge toute licence de viol aussi bien que de pillage.

Mais, entre maintes peuplades de primitifs qui se trouvent en état de paix, soit pour un temps, soit d’une façon durable, la pratique de l’enlèvement des femmes n’en reste pas moins consacrée par la cou-

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tume. Ainsi, les Siah-Poch, ou « Noir-Vêtus », de rHindu-Kuch étaient strictement obligés, par la tradition, à prendre femme en une tribu différente de la leur; se glissant près de la cabane où dormait la fdle convoitée, l’amant y lançait une flèche teinte de sang, prêt, s’il le fallait, à verser vraiment le sang de ceux qui voudraient lui barrer la route. Ce fut aussi le cas chez les anciens Germains qui employaient le mot brut luJV (course à la fiancée), dans le sens de mariage ’ .

De même, dans la Balkanic occidentale, le Mirdite, ou « Bon- \ivant», de religion chrétienne et de mœurs républicaines, considérait naguère comme un déshonneur de ne pas avoir pour épouse une fille enlevée au musulman de la plaine, l’ennemi héréditaire. Celui-ci défendait souvent avec vaillance la fille ou sœur qu’on cherchait à lui enlever; mais, sachant que l’enlèvement des femmes était pour les montagnards la règle de tradition, une c( loi de nature », il acceptait d’ordinaire avec tranquillité d’âme le fait accompli, d’autant plus que, lors d’une de ces trêves qui interrompent, de temps en temps, les guerres de frontière, il pouvait compter, d’une manière presque certaine, sur l’acquittement d’un prix d’achat, fixé d’après la coutume. Dans ce cas, l’enlèvement est devenu la forme médiaire entre le rapt primitif et le pur achat — tel qu’il se pratiquait naguère chez les Tcherkesses du Caucase; — c’est de là que dérivent les cérémonies plus ou moins compliquées du mariage d’argent, qui, de par les conditions de la propriété, est naturellement la règle dans les sociétés policées du monde européen.

Si l’enlèvement réel existe encore, comhicn plus les rites traditionnels qui témoignent de la forme primitive des mariages exogamiques^! Les exemples de cette survivance se pressent dans l’histoire. En Grèce, en Inde, on se souvient du mariage « héi’oïque », de l’union pratiquée suivant le mode dit Rakchasa; dans toutes les parties de la Terre, des trihus simulent la forme primitive du rapt; l’enlèvement des Sabines par les Romains se reproduit de tous côtés par des jeux et des fêtes où l’on tire encore les épées, où l’on brandit encore les massues, mais où l’on ne verse plus le sang. On peut même se demander si,

I. Max Müllcr, Essais de Mythologie comparée, trad. de G. Perrot, page 807. — 2. Mac Lellan, Primitive Marriage.

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par l’clïcl d’un travail continu d’évolution, les garçons d’honneur qui,

|\I“ 33. Quelques formes de mariages aux Indes.

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