FÉTICHISME
laquelle nous rentrerons tous. Les points cardinaux, régions de l’espace indéfini, sont également des dieux pour les Mongols, les Yakoutes, les Russes yakoutisés \ Enfin le Ciel, dans toute son immensité, n’est pour ceux dont il embrasse la planète en sa rondeur infinie qu’un seul et grand individu qu’il faut craindre et
EX-VOTO EN FER FORGÉ A SAINT-LÉONARD (tyROl)
supplier comme tout autre corps avec lequel l’homme se trouve également en contact. En toute logique on a donc pu considérer le peuple chinois, naguère adorateur des génies de la Terre et du Ciel, comme ayant à peine dépassé dans son évolution la période du fétichisme, et, en vérité, quels adorateurs pourraient s’imaginer qu’ils se sont développés en dehors de cette religion universelle ^ ?
I. Deutsche Rundschau, Jahrgang XVII, Hefl 12. — 2. Pierre Laffite, General View of Chinese Civilisation.
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L HOMME ET L.V TEIUIE
Ainsi les millions et les milliards d’etres redoutés, qui représentent les âmes d’autant de corps distincts, peuvent se résumer en un immense fétiche comme la Terre ou le Ciel. Les dimensions prodigieuses de ces dieux supérieurs u'cmpèchent point qu’on croie également à l’influence des tourbillons de déicides infiniment petits, et précisément les Chinois, qui célèbrent la fete du Ciel en de si minutieuses cérémonies, apportent encore beaucoup plus de sollicitude dans les mille observances qu’exige le culte du fang-choiii, c’est-à-dire de la multitude sans fin des esprits de l’air et de l’eau; nulle part l’art magique de se rendre les génies favorables n’a pris plus d’importance que dans la « Fleur du Milieu ».
L'bistoire moderne du monde chinois a été en grande partie déterminée par la résistance du peuple « jaune » à la brutalité de l’ingénieur européen qui vient sans respect, insolemment, bouleverser la terre sacrée et en violer les esprits. Chez nous. Européens, quelle révolution dans le monde social si les enfants étaient soudain privés de leurs poupées?'
Le « naturisme » est cette religion qui naît spontanément de la croyance aux génies innombrables représentants des forces agissantes de la nature : tout vit, ainsi qu’en témoignent la plupart de nos langues ; elles donnent un caractère sexuel : « il », « elle » à tous les objets. Avant l’invention du neutre, qui est d’origine moderne, toute forme extérieure était représentée par un substantif mascnlin ou féminin''.
A ces âmes de la Terre qui assiègent l’homme de toutes parts s’ajoutent les âmes de ceux qui ont vécu, de ceux qui ne sont pas encore : le naturisme devient « animisme » ou plutôt se confond avec lui, car la mort frappe incessamment autour d’elle, et les souffles mystérieux, les « âmes », les a esprits » des êtres expirants vont se confondre avec les énergies, de nature également inconnue, qui sortent de la terre et des arbres.
L’homme se x'oit constamment environné par ces forces de diverse origine, mais de pouvoir égal ; toutefois, les maladies, la mort inler-
I. Lubbock, Anthropological Review, oct. 18G9. — 2. Max Millier, Essais de Mythologie comparée, üad. G. Perrot, p. 72.