MANDUCATION DES CADAVRES
INDIGÈNE DES ILES NICOBAR FAISANT SÉCHER LES OS DE SON PÈRE AU FOYER DE SA HUTTE
Dessin de George Roux d’après un document photographique.
où l’homme avait déjà su domestiquer des animaux porteurs, on lui donnait le cheval ou le hoeuf pour compagnon, et le Yiking des côtes septentrionales receA^ait un bateau pour continuer ses voyages de découverte et de conquête sur les rives nouvelles.
Le numéraire était-il connu chez les amis du mort, on lui remettait au moins une pièce pour qu’il trafiquât encore utilement avec les gens d’outre-tombe; par un respect superstitieux des anciennes coutumes, les contemporains de Socrate et de Sénèque observèrent, et même, en beaucoup d’endroits, nombre d’Européens observent encore cette pratique funéraire. Enfin, quand le défunt était un grand chef, on le faisait accompagner sur le bûcher ou dans la fosse sanglante par toute une cour de guerriers, de femmes et d’esclaves.
Ainsi dans l’immense multitude des morts qui remplissent l’espace, aussi nombreux que les feuilles des arbres ou que les grains de sable du rivage, s’établit une hiérarchie analogue à celle qui prévaut dans la société des diverses tribus : chez les peuplades égalitaires, les dispai'us sont tenus pour des égaux; chez celles où le pouvoir des uns s’est fondé sur la servitude des autres, le traitement des morts varie de l’apothéose à l’absolu mépris. La création d’un corps sacerdotal dut accuser la différence d’acception réservée aux trépassés, puisque magiciens et prêtres s’érigent en juges, en dispensateurs des punitions et des récompenses d’outre-tombe. Mais, en dépit des jugements que prononce l’homme de religion, un doute subsiste toujours. Les calvinistes, on le sait, proclamaient, après saint Paul, après saint Augustin, le dogme de la prédestination : le sort des hommes est fixé d’avance, à pile ou face; de même, à Taïti, les âmes aveugles, sortant des corps au hasard, rencontrent l’une ou l’autre de deux pierres, l’une ouvrant le chemin de la vie éternelle, l’autre celui de l’éternelle mort’.
Les prêtres, comme les chefs, s’étaient élevés au-dessus de la foule par une sélection naturelle : les hommes d’une intelligence exceptionnelle ou d’une grande expérience, de même que les rusés compères, les meilleurs et les pires, devaient acquérir un ascendant considérable, grâce aux explications vraies ou plausibles qu’ils avaient su donner des prodiges de la vie et aux conseils qu’ils avaient distribués en temps opportun. Jusque là leur influence était légitime; mais rien ne dépraA^e comme le succès, et leur considération même devait les entraîner à d’hypocrites prétentions de savoir. La magie devint un