‹ L'homme et la terreChapitre 151 sur 279 · I. Pictet, Aryas, lonic 11, pp · texte numérisé non relu

I. Pictet, Aryas, lonic 11, pp

l’homme et l\ terre

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Celle inslilulion d’une sociélé supérieure, s’imaginant ou prélenclant couiiaitre les choses de l’au-delà, livra les peuplades et les nations au régime de la terreur ineessante, car il était inévitable que la caste, subdivisée eu confréries secondaires, spéculât, même inconsciemment, sur la crédulité des naïfs ou leur effroi de la mort et de l’inconnu, pour augmenter sa puissance et sa richesse. Devenue l’intermédiaire entre les hommes et les esprits, elle avait devoir et intérêt à représenter ceuxci comme très méchants afin de faim apprécier leur inlcrvention à un taux d’autant plus élevé, u Le grand Kalitc », disent les sorciers de Palaos, en parlant du génie qui gouverne les insulaires, u le grand Kalile aime à manger les hommes' ». Se plaire à verser le sang : c’est (( avoir des entrailles de Dieu », répétaient aussi les Taïliens quand ils pratiquaient leurs infanticides^. Le maître isolé dans le ciel des Juifs n’est-il pas aussi un « Dieu fier et jaloux »? Et dans une auguste indifférence, Zeus s’assied au faîte de l’Olympe pour se réjouir do la lutte de ces peuples périssables, les Troyens et les Achaïens, qui s’entr’égorgent à ses pieds h

Cotte haine sanguinaire, cette jalousie terrible des génies innombrables ou du maître des génies, il ne pouvait y avoir qu’un seul moyen de les conjurer, le sacrifice ; de même que dans un incendie destructeur des forêts, le sauvage faisait la part du feu, de même il donnait un peu de sang au dieu avide qui voulait le boire à Ilots ; du moins gagnait-il ainsi du temps. Mais partout où la population vivait sous la terreur inspirée par le magicien, un peu de sang ne suffisait pas, il en fallait beaucoup et la soif du dieu n’était jamais satisfaite. De là le devoir pour l’adorateur de sacrifier ce qu’il avait de plus cher. Avant que l’ange de l’Eternel arrêtât la main d’Abraham prêt à égorger son fils Isaac, combien d’autres pères avaient dû mettre à mort leurs fils et donner à l’esprit redoutable les prémices de toute existence animale naissant dans leur domaine. Le père ne pouvait se racheter que par la mort du fils. A l’est du lac Stéphanie, les Boran satisfont le dieu Wak, le « Ciel », en lui abandonnant leurs enfants nés pendant les premières années du mariage, quatre ans chez les uns, huit ans chez les autres ; les nouveau-nés sont exposés dans la brousse et mangés par les bêtes. Après cette période de purification, les Boran,

I. Miklukho-^Iaklay, Bulletin de la Société de Géographie russe, 1878. — 2. William Ellis, Polyiicsian Rescarches. — 3. Hiadc, XX.

PRÊTRES ET SACRIFICES 3og

devenus Raba, sont tenus pour quittes envers leur dieu ; un prêtre le? circoncit et ils procréent des enfants, qu’ils chérissent ^

SORCIERS SOUDANAIS RENDANT UN ORACLE d’aPRÈS LA POSITION DES BATONS ET DES CAILLOUX

Dessin de George Roux, d’après une photographie.

La légende d’Abraham indique une étape de l’humanité; elle sym- I. Maud, Geogr. Journal, May, 190/1, p. 568.

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bolise radoucissement des mœurs qui se produisit dans l’histoire du peuple juif et fit substituer les égorgements et les holocaustes d’animaux aux sacrifices humains, mais après cette époque, combien de fois encore la frayeur du dieu amena les géniteurs à plonger le couteau dans le corps de leurs enfants. C’est ainsi que les villes fondées par Josué

AUTEL ÉRIGÉ EN l’iIONNEUR DE DIANE

(Musée du Louvre.}

écrasèrent de leurs linteaux de portes les cadavres des jeunes hommes; de même Agamemnon, le « roi des rois », offrit aux dieux sa fille Iphigénie, et Jephté remit au bourreau la jeune enfant qui s’avançait avec ses compagnes pour l’accueillir avec des danses et des chansons. Bien plus, le U saint» roi David sacrifia son peuple pour se faire pardonner une désobéissance au dieu vengeur : « Puisque j’ai péché contre toi, prends mon peuple et tue jusqu’à ce que tu sois rassasié. » .

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