‹ L'homme et la terreChapitre 152 sur 279 · SACRIFICES HUMAINS · texte numérisé non relu

SACRIFICES HUMAINS

Toutefois il n’était pas toujours nécessaire de verser le sang des siens : la guerre fournissait le moyen de désaltérer les dieux et les génies aux dépens de tribus ou de nations ennemies, et l’on vit en effet des peuples entiers disparaître pour satisfaire la vengeance des esprits acharnés.

C’est ainsi que les Juifs offrirent à leur Yahveh les habitants de tout le « pays de promission »,et dans les rares circonstances où, par un mouvement de pitié instinctive ou par suite d’une promesse faite inconsidérément, ils durent épargner quelques-uns des indigènes , ils s’en accusèrent comme d’un crime. Si l’on peut remonter jusqu’aux origines des sociétés pour y surprendre cette idée du sang offert en sacrifice aux génies, on en constate d’autre part la survivance jusqu’à nos jours, puisqu’après les batailles, les vainqueurs vont chanter leurs Te Deum au dieu des armées.

Il n’est pas une ancienne forme de religion primitive qui, sous l’action des mêmes causes, n’ait persisté plus ou moins dans nos civilisations modernes. Tel est le culte des têtes coupées qui prévalut chez tant de tribus préhistoriques et qui se retrouve chez certains Dayak de Bornéo. Le sauvage qui limite à son propre clan la partie de l’humanité envers laquelle il a des devoirs moraux, se croit tenu, en stricte vertu, d’aller couper des têtes dans les tribus étrangères pour les lapporter à la femme qu’il a choisie ou

AUTEL CHRÉTIEN DE l’ÉGLISE DE CAMPLONG (HÉRAULT)

D’après une photographie.

bien à la tribu qu’il représente. Sans meurtre dont il puisse se glorifier, il n’est pas même considéi’é comme un homme : verser le sang humain est le premier devoir d’un candidat à la virilité. Et l’éducation qu’a reçue cet enfant de la forêt, pourtant très bon et très noble avec ses camarades de tribu, n’est-elle pas précisément celle de nos jeunes contemporains auxquels on enseigne qu’il est glorieux de tuer un ennemi ou même un nègre ou un jaune de quelque pays inconnu? Le Dayak se vante d’avoir un poignard pour ancêtre'; de même c’est un grand honneur dans nos sociétés modernes d’être tenu pour le descendant d’hommes qui se sont illustrés par l’usage de la francisque, du glaive ou de l’arquebuse.

Le meurtre religieux, inspiré et réglé dans ses détails par la magie, devait en mainte circonstance être accompagné de repas anthropophagiques. Certes, le cannibalisme peut avoir chez les fugitifs la faim pour cause première, comme il l’a eue tant de fois pendant la période historique, dans les villes assiégées, sur les radeaux perdus en mer, dans les expéditions aventurées au milieu des glaces, des neiges ou des forêts vierges. Mais chez les hommes, aussi bien que chez les animaux, ces faits sont exceptionnels : ils se produisent cependant, notamment dans l’Afrique nigérienne, où la ville d’Ibadan avait encore il y a moins de vingt ans ses marchés toujours fournis de chair humaine considérée comme simple viande de boucherie. Au contraire, les repas dans lesquels l’homme se nourrit de son semblable par acte religieux sont toujours des cérémonies ayant un caractère de noblesse et de gravité. S’agit-il pour un guerrier de dévorer le cœur ou le cerveau d’un ennemi afin de s’incorporer le courage et la pensée de l’adversaire égorgé ? C’est là un acte d’importance majeure dans l’existence de l’homme qui va se doubler ainsi en énergie physique et en force morale. Mais la manducation de la chair pi’ésente une signification bien plus grande quand il s’agit d’une victime plus qu’humaine.

11 semble d’abord que pareil fait soit complètement impossible, puisque les dieux sont plus puissants que l’homme. Toutefois celui-ci, inspiré par la passion frénétique du moi, peut accomplir des miracles, grâce à la subtilité des prêtres. Souvent, dans les dangers suprêmes d'iino nation, les victimes ordinaires des sacrifices, bœuf ou agneau

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