Lenormant, Premières Civilisations
pays une influence prépondérante, en le comparant avec les régions des alentOTirs, souvent désignées sous le nom de Touran. Ce mot, maintes fois prononcé par les Iraniens avec une expression de haine et de mépris, analogue à celle que manifestaient les Chinois à l’égard des U diahlcs étrangers », s’appliquait spécialement aux populations errantes qui parcouraient les vastes plaines situées au nord du Paropamisus, entre les rubans de verdure qui bordent l’Oxus et le laxartes. Par extension, ce terme de Touran comprit tous les territoires du Noi’d asiatique jusqu’à l’océan Glacial et à la mer de Bering ; en réalité, les Perses, ainsi que les Juifs, les Hellènes, en étaient venus à se considérer comme formant l’humanité par excellence, un peuple divin. Tout le reste ne constituait qu’un ramassis d’êtres indignes, n’ayant guère droit au nom d’hommes. Dans son ensemble, le Livre des Rois, de Firduzi, n’est autre chose que l’histoire de la guerre sainte entre les héros et les monstres, entre les bons et les mauvais génies, entre l’Iran représentant le bien et le Touran, symbole de tout ce qui est mal. D’ailleurs l’appellation de « Tourauiens » adoptée par toute une école d’anthropologistes, pour désigner les populations non aryennes du nord de l'Asie, prouve que la science moderne subit encore l’influence des passions et des idées qui animaient les anciens habitants de ITranie. Comme eux, et par une sorte d’instinct de race ou de langue, nous acceptons l’héritage d’orgueil et nous figurons volontiers que ces Touraniens, nés en dehors de notre monde d’élection, sont en toute chose nos inférieurs. Le contraste entre « Arya et Toura » puis entre Iran et Touran' était si nettement indiqué par la nature qu’il se perpétue chez nous après des milliers d’années et à des milliers de kilomètres du lieu où il prit son origine.
Le territoire de l’Élam, dans l’acception primitive de ce nom, est constitué par les premiers ressauts du Zagros qui dominent de loin la Mésopotamie et le rivage maritime arrondissant sa courbe entre rii'an et l’Arabie, mais dans le cours des âges le terme engloba vers l’est tout le rempart montagneux jusqu’au rebord du plateau et vers l’ouest la Susiane qui, au sens premier du mot, n’était que la basse vallée du Karun; peu à peu les deux termes, Elam et Susiane,