‹ L'homme et la terreChapitre 215 sur 279 · GRECS ET PERSES · texte numérisé non relu

GRECS ET PERSES

citoyens libres, se rappelaient avec fierté que toute la puissance de Darius et de Xerxès était venue se briser contre leurs lances, et se sentaient emplis de mépris pour le monde pullulant des « Barbares », les esclaves du « Grand Roi » ; les autres, visant à la domination dans leur propre patrie, trouvaient que le pouvoir incontesté d’un maître dont la parole était obéie par tous les peuples, des régions torrides du désert aux steppes glaciales du Nord, présentait un spectacle d’une étonnante grandeur, et se laissaient aller à rêver un ordre de choses où la Grèce aurait, elle aussi, des maîtres prononçant des jugements reçus par tous avec révérence et docilité Et puis le monarque disposait de la force honteuse que donne la corruption : de l’argent, des étoffes précieuses, une cargaison de navire bien vendue eurent fréquemment l’heur de changer des convictions qui semblaient inébranlables. Ne vit-on pas Thémistocle, le vainqueur de Salamine, devenir satrape de Perse et gouverneur de cités , grecques par la race, la langue et les mœurs, au nom du Roi des Rois? »

Un des personnages de la famille des Akhéménides, Cyrus le jeune qui essaya vainement d’arracher l’empire à son frère Artaxerxès Mnemon, apparaît dans l’histoire comme une sorte de semi-Grec, ayant du moins les côtés extérieurs de la culture hellénique et très habile à séduire les écrivains et les artistes qui venaient à sa cour ; c’est ainsi qu’en des circonstances analogues, pendant ce grand xviu* siècle où se préparèrent des luttes gigantesques de nations et d’idées, on vit les littérateurs et les savants accourir de l’Occident vers Frédéric de Prusse et Catherine de Russie pour s’entretenir avec eux de l’idéal et leur proposer des plans de réforme, en l’espérance naïve que ces potentats entreraient dans leurs projets pour l’amélioration du genre humain « C’est du Nord aujourd’hui que nous vient la lumière 1 » s’écriait-on à cette époque en s’adressant aux despotes aimables dont toute la civilisation consistait à bien parler le français. De même, le disert Xénophon, encore la cervelle emplie des enseignements de Socrate, cherche des modèles parmi les Perses, et l’homme par excellence est pour lui le grand Cyrus, « si habile à gouverner les hommes en s’y prenant avec adresse' ».

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