PIROGUES INDIGÈNES, FAITES D’UN TRONC DE PEUPLIER, SUR LE TARIM MOYEN
'im
FLEUVES ET RIVERAINS
tronc d’arbre passant au fil de l’eau, cela ne suffisaitdl pas déjà pour attirer les enfants qui s’ébaudissaient près de la rive; les oiseaux pêcheurs, parfois même un animal sylvestre, ne profitaient-ils pas de ce véhicule naturel?
De même, entraîné malgré lui par la crue soudaine des fleuves, l’homme a dû souvent voyager sur le courant des eaux, transporté sur quelque île flottante de terrains ou d’arbres enchevêtrées, ou même en sa propre demeure soulevée par le flot montant.
La force de la nécessité devint ainsi l’éducatrice du sauvage : le radeau que lui avait fourni la nature et sur lequel il était associé par la frayeur aux autres animaux de la savane ou de la forêt resta dans sa mémoire, et il put l’imiter sans danger dès que fonde devint propice. Et lorsqu’un arbre flotté, peut-être creusé d’un côté par la carie du bois, se trouva constituer naturellement un bachot bien stable sur l’eau et ne roulant point au hasard du courant, ne fut-ce pas un besoin instinctif de le remiser près du village et de s’en servir utilement à l’occasion, soit pour se laisser 'porter par la pression de l’eau, soit pour franchir la rivière, ou même pour en remonter le courant?
Les joyeuses expériences des enfants et des jeunes hommes leur avaient certainement appris qu’en nageant à demi suspendus aux troncs de bois et en frappant l’eau de leurs pieds, ou bien en employant leurs mains, des branches d’arbres, des objets de toute espèce, ils pouvaient pratiquer d’instinct le travail qui devint plus tard la science de la rame et de l’aviron, et transfosmer leur esquif en un être d’apparence animée, quoique toujours docile à l’impulsion du maître. De ce tronc creusé par la nature à celui dont les cavités étaient agrandies par l’homme, soit au moyen du feu, soit par un instrument, la transition était faeile, et dut se faire au bord d’innombrables cours d’eau par d’innombrables peuplades : de là ces barques monoxyles que l’on rencontre dans toutes les contrées de la Terre.
L’homme primitif apprit même, sans le chercher, à les munir de voiles, grâce aux branches épaisses et feuillues que ploie le vent en donnant de la vitesse à l’ensemble de l’appareil. Cette embarcation do sauvage peut être considérée comme parfaite, vu les matériaux dont elle est construite : ainsi -le bateau d’écorce du Niger, le tronc de peuplier creusé du Tarim, la pirogue de bouleau employée par les
l’homme et la terre
Hurons et les Odjibway du Grand Nord. L’homme blanc n’a pas un esquif qui puisse lutter avec ce bateau primitif pour la légèreté, la facilité d’entretien et de réparation, l’abondance des matériaux employés ; le tt voyageur » indien ou métis trouve au bord de toutes les rivières ce qui lui est nécessaire pour se construire un bateau; grâce à cette pirogue portative, il peut traverser sans arrêt toutes les régions canadiennes, des grands Lacs aux montagnes Rocheuses.
Ce qui étonne donc, ce n’est pas de voir presque toutes les tribus sauvages connaître l’art de la navigation, mais d’en rencontrer quelques-unes qui, vivant au bord des fleuves, ne se risquent point sur leurs eaux. C’est ainsi que les fameux Botocudos ne se hasardaient pas même à nager et ne savaient pas construire de bateaux'. Certes, on comprend que dans certaines rivières des bassins de l’Orénoque et de l’Amazone, pleines de ces redoutables petits poissons, les pirangas, qui s’élancent avidement sur l'homme pour le cisailler de leurs dents aiguës, les peuplades riveraines, redoutant les eaux à bon droit, devaient bien se garder d’apprendre la natation ; mais comment s’expliquer que des indigènes ne nagent ni ne naviguent dans les courants où l’immersion est presque sans danger? Evidemment, il doit y avoir dans ce cas une superstition religieuse persistant à travers les âges malgré le changement du milieu : ayant vécu jadis au bord de courants interdits, par la nécessité de la défense, comme trop dangereux, ils ont fait de cette interdiction un précepte inviolable qui les suivit, dans toutes leurs migrations, de rivière en rivière.
Ainsi, malgré l’exemple contraire que présentent quelques tribus, et malgré l’absurde logique des puissances militaires qui, revenant à la barbarie première, s’imaginent encore que les cours d’eau profonds sont des limites entre les hommes, entre les peuples, assimilables aux torrents d’eau sauvage coulant au fond des cluses et défilés, on peut considérer la découverte progressive de la navigation sur les rivières de la planète comme un fait d’ordre général s’étant réalisé sur mille points divers.
Que de progrès impliqués d’avance en eette merveilleuse invention, ajoutant au mouvement de l’homme celui de la nature, complétant la puissance individuelle de l’infiniment petit que nous