‹ L'homme et la terreChapitre 49 sur 279 · LA MER ET SES RIVERAINS · texte numérisé non relu

LA MER ET SES RIVERAINS

CHEF SIOBAN ET SES ENGINS DE PÈCHE (sUMATRa)

D’après une photographie.

voisines, hommes, femmes et enfants, qui venaient tournoyer avec des cris de joie autour des monstrueux bâtiments.

La navigation dut s’allier de bonne heure à la natation, et tout d’abord par les moyens les plus rudimentaires. Ainsi les « Grands Batanga », gens à peau noire, d’origine bantou, qui vivent sur le littoral africain, entre le Kamerun et le Gabon, se servent d’esquifs qui ne pèsent pas plus de 7 à 8 kilogrammes, et que le batelier prend sous son bras en débarquant ; pour la forme générale, ces embarcations longues, étroites, à peine creusées, peuvent être comparées aux chevaux de bois. Les Batanga s’y tiennent à califourchon, manœuvrant avec leurs jambes pour diriger, équilibrer le bateau, lui faire éviter les vagues et les coups d’embrun qui pourraient le remplir. Les Européens voient avec étonnement ces cavaliers et leurs bizarres mon-

ro8

tures glisser comme des insectes sur les lames, dominant par de brusques élans ces vagues si redoutées du brisant littoral où les matelots les plus expérimentés ne s’aventurent point sans peur.

En des mers où le déferlis n’est pas moins formidable, sur les côtes de Coromandel, par exemple, les riverains se servent de catamaram ou radeaux, sur lesquels se déroulent librement les vagues, menaçant à chaque assaut d’emporter les rameurs. De même sur les côtes brésiliennes, au large de Bahia et de Pernambuco, on rencontre souvent, très loin de la terre, une jangada, simple bâti muni d’une voile, pauvre assemblage de bois léger, sur lequel tournoie la vague, aspergeant le rameur qui, d’ordinaire, est obligé de s’amarrer à son épave et d’y fixer aussi sa gourde et sa lourde pierre d’ancrage.

C'est montés sur des embarcations de cette nature que des marins de la côte américaine, appartenant au groupe ethnique des Quichua, découvrirent les Galapagos, au moins deux siècles avant l’arrivée des Espagnols, et qu’ils poussèrent probablement jusqu’à l'île de Pâques, où, d’après quelques auteurs, ils auraient laissé comme témoignage de leur visite les sculptures étranges que l’on a transportées depuis sous le péristyle du British Muséum. Dans les mers où soufflent des vents réguliers, alternant du jour à la nuit ou d’une saison à l’autre, les gens d’audace et d’aventure se trouvent tout particulièrement sollicités ; ils sont aussi naturellement entraînés à voyager d'île en île, dans les parages où des terres surgissent à peu de distance les unes des autres : ainsi dans la mer Egée, où les étapes sont marquées d’avance, la navigation devant s’y faire comme par l’appel d’aimants successifs.

Mais toutes les mers ne sont pas bénignes, tous les vents ne sont pas propices, et peu nombreux sont les parages qui mériteraient réellement le nom de Golfo de las Damas u mer des Dames » que les premiers pilotes espagnols donnèrent au a Pacifique » mexicain, parce que le bras d’une femme, disaient-ils, eût suffi pour diriger le navire. Certaines parties de l’Océan, situées sur le parcours des vents rapides, des rafales et des cyclones, se soulèvent et se creusent en ondulations puissantes où, parfois en un chaos bouillonnant de flots entrechoqués, tout esquif, semble-t-il, devrait disparaître aussitôt. Et pourtant, telle est la force d’attraction qu’exerce cette mer toujours en mouvement, et telle est d’autre part la nécessité de la faim pour mainte peuplade éta-

Page 1