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LA PAIX ET IA GUERRE

jaillissent.

Les

marquées pour que, spontanément, les inimitiés fourmis noires et les fourmis rouges se livrent de terribles batailles; hommes noirs, roux, jaunes, basanés et blancs s’entre-heurtent aussi volontiers, mus par l’imagination natu-

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Dessin de G. Roux, d’apros une [ holograpliie

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l’homme et la terre

On se hait aussi à cause du contraste que présentent les genres de vie. Dès l’origine, au lendemain de la création, la légende biblique nous montre deux hommes, un berger et un laboureur, qui se disputent jusqu’à la mort de l’un deux. 11 est vrai que, d’après la même légende, cette haine était voulue de Dieu, puisque celui-ci, refusant l’offrande du laboureur, fit naître la rancune contre le frère privilégié. Et sans cesse avivées par les récits, par les chants de guerre, par le renouvellement des conflits, les haines se survivent bien longtemps après les causes qui leur ont donné naissance : elles prennent un caractère atavique.

Les professeurs allemands n’ont-ils pas donné, en toute sincérité, au peuple de France le nom « d’ennemi héréditaire »? Et, pour dire les choses en toute simplicité, n’est-il pas vrai que, pendant longtemps, il fut d’usage, dans le langage ordinaire, de se traiter mutuellement, à travers le détroit, de « cochon d’Anglais » et de « grenouille française » ? Même on se hait de village à village. Pourquoi ? Parce que les pères et les aïeux se sont haïs. La férocité se transforme en devoir L

L’esclavage, conséquence de la guerre, ne se comprend que par la méconnaissance absolue de tout droit chez l’homme asservi. L’esclave n’a plus les qualités humaines, il n’a point d’ « âme », il n’existe pas. Et ce qui est vrai de l’esclave que l’on a sous la main devient également vrai de l’esclave éventuel ou futur, de l’ennemi ou du membre d’une tribu étrangère : il ne peut avoir de droits, ne peut s’attendre à aucun respect. Les exceptions qui se produisent pour les nécessités du commerce, pour les pratiques traditionnelles de l’hospitalité ou la réception des ambassadeurs sont écartées de la morale courante, mises â l’abri de sanctions religieuses; mais il n’en est pas moins considéré comme juste d’avoir « prise » contre l’ennemi, l’« homme de rien^».

L’union des hommes pour le travail en commun se complète naturellement, dès les âges de l’animalité, par l’utilisation et même par des transformations de la nature. C’est ainsi que les primitifs durent s’associer pour se faire, comme les singes et tant d’autres animaux, des

I. Léon Cladel. La Fête native de Saint-Barthélemy Porte-Glaive. — a. Eduard Meyer, Die Sklaverei im AUerthum, p. lo.

ESCLAVAGE, EFFOIIT INDIVIDUEL 10 1

lits d’herbes ou de feuilles, et des toits de branches juxtaposées ou même entremêlées. L’oiseau et l’épinoche ne se construisent-ils pas de nids? Le castor ne se maçonne-t-il pas des écluses contenant une demeure pour sa famille? Le singe n’a-t-il pas un gîte bien aménagé, à mi-hauteur des arbres, avec plancher et plafond de rameaux’ ? Comme eux, l’homme avait spontanément appris à profiter largement des produits végétaux de la terre : marmottes, abeilles et fourmis ne lui avaient-elles pas enseigné à faire en été des provisions pour l’hiver?

Mais, suivant la diversité des milieux, des circonstances différentes firent naître des formes spéciales d’agriculture, dues, non à l’initiation de l’homme par ses «frères inférieurs «, mais à son génie propre, à son esprit d’observation, guidé par les nécessités de l’existence. Ainsi les explosions de graines qui se font avec violence, même avec bruit, en plusieurs espèces de plantes, ne pouvaient certainement pas manquer d’attirer l’attention des hommes. Quand le sauvage des forêts brésiliennes voyait tomber d’un grand arbre (bertholetia excelsa) une lourde noix, grosse comme une tête d’homme, et que cette noix, se brisant sur le sol ou sur une racine, projetait ses semences au loin, comment n’aurait-il pas compris que ces graines éparses contenaient en germe autant d’arbres semblables à celui qui venait de rejeter son fardeau ? Des fruits de moindres dimensions, telles que la balsamine « impatiente », se débarrassent de leurs semences d’une manière analogue; bien mieux, l’arachide enterre elle-même ses fruits, et donne à l’enfant qui la regarde une leçon directe d’agriculture; enfin, les herbes rampantes qui, de distance en distance, mordent le sol, y plantent leurs radicelles comme de véritables dents, et les végétaux à tubercules, qui s’environnent dans la terre d’un essaim d’autres poches nourricières, enseignent également à l’homme, de la manière la plus évidente, les procédés à suivre pour renouveler d’année en année la génération végétale. Il est peu d’enfants campagnards, parmi ceux qui disposent de quelque loisir, chez lesquels ne se soit développé spontanément l’amour de la culture. Qui de nous n’a planté son arbre fruitier! Et ce que chaque bambin fait maintenant, les peuples enfants le firent aussi dans les plus diverses régions de la terre, sous différentes formes, suivant les contrastes des milieux.

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