‹ L'homme et la terreChapitre 8 sur 279 · Fossiles de Menton et de Schweizersbild · texte numérisé non relu

Fossiles de Menton et de Schweizersbild

cette faculté capitale, condition première de l’être humain tel cpic nous le comprenons aujourd’hui? On ne peut le savoir; et d’ailleurs il est

certain que, dans la lutte pour l’existence, nombre de ces langues primitives ont disparu ; quant à celles qui persistent, l’inventaire n’en est pas encore terminé; on n’a guère classé méthodiquement que les groupes de dialectes parlés par les nations principales. 11 reste à étudier et à fixer avec précision la place de toutes les séries de formes verbales usitées par les diverses peuplades du monde entier. Cependant, on peut essayer de dresser des cartes glossologiques provisoires qui, tout en constatant l’état actuel de la polygénie linguistique, témoignent aussi des prodigieuses conquêtes accomplies par les langues envahissantes.

Par delà ces âges qui virent la naissance intellectuelle de l’homme véritable, l’être que l’usage de la parole devait faire progresser si merveilleusement n’était en réalité qu’un animal, ne se faisant comprendre que par des gestes, des jappements et des miaulements semblables à ceux de nos amis le chien et le chat, les candidats à l’humanité les plus rapprochés de nous'. Toute cette période antique, à laquelle on pourrait donner le nom de « pro-lalie » ou d’ « avant-langage », peut être considérée comme antérieure à l’humanité spéciale : l’Homme ne constitua l’espèce nouvelle qu’en cessant d’être alalus^.

L’étude des formes animales qui nous rattachent aux quadrupèdes et aux reptiles appartient à Père pré-anthropologique, caractérisée par le pliopithecus antiqaus, dont on a trouvé un fragment de mâchoire près de Sansan, dans la vallée du Gers, et qui semble être l’animal le plus voisin de l’homme que l’on connaisse ; de là, sans doute, cette répugnance instinctive que nous avons pour le singe : nous nous reconnaissons trop en lui. Le vieil Ennius l’a dit :

Simia quam similis lurpissima bestia nobis.

Peut-être le pithécanthrope ^ fossile que le médecin Eug. Dubois a découvert, en 1894, dans les cendres volcaniques du quaternaire ancien de Java, près de Trinil, en compagnie d’animaux fossiles, dont quelques-uns appartenaient à des genres aujourd’hui disparus*, fut-il

I. Condorcet, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’Esprit humain. — 2. H. Drummond, Ascent of Man. — 3. Eug. Dubois, Pilhecanthropus erectus, Eine menschenàhriliche Uebergangsforin aus Java, Batavia, 1894 ; Manouvrier, Revue scientifique, 3o nov. 1895; 7 mars 1896.

PITHÉCANTHROPES

l’intermédiaire cherché, 1’ « anneau manquant de la chaîne » unissant l’homme à ses ancêtres du monde animal : par son attitude et par sa taille (i“,657), qui est celle de l’homme moyen, par son crâne, dont la capacité (900 à i 000 centimètres cubes) dépasse de près d’une moitié la plus forte contenance cérébrale des crânes appartenant aux plus grands anthropoïdes connus, le pithécanthrope paraît bien réellement

CRANE DE NEANDERTHAL (Profil)

Époque paléolithique.

(Ce fragment de crâne est posé sur des supports pour lui donner la position exacte qu’il occupe dans la tête reconstituée).

faire partie de notre lignée humaine en nous rattachant aux hylobates ou « gibbons », ceux des singes qui se rapprochent le plus de nous par la conformation et qui descendraient comme nous des mêmes ancêtres animaux'.

D’après Manouvrier, il serait probable que ce « singe -homme », YHomo javanensis, ne possédait pas le langage articulé, ce caractère le plus précieux de l’humanité proprement dite.

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