I. Ernst Hæckel, The last Link, p. 22 à
L’étroitesse frontale, qui se prolonge très loin sur le crâne de Trinil, permet de mier que la « circonvolution de Broca » ait été plus développée chez le pithécanthrope que chez les anthropoïdes Près de Bahia, au Brésil, on aurait découvert dans un amas de coquilles un crâne humain à caractères très primitifs, que l’on a voulu rapprocher de la pièce de Trinil^, mais dont l’âge n’a pas été suffisamment établi.
Ces trouvailles sembleraient indiquer que l’homme, sous sa forme actuelle, aurait pris naissance dans les régions de vie exubérante, où le soleil darde ses rayons les plus chauds et où la pluie tombe en averses très abondantes; les variétés de negritos se sont développées aussi dans la zone équatoriale, patrie des grandes espèces anthropoïdes apparentées à l’homme.
A pareille éclosion, il fallait^ semble-t-il, la nature ti'opicale en toute sa puissance productrice (Hæckel, Johnston). Si les hommes, en presque toutes les contrées, du moins en dehors des plaines, racontent que leurs premiers aïeux descendirent des hautes montagnes qui bornent leur horizon, ces légendes proviennent d’un pur effet d’optique. Les fiers sommets qui se dressent en plein ciel, au-dessus des nuages, ne semblent-ils pas être la demeure des dieux, et n’est-ce pas aux pieds de ces divinités créatrices que le primate, animal privilégié, a dû voir en imagination la naissance de ses premiers parents ?
L’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux!
ainsi chantait Lamartine. Non pas un « dieu tombé », car il monte plutôt, mais il se souvient de tout un infini. Issu de générations san& nombre, autres hommes ou anthropoïdes, animaux, plantes, organismes primaires, l’homme se remémore par sa structure tout ce que ses ancêtres ont vécu pendant la prodigieuse durée des âges. Il résume bien en lui tout ce qui le précéda dans l’existence, de même que, pendant sa vie embryonnaire, il présente successivement les formes diverses des organisations plus simples que la sienne. Ce n’est donc pas seulement dans les tribus sauvages qu’il faut essayer de retrouver l’homme ancien : c’est, aussi loin que possible, parmi ses aïeux, les
I. Société d’anthropologie, séance du 17 novembre 1895. — 2. A. Nehring, Naturwissenschaftliche Wochenschrift, 17 nov. 1896.
SÉJOURS DE l’homme ANCESTRAL
animaux, là où rayonnent les premières lueurs de l’intelligence et de la bonté.
Les sociétés animales nous montrent en effet, soit en germe, soit en état de réalisation déjà très avancée, les types les plus divers de nos sociétés humaines. Nous pouvons y chercher tous nos modèles. Dansleurs groupes si variés, nous trou-
de l’enveloppe des
phrases, des écrits, des légendes et des commentaires qui déguisent notre histoire, sont plus faciles à étudier, et l’observateur réussit à voir autour de soi les divers petits mondes, dans la basse-cour, dans le hallier voisin, dans l'atmosphère et dans les eaux.
« Du temps que les bêtes parlaient », les hommes les comprenaient. Les êtres à deux et à quatre pattes, à peau lisse, à plumes et à écailles n’avaient point de secrets les uns pour les autres. L’entente était si complète que le peuple, supérieur aux philosophes par la juste, quoique suhconsciente intelligence des choses, continua longtemps, continue encore çà et là de s’entretenir avec les animaux dans ces contes de fées qui constituent une part si importante de la littérature, même la plus importante de toutes, car elle est certainement la plus spontanée : elle ignore sa propre origine.
L’homme s’imagine volontiers qu’il est le « roi de la création » et ses religions mêmes partent de cette idée fondamentale. Cela se com-
incessamment notre vie et déterminent les allures
progressives ou rétrogrades de la civilisation. Mais les manifestations de l’animal, plus naïves , moins complexes, dépourvues
vons ce même jeu des intérêts et des passions qui sollicitent et modifient
ESS.\I DE RECONSTITUTION DU CRANE DU PITHECANTIIROPUS PAR LE D'‘ MANOUVRIER EN iSqS
l’homme et la teure
prend : l’être qui voit tous les rayons converger dans son regard, toutes les apparences prendre une réalité dans son cerveau, doit forcément se considérer comme étant au centre et au-dessus de tout :
c’est par la longue réflexion, le contrôle incessant de la vie, qu’il arrive à reconnaître la valeur et la place relative des êtres, ainsi que l’égalité virtuelle, dans révolution générale, de toutes les formes qui se développent à travers les âges.
L’homme ne peut même prétendre à la supériorité que lui donnerait le fait d’être l’œuvre la plus récemment éclose des forces naturelles en travail.
Depuis les époques éloignées, maintes espèces ont pu naître des actions physiques et physio-chimiques du milieu terrestre incessamment modifié; l’on sait que, d’après Quinton, tout le monde des oiseaux appartiendrait, par sa formation, à une période postérieure à celle de l’homme. Enfin, parmi les espèces appartenant à des fa-
oRiGiNEs ANIMALES DE l’homme millcs cxistant depuis les âges
(Squelette de chimpanzé comparé comme grandeur plus lointains, plusieurs. Cil
et comme position avec un squelette humain.)
évoluant dans une voie differente de celle que l’homme a suivie, ne se meuvent-elles pas dans le sens d’une vie sociale, qui certes n’est pas inférieure au chaos dans lequel se débattent les humains toujours en lutte ? Les fourmis, les abeilles, les castors, les chiens des prairies qui, sortis de leurs terriers, vivent en républiques heureuses, les grues, qui dessinent dans 1 air
ÉVOLUTION DE l’hOMME DANS LE MONDE ANIMAL
bleu les deux traits nets de leur vol convergent, tous ces animaux ont aussi leur civilisation qui vaut peut-être bien la nôtre.
Si l’homme n’avait eu sous les yeux que les exemples donnés par ses compagnes les bêtes, s’il n’avait obtenu leur appui dans les luttes de l’existence, si d’autre part il ne s’était ingénié pour échapper aux animaux qui furent ses ennemis ou pour triompher d’eux, il ne serait resté qu’un bipède sauvage parmi les quadrupèdes, n’ayant d’autre bien que son héritage de bête, et nul progrès ne se serait accompli dans sa destinée; peut-être eût-il succombé. D’ailleurs, il ne manque pas de contrées où, même de nos jours, l'homme n’a pu se maintenir contre ses rivaux dans la bataille de la vie.
Telles plantations dans le voisinage de Singapour restèrent désertes à cause des visites redoutées du tigre royal. En diverses parties de l’Afrique, des éléphants, s’ouvrant des chemins à travers les forêts en écrasant les branches sous leur large pied, dispersaient les indigènes effrayés; mais voici que le blanc commence la guerre d’extermination contre l’animal à défenses d’ivoire. Dans le Costa-Rica, dans le Guatemala, sur le versant du Pacifique, tels districts visités par les chauves-souris vampires ont dû être abandonnés par l’homme, impuissant à garder son bétail et menacé lui-même de