‹ L'homme et la terreChapitre 89 sur 279 · CHEMINS, MIGRATIONS DES PEUPLES I · texte numérisé non relu

CHEMINS, MIGRATIONS DES PEUPLES I

tionnels étaient alors des faits de commune occurrence, comme on le voit dans le nord du Mexique, chez les Seri, les Yaqui, les Tarahumara.

Des tribus entières se déplaçaient, suivies de leurs malades, de leurs blessés, et rattrapées en route par les accouchées qui avaient dû s’arrêter quelques jours dans un abri. Que de fois des voyageurs, chevauchant dans un sentier bien frayé , ont été surpris de voir pendant toute une journée des Indiens les accompagner dans l’épaisseur du fourré, bondissant par-dessus les obstacles et se glissant comme des serpents entre les lianes. Grâce à cette facilité de déplacement, d’autant plus grande que moins de fortune acquise attachait les peuplades à leur résidence première, les indigènes émigraient fréquemment en masse à des centaines, à des milliers de kilomètres même, en des pays différents par les productions et le climat. Les recherches des ethnologistes américains ont abouti à ce résultat étonnant, de montrer des tribus de même origine et de même langue dispersées sur tout l’immense territoire qui s’étend de l’île Vancouver à la Floride et de la Méditerranée canadienne à la Sierra Madré. On eût dit que le hasard avait présidé à l’éparpillement des groupes ethniques, tant les migrateurs avaient su triompher de l’espace dans leurs voyages de conquête, de fuite ou de simple caprice. Toute la moitié occidentale de l’Ancien Monde fut le théâtre d’un mouvement analogue lors de la rupture de l’équilibre romain. Ne vit-on pas alors, dans les Gaules, dans la péninsule d’ibérie, aux limites mêmes du désert africain, des peuples venus du Caucase et du Tian-Chan.3

Ainsi le réseau des routes — ici sentes d’escalade dans les montagnes, ailleurs simples pistes sur la roche dure, ornières approfondies des chemins creux, rubans entremêlés dans l’herbe des steppes, chemins liquides de la mer effacés par le vent — enserrait le monde entier, et nos aïeux, ces rudes marcheurs, sans connaître exactement la position respective des lieux, n’en savaient pas moins la direction à suivre pour atteindre les pays merveilleux dont ils avaient entendu la légende ‘ .

D’ailleurs, les peuplades primitives de contrées nombreuses avaient dû certainement s’élever à des notions géographiques suffisamment

Page 1