I. Edmond Demolins, Les Grandes Routes des Peuples
précises. Les voyageurs modernes ont souvent rencontré des sauvages qui, pour leur expliquer la route à suivre, ont su parfaitement tracer sur le sable ou sur le papier des cartes, d’aspect très artistique parfois, avec direction des routes et distances approximatives. Les meilleures cartes des pays encore peu connus, celles qui renferment le plus de renseignements , sont dues à des indigènes, géographes sans le savoir. Les Aruacos, déjà mentionnés, se disent « fiers d’être des cartographes », nous dit de Brettcs : les prêtres enseignent aux enfants la religion, la généalogie des familles et la géographie '. Un demi-siècle avant nous, presque toute la cartogi’aphie du Sahara, entre le Niger et les monts de l’Atlas, avait été faite par des nègres, des Arabes et des Touareg dessinant sur la pierre ou sur le sable Naguère, et peut-être encore de nos jours, les pilotes des Carolines et des îles Marshall possédaient des medos , véritables cartes composées de coquillages ou de cailloux représentant les îles et de baguettes placées en divers sens pour indiquer l’équateur, le méridien, les journées de navigation , les courants et l’itinéraire à suivre h Le détroit de Torres, parsemé d’écueils, est encore fort dangereux à parcourir, et le seul document que l’on possède pour se guider, notamment dans le détroit périlleux ouvert entre les îles de Mabuiag et de Buron, est dû à un navigateur indigène
Le trafic entretenait constamment les rapports, même entre tribus très sédentaires. Les échanges de denrées, de marchandises, de mythes et d’idées se sont toujours faits de peuplade à peuplade, non seulement par les prisonniers de guerre, dont la plupart finissaient par être plus ou moins des membres adoptifs de la tribu victorieuse, mais aussi par des tribus spéciales cjue leur travail utile protégeait efficacement dans tous leurs voyages . Même pendant les guerres d’extermination, ces francs voyageurs, hommes et femmes, avaient un caractère sacré, car toute coutume se transforme graduellement en rites religieux. De tout temps on connut ce que les ouvriers appellent
I. De Brcües. Bull. Soc. d’Anlhr., n° 3, 1908, p. 335 et passim. — 2. Henri Duveyrier, Les Touareg du Nord. — 3. Ilernheim, Beitrag zur Sprache der Marshall Inseln ; — Kubary, Milleilungen der geographischen Gesellschaft in Ilamburg, 1880. — 4. Haddon, Report of ihe Anlhr Expedilion to Torres Slraits, vol. V, 1902, p. 60.
COMMERCE ET FRANCS VOYAGEURS
maintenant le « grand trimard'», et grâce à ces nomades se fit, plus qu’on ne croit, l’éducation du monde; de proche en proche, tout se transmettait, choses et pensées, d’un hout de la terre à l’autre^
N° 28. Carte esquimaude
Cette carte fut tracée d'un jet par l’Eskimau Kallihuera, en 1850, à bord du navire Assistance, capitaine Onimanney. Se servant d’un crayon pour la première fois, il dessina la côte de Pikierlu au Cap York, indiqua les rochers, glaciers et montagnes, et donna les noms par lesquels il connaissait les points remarquables.
De nos jours, on ne peut que difficilement se rendre compte de la ■ part que prirent les tribus marchandes dans l’histoire de l’humanité.
I. Tramp-Syslem, en anglais. — 2. A. F. Bandclier, The Gilded Man, i8o3, p. 7.
l’homme et la terre
car les colporteurs et industriels errants ont singulièrement décru en importance comme porteurs de nouvelles depuis que les courriers, les estafettes, la poste, les télégraphes et les téléphones les ont remplacés ; ils ne représentent plus que la survivance méprisée ou même haïe d’une classe jadis vénérée ; mais autrefois ils eurent dans le développement de l’humanité une influence capitale, car c’est grâce à eux que les hommes apprirent leur parenté commune. Il fut un temps où ces passants, allant de peuple en peuple à travers la terre, représentaient par leurs allées et venues la circulation sanguine et nerveuse dans l’immense corps social. Ainsi que le fait très justement remarquer un missionnaire , parlant des mœurs si hospitalières des Mongols, comment n’accueillerait-on pas avec
CAUAVAjNli DE GITAAOS, CAMPGt: A L EiMUGE D UN VILLAGE, DANS LE MIDI
D’après une photographie.
joie l’étranger qui est à la fois un journal pour les nouvelles du dehors et un messager pour les salutations à transmettre et les commissions à faire ? L’accomplissement de ces petits services peut tarder des mois et des années, mais il finit par avoir lieu’. De même, au