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Les « Sacramenta

L'Eglise est la voie qui mène l’homme auprès de Christ. Il n’y a point d’autre voie. Cependant Walafrid accentue aussi fortement l’idée que «il n’y a point d’endroit où Dieu n’est pas. » Dieu est essentiellement celui qui est partout?, il répète avec le prophète : Où irais-je loin de ton esprit, où fuirais-je loin de ta face ? Si je monte au Ciel tu yes, etc.ÿ

1 De Exordiis, 11, 7.

? De Exordus, IV, p. 12.

3 Jbid., p. 13.

Comment se concilient pour lui ces deux idées? Par la notion du « sacramentum ». Dieu est partout, mais il ne manifeste que dans son Eglisé; c'est là qu’il se rend sensible au cœur de ses fidèles.

Etudions de plus près cette notion. Elle tient aux sources mêmes de la théologie de Walafrid, aux croyances populaires d’'Alémanie. Sur ces croyances nous trouvons des indications précises dans l’ouvrage de Pirmin : les « dicta abbatis Pirmini de singulis libris canonicis ». Il nous dit que les endroits considérés jadis comme sacrés par les anciens Germains n'étaient pas oubliés par leurs descendants chrétiens ; ils aimaient à adorer et à faire des vœux près des rochers, des grands arbres, dans les gorges, auprès des sources, dans les carrefours'. Les infirmes y suspendaient les reproductions en bois de leurs membres malades? On y chantait encore des paroles magiques, on y préparait des breuvages enchantés5. « Qu’aucun chrétien, dit-il, ne s’avise de faire à l’église ou dans sa demeure, ni dans les carrefours ni ailleurs des rondes, des incantations, des danses et des jeux diaboliqnes{ ». On rendait l’eau des sources efficace en y Jetant du pain, et on obtenait la fertilité du sol en friche en répandant du vin au pied des arbres. Contre les esprits malfaisants, 6n avait des sortilèges qui devaient faire d’eux des auxiliaires. On se garantissait de leur puissance en portant: des amulettes, des herbes, de l'ambre. Telles étaientles pratiques superstitieuses que Pirmin combattit.

Elles manifestaient toutes le sentiment qu'avait l’Alaman d’être entouré de toutes parts du divin. Pirmin tente de détruire ces pratiques qui présentent un caratère païen, et pour cela il veut les remplacer par d’autres pratiques qui

portent la marque du christianisme. Les prières dans l’obseu-

l Cap. 22; p. 172.

ÉRIDId pile

3 [bid., p. 176.

4 Ibid,

rité des forêts, auprès des sources sont remplacées par les prières à l’église, à la clarté des cierges; les sacrifices païens sont remplacés par les offrandes d'huiles, de céréales, d’encens dans les églises ; au lieu de faire descendre la bénédiction d’En-Haut sur les champs par des pratiques symboliques, on dut acheter cette bénédiction en apportant des dimes à l’autel. L'ancien « jour de Freia », le vendredi {freitag) fut remplacé par le dimanche ; les anciennes pratiques symboliques par la prière dans l’église et dans la maison, par le baptême et par la Cène. L'ancienne tradition devait disparaitre devant la Parole de Dieu ; au lieu de faire des danses dans les carrefours le chrétien doit se recueillir à l’église et psalmodier dans son cœur. Ainsi les pratiques se transforment mais le sentiment religieux qui les anime reste toujours le même ; c'est toujours la notion de l’action mystérieuse, mais toute puissante du Dieu invisible et partout présent. Cette action s'exerce par certaines pratiques, qui, chrétiennes ou païennes, ont la même valeur : ce sont les moyens d’action de la divinité, ce sont les « sacramenta ».

L'Eglise est dépositaire des « sacramenta », de ces rites qui font sentir au cœur du chrétien la présence et l’action de Dieu. Sans doute Dieu existe et agit en dehors de l'Eglise, mais ce n’est que par les « sacramenta » de celle-ci qu'il manifeste sa présence et son action.

Les « sacramenta » ce sont en définitive les moyens d’initiation que Dieu offre par son Eglise au chrétien qui désire sentir dans son cœur la présence et l’action divines.

C’est en effet Dieu qui a l'initiative de toute révélation : « Notre lumière ne vient pas de nous, mais c'est toi qui rayonnes en moi, Seigneur ; nous, en effet, sommes ténèbres par nos péchés, mais mon Dieu illuminera mes ténèbres !. »

Les « sacramenta » sont les organes de la révélation divine

dans l’ordre religieux. Par le baptême, l’homme devient

1 Migne 114, Expositio in psalmos. Psaume 17, p. 787.

membre de l'Eglise ; c'est le premier degré de l'initiation : Alors il doit s’efforcer de se rapprocher de Christ en élevant son esprit vers lui, en le percevant à travers toutes les formes symboliques du culte. Enfin par la Cène il s’unit à lui ; c'est,

après les initiations successives, la révélation définitive.

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