‹ L'Homme et le ThéologienChapitre 19 sur 27 · AIME LES · texte numérisé non relu

AIME LES

dans l'Eglise d’un enfant ou d’un païen. L'enfant peut être absous de ses péchés par les engagements du parrain et de la marraine comme le paralytique fut guéri grâce au dévouement de ses porteurs. Le baptème suffit pour le préserver de la condamnation s’il meurt encore enfant, mais s’il vit, «qu’il s'efforce de mener une vie digne de ce salut qui lui a été donné sous condition et remplisse par sa vie les engagements que ses parrains ont pris pour lui, s’il ne veut être privé du salut. » Le baptême c'est le rite par lequel Christ adopte virtuellement ceux qui sont censés promettre d’être siens.

Les conditions de cette adoption par Christ, sont de renoncer au diable, à toutes ses pompes et à sés œuvres!. Le diable, ses pompes et ses œuvres, c’est le paganisme et ses pratiques. Les anciens dieux sont rangés par les chrétiens au rang des démons ?. Le baptisé prend donc l'engagement de ne pas faire comme ces chrétiens que Columban rencontra jadis au sacrifice de Wotan. On exige aussi d’eux qu’ils connaissent la foi nouvelle: « Qu'ils déclarent croire en Dieu, le Père tout-puissant, en Jésus-Christ son Fils et au Saint Esprit, croire l'Eglise catholique et la rémission des péchés. Alors qu'ils soient touchés par l’eau salutaire, et qu'ils soient incorporés à l'Eglise, hors de laquelle personne ne peut être sauvé ?. »

C’est ici la simple connaissance intellectuelle qui est exigée ; l'adhésion à un formulaire réduit du symbole des apôtres. Mais le baptème n’est que l'entrée dans le christianisme,

il n’est que le premier degré de l'initiation. 6. — La vie dans l'Eglise. — Le culte Par le baptème le chrétien entre dans l'Eglise. Quelle a

1 Expositio in viginti psalmos. — Ps. 1. — Migne 114, col. 753.

2 De Exordiis I, p. 5 « Paganos etiam templa fecisse diis suis vel potius daemonibus. » — II, 9 « Magis magisque proficiente christianae religionis miraculo et per lucra Christi damno succedente diaboli. »

3 Jn psalmum primum, — Migne 114 col, 754,

été la conception particulière à Walafrid de la nature de l’Eglise ?

Nous pouvons ici saisir un exemple frappant du double courant qui pénètre sa théologie. Il donne deux définitions de l'Eglise !. L'une, c’est la définition classique, qu'il a apprise des anciens : « Æcclesia dit-il, est un mot grec qui veut dire réunion ou assemblée, et qui signifie, l’unité générale des saints, unis par la foi et l'amour, l'Eglise est ainsi une et universelle (catholica).» Mais il ne développe pas cette définition. L'autre c’est la définition qui répondait à son sens religieux personnel : « C’est la maison où la foule des fidèles se rassemble pour apprendre ou pour célébrer les choses divines. » Ce qui constitue l'Eglise, ce n’est pas l'édifice, mais les dispositions du cœur des fidèles. Aussi bien l’apôtre peut dire : «Le Temple de Dieu est saint, et vous êtesce Temple » et ainsi dit le Seigneur : j’habiterai en eux et marcherai parmi eux. »

Est donc Eglise tout ce qui sert de demeure à Dieu, l'âme qui cherche Dieu aussi bien que le local dans lequel l’instruction est donnée et le culte est célébré. Les âmes pieuses sont des «pierres vivantes édifiées en demeures spirituelles. » Dans l'Eglise, tout nous parle de Dieu. Tout manifeste sa présence. La vie de l'Eglise, c’est la réalisation historique du triomphe de Dieu parmi les hommes. Elle doit manifester toute la puissance de Dieu par la fidélité. Cette fidélité éclate dans les persécutions : «La première persécution de l'Eglise a été violente, alors que les chrétiens étaient contraints à sacrifier par les proscriptions, les tourments, les massacres ; la seconde persécution se sert de la ruse : Elle agit aujourd'hui par les hérétiques et les faux frères. La troisième viendra avec l’Antichrist ?.

L'Eglise est dépositaire des « sacramenta ». Elle possède

| De Exordiis. VI, p. 14 et 15.

? Expositio in psalmos. — Ps. 9. Migne 114, col. 772.

l’Ecriture, la manifestation de la volonté mystérieuse de Dieu. L’Ecriture a été écrite sous l'inspiration du Saint-Esprit. Cette inspiration est différente par nature de celle du diable : le diable agit par des fous: à tous ceux qu'il entraine, il enlève l'intelligence et la raison !. Au contraire, tous ceux que le Saint-Esprit remplit de sa grâce acquièrent par là même une vue et une intelligence supérieures. Cette inspiration s'étend sur toute l’Ecriture. L'Ancien et le Nouveau Testament sont divinement inspirés. Par là l'Ecriture met l’homme en présence de Dieu, elle aussi est un « sacramentum. » Le sacramentum ne réside pas dans la lettre extérieure, mais dans le sens mystique et spirituel. Ce sens ne se révèle qu'a ceux qui le cherchent, qui « pénètrent par la science et le travail les profondeurs des écritures », s'élèvent à travers les nuages, découvrent les secréts des significations mystiques?. Alors le chrétien apercevra l'unité d'inspiration qui unit l’Ecriture tout entière, l'Ancien et le Nouveau Testament, et « qui invite les fidèles à imiter le Médiateur de Dieu et de l’homme, l’homme Jésus-Christ, pour que, en l’imitant, nous méritions de parvenir à lui ressembler ?. »

Le Seigneur se révèle à nous dans son Eglise non seulement par la parole écrite, mais la parole vivante. « Chaque jour il enseigne dans le temple par ses saints prédicateurs, toutes Les fois que le saint Evangile et l’Apôtre sont lus, que les docteurs prêchent, c’est Lui qui enseigne, suivant la parole : Qui vous écoute, m’écoute, et qui vous méprise, me méprise #. »

Par ce sacramentum, l'inspiration de la parole écrite et de la parole vivante, Dieu attire à lui les membres de son Eglise. Ceux-ci devront à leur tour le chercher et le irouver en éle-

vant leurs âmes vers lui par le culte.

l Glose. p. 40.

2 Glose. p. 202:

3 Exposit'o in psalmos. — Ps. 1. — Migne 114, col. 752. 4 De Subversione Hierusalem. — Migne 114, col. 974.

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