‹ L'Homme et le ThéologienChapitre 20 sur 27 · HE ES · texte numérisé non relu

HE ES

Tout dans l'Eglise favorise ce contact de l'âme avec son Dieu. Les cloches servent à appeler les fidèles, elles sont par elles-mêmes une représentation de ce que doit être la prédication : pure comme l'argent, éternelle et sonore comme le bronze. {.

L'église est avant tout une maison de prière ; Walafrid se demande s’il y a une direction vers laquelle on doit se tourner de préférence pour prier ; il cherche à indiquer les qualités de la prière efficace. Il dit avec St-Benoit ?. « La prière doit être courte et sincère ; sachons que nous serons exaucés non pas grâce à de nombreuses paroles, mais grâce à la pureté du cœur et aux larmes de la repentance. Comportonsnous comme nous sachant sous le regard de Dieu et des saints anges. »

Il indique l’origine et trace l’histoire des développements qu'ont pris dans le culte la génuflexion, les hymnes, les cantilènes %, les litanies, l’aspersion d’eau 4, et la bénédiction des cierges ÿ.

Mais ces pratiques cultuelles n’agissent pas «ex opere operato ». Au contraire il est une condition nécessaire à l'acceptation par Dieu du culte que lui offre l’homme ; cette condition, c’est l’état du cœur. Il faut que les cœurs des hommes soient dignes d’être sa demeure 5. En vain, déclare Walafrid, « ils polissent les bois et les pierres, ceux qui n'ordonnent pas leurs mœurs. En vain ils apportent des offrandes ou de l'argent, ceux qui n'apaisent pas l’œil intérieur de la perspicacité divine... En raison des péchés des hommes, les lieux saints sont délaissés par Dieu. Preuves en sont... tant d’églises chrétiennes tantôt pillées ou renversées par les barba-

res, tantôt ruinées par l'incendie ou la foudre, tantôt démo-

1 De Exordiis, V. p. 14. 2 Ibid. 12, p. 29.

3 Ibid. 26, p. 74.

4 Ibid. 30, p. 97.

5 Jhbid. 31; p. 98.

5 De Exorduis, 13, p. 31.

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lies par les tremblements de terre ou les tempêtes... N'ayons pas à notre tour une fausse confiance dans l’église en répétant : « Temple du Seigneur ! Temple du Seigneur ! Temple du Seigneur !» La protection de Dieu, la garde des anges, la sollicitude des saints s’est éloignée des lieux jadis sacrés alors que s'étaient écartés de Dieu les hommes qui habitaient ou gardaient ces lieux. — Sans doute la puissance de Dieu est immense, 1l remplit le ciel, la terre, même les enfers, mais la manifestation de sa grâce peut disparaitre. » En un mot, « les lieux consacrés ne servent de rien à ceux qui abandonnent la sainteté, de même que les lieux horribles ne peuvent nuire à ceux qui sont protégés par la grâce de Dieu ! ».

Dieu préfère les vertus aux sacrifices d'argent. «Non que nous blämions la dévotion de ceux qui bâtissent ou qui ornent les lieux saints, mais nous devons leur apprendre que l’aumône aux pauvres est préférable. Sans doute la construction d’édifices sacrés par zèle religieux est louable, mais les vertus qui sont des structures spirituelles et les ornements éternels des âmes dans lesquelles Dieu habite ont le premier rang. Si les ornements terrestres n’expriment pas les vertus, ils sont vils aux yeux de Dieu; au contraire les vertus, même nues, lui plaisent toujours : « Jet'indiquerai, ô homme, a-t-il dit par le prophète Michée, ce qui est bien et ce que le Seigneur demande de toi : que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu ».

Avant qu’il n’y ait des temples, il y a eu des saints ; «aujourd’hui encore, dans les déserts et les lieux sauvages, des ermites combattent, nous le savons, pour le Seigneur toutpuissant, par leurs seules vertus ?. »

Cette conception générale du rapport du culte de la vie nous aidera à comprendre l'attitude de Walafrid dans une

1 Jbid, 13, p. 32.

2 De Exordits, 14. p. 36.

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