CP PARES
les objets matériels, mais ne sont pas liés à eux. Nous avons vu que c’est la faculté de remonter des objets aux réalités qu'il appelle la « sapientia spiritualis », et que tout chrétien a le devoir d’exercer cette faculté à propos des images comme de tous les objets du culte. Nous sommes donc autorisés à traduire « pere » par « dans sa réalité spirituelle ».
Ainsi aucun des passages invoqués par M. Knæpfler ne nous semble exprimer la doctrine de la transsubstantiation. Or Walafrid écrivait dans les années où la lutte était ardente : Raban Maur, Amalaire, Hinemar, Scot Erigène étaient successivement entrés en lice. Si nous ne trouvons dans Walafrid aucune allusion à ces luttes, tandis qu'il ne ménage pas les invectives à ses adversaires dans la question des images ; si nous ne trouvons même aucun passage où il laisse clairement entendre sa pensée sur la nature de la Cène, la cause de cette réserve ne peut en être que celle-ci : La question de savoir si c'était le corps historique, comme l'affirmait Radbert, le corps spirituel, comme l’affirmait Ratramne, ou le pain spirituel, comme l’affirmait Druthmar !, cette question n'existait pas pour lui. Des deux questions posées par Charles le Chauve à Ratramne, il néglige absolument la seconde, qui portait sur la nature du mystère de la Cène ; mais il s'attache d'autant plus fortement à sentir les effets religieux de ce mystère, de ce Csacramentum ».
Nous voici revenus sur le terrain germanique que la pensée de Walafrid ne quitta jamais.
La question du changement physique ne pouvait pas se. présenter à son esprit, Pour lui, elle était résolue d'avance. En effet, le « sacramentum » est la manifestation dans un objet matériel de la puissance divine. Or il n’y a plus manifestation là où l’objet matériel ne subsiste pas. Dans une poésie il nous laisse entendre que le pain reste pain tout en devenant du pain de vie?.
l'Exposilio in Malthæum. — Migne 106, col. 1476. ? Duemmler 11, p. 381, Yrnus de natale Domini, 12.
« Fruclus hic Lerres prius à prophete
Volde sublinis fuit indicatus,
Qui greges sanctos sulurare vise.
Pons solerel, »
Ce pain, c'est Vobjet matériel (species) qui manifeste une puissance divine, Cette puissance divine qu'il renferme est le propre caractere du « sacramentum ». « Le corps et le sang, dit Walafrid, sont appelés « sacramenta », à cause de Va consécraison (qu'ils produisent) ou de la puissance mystérieuse (qu'ils renferment)! »
Etudions maintenant la « puissance mystérieuse » partieuliére du sacrement de Ja Cène. Cette puissance mystérieuse,
c'est celle de notre rédemption 2. C'est l'union du fidéle avec
Christ, rendue possible par le baptéme, entreyue à travers les pratiques de Ja liturgie, qui est rendue effective dans la Cène, Elle est « le gage de cette unité parfaite, avec notre chef que vous possédons déja en espérance, et que nous posséderons en réalité, » Les « sacramenta » de Va Cène, ce sont les moyens d'initiation à V'union suprême du fidéle et de Christ. Qui mange et qui boit le corps et le sang du Seigneur, coluila est en Dieu et Dieu est en lui. Ce sont les « pignoru » c'est-dire à la fois la promesse et le commencement de Vaccomplissement de cette union : la certitude de l'avenir résulte de Vexpérience du présent,
C'est la satisfaction complete du besoin de fidélité qui unit le chrétien au chef de 54 foi, « Le pain, formé de grains de blé, le vin, composé de baies de raisins, représentent le corps e1 le sang de Christ, formés par la multitude des saints. Christ
est présent dans la Cene comme la téte est inséparable des
membres”, »
C'est dans ce but que la Cène fut instituée, Christ, avant
1 Aussi emploie A) indistinetement les termes : pain el corps, vin et sang, pansm el s0nguintm dominicum, p. 54.
2 Ww64. 4%, De sirlute sacremenforum, D, 1,
ENTI eE
sa mort, a établi ce lien direct, cette « nouvelle initiation de la nouvelle alliance » entre lui et ses fidèles. Ceux-ci doivent renouveler le souvenir de sa mort en sacrifiant les espèces du panet du vin! et Christ, qui vit au Ciel, montrera sa puissance en rendant son action sensible dans ces espèces. Il donnera aux siens l'assurance qu’il est présent au milieu d’eux,
le gage qu'il veut les unir à lui pour leur rédemption. gage q
l Ibid. 17, 39.