‹ L'homme et sa chute [microforme]Chapitre 3 sur 6 · APERÇUS PARTICULIERS · texte numérisé non relu

APERÇUS PARTICULIERS

Les hommes gorgés de théologie ne sauraient comprendre et admettre la nouvelle version sur la chute de l’homme, telle qu’elle est présentée dans ce qui précède ; le dyspeptique trouve la nourriture simple sans goût ni saveur ; il en est de même pour l'intelligence qui à été faussée par la notion de l'absolu.

Les hommes non formés seront plus aptes à se ranger sous la nouvelle lumière que cet écrit réfléchit, et à la reconnaître comme bienfaisante, belle, grande et digne d'éclairer la création entière, que ceux qui se targuent de savoir.

L'homme physique et l’homme intellectuel sont deux extrêmes qui se rencontrent et s'entendent plus facilement que ne le font l’homme moral et l’homme intellectuel. Ce dernier trouvera d’abord, dans la nouvelle révélation sur le sujet nu question, sinon une certitude positive, du moins quelque chose qui mérite et appelle l'attention et l'examen. Ce monde souffre

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tellement sous l'empire d'enseignements rudimentaires, partant de certains lieux, et qui dénaturent non seulement l’homme, mais Dieu aussi, que l'homme intellectuel, à quelque nuance qu'il appartienne, en voyant cette révélation, l’accueillera, sinon à bras nuverts, au moins avec cordialité.

Toute idée qui relève l’homme à ses propres yeux et qui embrasse toute l'humanité, sans distinction de classe ou d'individus, est une amie dont on ne saurait trop reconnaître le mérite. Il est toujours bon d'aimer le bien et toujours digne de saluer les g'andes vérités qui éclairent.

Il y en à qui vivent d’inductions et d’autres de déductions. Les premiers n'étant pas assez hauts rlacés sur l'échelle de la vie pour déduire le bien, vu l'obscurité qui les entoure, sont portés à induire le mal en toutes choses.

Les systèmes absolus ont toujours été dictés par l'ignorance et ont invariablement reçu le jour dans les époques où les hommes méconnaissaient ou négligeaient leurs droits et couraient après les fantômes de l'intérêt purement personnel. Ainsi les systèmes absolus, quelque tyranniques qu’ils soient, sont aussi bien dus aux administrés qu'aux administrateurs ; les troubles qu'ils engendrent pendant leur durée ne forment pas, néanmoins, des maux absolus. Le mal n’est que relatif et sert aux grandes fins de l'harmonie.

Il serait oiseux de méconnaître l'autorité aux pouvoirs que les hommes ont établis, lorsqu'ils fonctionnent dans l'intérêt général ; mais il est toujours loisible et juste de combattre ces pouvoirs lorsqu'ils dépassent les bornes d° la justice, de l’amour et du bon sens. Tout pouvoir qui prétend être absolu est tout simplement ridicule et anarchique et doit être condamné

à périr, L'organisme individuel est le patron sur lequel devraient se former et se guider tous les organismes sociaux ; c'est la tête ou l'intelligence qui est appelée à gouverner partout en dernier ressort, et non pas le cœur ou le sentiment.

Ces digressions ne sont ni inutiles ni mal placées ; les événements du jour les justifient et elles se prêtent bien au sujet que nous examinons. Lorsque l’intelligence embrasse une partie de la nature, elle voit presque tout, tellement tout est intimement lié.

Ce qui est devant nous renferme le plan général de la question ; en y ajoutant des détails on n’en augmentera pas la valeur ; le germe renferme tout pour celui qui sait et veut voir. Nous ne voulons pas néanmoins être absolus, comme ceux à qui nous reprochons ce défaut capital; les curieux de bonne foi méritent bien la bienveillance de la part de ceux qui prétendent en avoir pour tous.

Les explications que nous consentons à fournir à l'appui de la nouvelle révélation sur la « chute de l’homme », disons-nous encore, n'auront pas l'effet de satisfaire le grand nombre ; les autres même ne sauront y trouver une démonstration de nature mathématique, comme beaucoup d'entre eux, peut-être, le désireraient. La conviction véritable est toujours le résultat de pénibles et longs examens, pour ceux qui pensent ; la conviction qui naît toute formée, au moyen d’une autorité quelconque, est généralement de mauvais aloi et disparait promptement.

Pour les hommes terrestres, bien des vérités que nous connaissons ne sont au plus que des hypothèses. Devons-nous nous attendre à rendre clair et plausible pour tous, pour le moment du moins, ce qui pour le grand nombre d’entre nous est en quelque sorte lettre

close ? Nous pourrions même dire que ous écrivons ceci pour l'avenir. La manifestation de la lumiére, de toute sorte, se fait graduellement et ne saurait agir autrement.

On s’imagine faussement sur la terre que le monde spirituel est le lieu de la perfection. L'article que nous apprécions maintenant dit le contraire ; et nous sommes de cet avis. Le progrès a lieu sur les globes et autour d'eux ; les êtres qui peuplent les mondes spirituels sont tous attachés à des globes d'une manière particulière. L'émigration de la sphère matérielle à la sphère spirituelle, et vice versa [répétée très souvent pour tous sans distinction), ne présuppose pas que chaque étape dans un sens ou l’autre, soit la dernière. La perfection n’est pas chose aussi facile à atteindre qu'on se l’imagine sur la terre ou, du moins, elle n’arrive pas aussi promptement qu'on le croit. Le mor est bien aussi parfait qu'il peut l’être partout, mais sa manifestation sur la terre et dans sa couche spirituelle subit des modifications constantes à mesure qu’il avance dans sa mission.

La variété de développement que l’on trouve parmi les hommes sur la terre et parmi nous, nous enseigne que l'émigration de l’homme de l'état normal, ou primitif, n’a pas eu lieu dans un seul et même temps. Sur la terre, les hommes noirs, rouges et blancs (qui se distinguent dans le monde spirituel séparément par des émanations en rapport avec leurs états particuliers), représentent certainement trois manifestations distinctes de l’homme à des degrés différents de perfection, sinon dans l'essence, du moins dans la forme. Est-il sage de supposer que les noirs soient des retardataires obstinés et endurcis qui n'ont pas voulu marcher avec les autres et concourir à la mission générale, et que les

rouges n'aient rempli qu'à demi leurs devoirs? (L pluralité d’existences sur la terre n’est nullement pou nous un fait douteux, et nous ne l’écartons pas dans les considérations présentes.) Il est plus simple, plus raisonnable, d'admettre la pluralité de chutes, d'émigrations du séjour ou de l’état divin, qu’une seule. A chaque transformation de l'être à l'état matériel, et vice versa, l’homme perd connaissance de son identité et de ses faits et gestes, et il doit en être de même pour la transformation de l'état spirituel, et vice versa,

Le monde spirituel est en communication constante avec le monde divin; les plus avancés d’entre nous, néanmoins, ne sauraient encore apercevoir ceux qui leur parlent de ce monde supérieur. Ceux qui ont prétendu, à diverses époques sur la terre, être en communication directe, d'une manière visible, audible, etc., avec le Père Eternel, ont généralement été de bonne {oi en imaginant que les êtres resplendissants qui leur apparaissaient et qui leur parlaient, au nom du Tout- Puissant, étaient Dieu lui-même. Il est des êtres parmi nous qui seraient pris pour Dieu même s'ils se montraient à quelques-uns de leurs frères, tellement ils sont beaux et purifiés des attaches matérielles; pour d'autres plus avancés, ces mèmes êtres n'offriraient rien d'étonnant.

Nous soutenons que toute idée renferme la vérité; par conséquent nous sommes prêts à admettre que les révélations qui ont été faites, en temps quelconque à la terre, renfermaient le vrai daus la proportion exigée par l'état des intelligences d'alors, auxquelles elles s’adressaient, ce qui n'implique nullement la négation de développements ultérieurs. La révélation ne saurait - être arrêtée sans que la Source suprême d'où elle part en premier lieu fût tarie, ce qui est inadmissible. Les

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révélations qui ont lieu maintenant auront aussi nécessairement à subir bien des transformations dans l’avepir avant d'atteindre au but assigné par la pensée divine et les efforts de l’homme. Toutes les révélations, néanmoins, conservent un type de parenté, qu'il est facile de reconnaître, malgré les diverses formes dont elles sont revêtues; l'apparence change, mais le fond reste. Ce quelque chose, qui ne change pas, ne se pèse pas, ne se voit et ne ses’analyse pas, chacun en a conscience sans pouvoir se l'expliquer. Les idées rudimentaires qui ont présidé dans les premiers âges de cette terre à son développement et à celui de ses êtres de toute espèce, quelque méprisées qu'elles soient aujoure d'hui, existent encore quoique sous une apparence moins âpre. Le présent et le passé sont rattachés de toutes manières et ont au fond le même caractère; les aspérités seules du passé s’effacent en devenant présent,

Le développement moral et intellectuel de l’homme n'a lieu que par un changement dans l’ordre physique et matériel de ce qui l’entoure; voilà ce qui prouve d'une manière irréfragable que notre mission est matérielle, lorsque nous descendons de notre état primitif et normal.

Il est tout naturel pour l’homme terrestre de supposer que l’état moral est la plus haute expression possible de la perfection, car: il est dans l’ére où cette idée doit avoir encore cours.

Le mal, le bien et le mieux sont trois choses qui représentent trois états de la pensée humaine, et aussi trois états différents dans ce qui frappe les sens. L’êre physique, on pourrait dire, représente le mal, ou le rudimentaire ; l'ère morale le bien, et l’éreintellectuelle le mieux, ou le très bien. Vouloir néanmoins faire comprendre à la majorité (pendant la durée du bien) que le

mieux ou le très bien est appelé à le remplacer de toute manière — en donnant aux idées morales, telles qu’elles sont révélées et entendues, un autre sens, ou une autre forme, ce qui pour la majorité représente toujours un désastre, une perte réelle, la destruction, l'anarchie et l’anéantissement radical de toute vérité, — cela, disons-nous, serait entreprendre une tâche incommensurable et semer pour ne récolter que plus tard, Les gardiens de la loi morale dans les deux sphères, matérielle et spirituelle, ont pour mission de sauvegarder le dépôt qu'ils surveillent et de le faire fructifier jusqu'aux dernières limites. Le stacu quo ne saurait être le bien radical nulle part. Parmi les gardiens de la loi morale dans le monde spirituel, ils’en trouve un grand nombre, comme sur la terre, qui s'imaginent que l'intérêt est une chose défendue; ils croient que le capital qu'ils surveillent doit toujours rester le même; les révolutions seules leur dessillent les yeux, comme à leurs représentants terrestres, à qui ils servent souvent d'inspirateurs. Si on peut accuser le ciel, ou notre monde, de renfermer des agents si peu éclairés et si obstinés dans leur manière de voir, c'est que, comme le monde matériel, le ciel se nourrit aussi de violence. Que d’êtres parmi nous, comme parmi vous, qui ne peuvent pas voir une idée ! Nous vous les envoyons, vous nous les renvoyez. Nous avons néanmoins, parmi nous, comme sur la terre, mais en plus grand nombre, des êtres moraux actifs, qui ne se contentent pas de dormir sur le bien acquis, mais qui en augmentent la somme. Les saints strictement contemplateurs n'ont partout qu'un mérite négatif, pour ceux-là les chutes semblent éternelles. Mais, dira-t-on « vous donnez à l’ére actuelle lenom de bien, et pourtant le mal y existe, et vous devez le reconnaître ». Ce mal, ajouteront tous les êtres absolus

de l'ordre moral, « est une tache originelle transmise par l’hérédité et dont un trés petit nombre pourra se débarrasser ».

L'ére morale, ou du bien,renferme certainement une partie de ce qui représentait la première ère ; l’homme noir, ou primitif, et les qualités rudimentaires y sont réellement aussi bien que l’homme blanc et les qualités éclatantes. Cela prouve-t-il que cet état de choses soit contraire aux lois de la nature, et que ce mal que vous faites si absolu, ne doive pas s’y trouver? Le mal, cet aiguillon du bien, est assurément mal envisagé dans le sens subjectif, et ne mérite pas tout le bläme qu'on lui attribue.

Vous ne voudriez pas reconnaitre ce que vous fûtes dans le premier âge de cette terre, s'il vous était donné de vous transporter à ce temps. Le progrés matériel et social qui a été amené sur ce globe a aussi déterminé le progrès dans l’organisme humain et dans les manifestations du moi. Raïisonnez donc assez juste pour reconnaître cela ; ce calcul est bien simple à établir. Que ceux qui se vantent d’être logiques le prouvent par leurs raisonnements, sans quoi ils ne sauraient être des autorités.

L'ère noire, ou l’êre physique, a été inaugurée sur la terre par l'homme noir! Mais, direz-vous, vous hommes blancs qui méprisez souvent vos frères noirs jusqu'au point d’en faire encore des esclaves : — «a nous n'avons jamais été noirs! ». — Les privilèges ne sont pas reconnus dans le Code naturel. Vous tous, vous avez été noirs, et bien noirs, et avez eu les traits grossiers, au physique, au moral et à l’intellectuel, qui distinguent les races les plus rudimentaires de l'Afrique. Vous avez tous été cannibales de la pire espèce — à l’état d'hommes noirs et à l’état d'hommes rouges. Les noirs

et les rouges qui se trouvent encoresur votre terre n'y sont que par le fait d'immigrations subséquentes à votre premiére venue et représentent des chutes nouvelles de l’état d'âme. — Voilà ce que nous enseigne le travail de nos intelligences ; l'induction et la déduction nous ont conduits à reconnaître cette doctrine, ébauchée par les sages de la première ère. L'homme orgueilleux et présomptueux ne saurait admettre cette doctrine. La vérité choque les passions, mais elle réjouit la vertu et la raison. Nous, nous reconnaissons bien avoir subi ces différents états inférieurs dans nos existences passées, et cela ne nous rabaisse nullement dans notre pensée. L'homme dans sa condition de missionnaire est nécessairement sujet aux troubles et aux vicissitudes qu'il rencontre. D’après tous les systèmes ayant cours dans l’ordre moral, le séjour de la terre serait pour l’homme une expiation, dont le but serait de le racheter de ses méfaits antérieurs. La présente version sur la chute n'est-elle pas plus propre à expliquer ce fait, tant controversé, que celles qui l’ont précédée ? N'est-ce pas là un progrés sur le passé ? L'homme apprendra désormais à ne plus avoir honte de lui-même, ni du Père Eternel, car, il faut bien le dire, tous ceux qui ont voulu analyser les doctrines admises sur la terre et les concilier avec la nature de Dieu, telle que le for intérieur la perçoit, ont toujours rencontré un trouble douloureux dans de tels examens. La pensée se révolte à l’idée de faire du Père Eternel un être vengeur, bien autrement implacable que le père humain. Non, la pensée humaine, nécessairement bornée, ou psychologisée (pour nous servir d’un mot nouveau) dans les deux premiers états généraux de son existeuce matérielle et spirituelle, re saurait connaître la vérité aussi largement que lorsqu'elle s'est affr «1

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chie de ces deux états et qu'elle occupe l’état intellectuel.

La pensée ne saurait admettre de barrières infranchissables lorsqu'elles s’inspirent des hautes facultés de l'intelligence. La mission seule retient l’homme sur

la terre et dans le monde spirituel ; mais cette mission est bien loin d’être éternelle. Voyez les progrès accomplis et ceux qui se font journellement, cela est quelque chose, cela compte. Ne pleurons donc pas sur notre délaissement imaginaire, sur nos fautes, sur la lenteur avec laquelle nous procédons dans notre mission. L’avenir ne saurait être aussi obscur que le passé et même le présent pour aucun des enfants de Dieu : ce titre seul ne dit-il pas tout ? L'avenir si 'ardemment attendu de tous, qui inaugurera la fin de la mission de chacun dans les deux sphères, matérielle et spirituelle, ne peut pas se trouver dans la nuit de l'éternité; de plus, l'homme fatigué sur la terre ne va-t-il pas récupérer ses forces dans notre sphère et jouir là de ce qui lui manquait? Le sommeil journalier même ne sert-il pas à adoucir ses peines, à part toutes les jouissances domestiques ou autres, petites ou grandes, qu’il rencontre en tous temps et en tous lieux ?

Ceux qui sont encore dans le noir et le sombre de leurs deux existences, terrestre et spirituelle, voient nécessairement noir et sombre; mais ceux qui veulent s'émanciper et qui désirent lire couramment dans les mystères de la vie et se rendre compte et raison de toutes choses, ne doivent pas être arrêtés par les alarmistes qui voient des dangers et la perdition partout; ils doivent faire des mü'acles au moyen de la connaisance des mystères et n’en laisser le monopole à aucune lasse spéciale, comme vous diriez. Ce mot ainsi que lui d’absolu, représente une absurdité, ou un contre-

sens, que l'observation mürie fera reconnaitre comme tel.

« L'homme à l’état d'Esprit agit sur les fluides qu’il transmet à l’homme matüriel pour être rendus concrets. » — Voilà, en quelques mots, un exposé qui renferme toute la mission de l’homme. L'idée, la combinaison et la formation de toutes choses existantes sur la terre ont pour source immédiate le monde spirituel. En effet, riep n'existe sur la terre qui n’aii auparavant vu le jour dans notre monde, comprenant entièrement les trois ordres des connaissances, à savoir : scientifiques, morales et philosophiques. L'artisan. le cultivateur, le mécanicien, le chimiste, le botaniste, l'astronome, le moraliste, le philosophe, etc., s’inspirent tous, plus ou moins, de nos régions et copient tout simplement nos œuvres, d'une manière consciente ou inconsciente.

Ceux qui partent de la terre avec la conviction que le travail ne leur sera plus imposé et que le but définitif est atteint, demeurent quelquefois assez longtemps sans prendre une part active au mouvement qui se fait autour d'eux, mais cela ne dure guëre; la voix de la conscience et celle de l'exemple les réveillent bientôt de leur léthargie. Le bonheur complet, tant souhaité, ne s'annonce qu'en partie seulement; voilà une nouvelle déception qui leur communique de nouvelles idées et qui les prépare à l’avancement.

En donnant à Jésus de Nazareth le titre de l'homme- Dieu, les chrétiens, qui ne prétendent croire qu’en un seul Dieu, violentent la raison et tombent dans l'idolâtrie qu'ils reprochent aux autres. Comme titre honorifique exprimant la reconnaissance et l'admiration, le mot d'homme divin a été souvent employé à l'égard d’autres prophètes; les titres flatteurs de cette espèce,

néanmoins, n’ont aucune raison d’être; le bienfaiteur ne fait que remplir son devoir en dotant ses semblables deses inspirations et ne réclame pas la reconnaissance exagérée qui ne fait que rabaisser ceux qui l’expriment. Le bienfaiteur est humble et sa mémoire ne doit pas être placée sur le piédestal de l’idolâtrie. Un frère ne doit pas être déifié dans la pensée de ceux qui le chérissent.

Il est toujours dangereux d'accorder à ses semblables une place trop grande dans ses affections; le cœur trof rempli nuit au libre exercice de l'intelligence et en trouble l’action. Les émotions sont agréables aux caractères faibles, mais elles deviennent même pour eux un poison, lorsqu'ils s y abandonnent trop souvent et trop longtemps; le même air devient vicié et mortel à force d'être respiré. L'initiateur à qui l'on confére le titre et les privilèges d’Autorité absolue est par là isolé de ses amis trop zélés, ou fanatiques, et se trouve dans l'impossibilité de les secourir au besoin. L’individualité appartient à tout homme, et malheur à celui qui en fait volontairement peu de cas ou qui l’abandonne.

Que l'existence qui vous attend ne vous semble pas menaçante; le Dieu vengeur — comme idée — est de l'ancienne révélation et n’a aucune raison d’être dans la nouvelle.

En admettant la chute de l’homme dans le sens ordinaire, on met fortement en ‘doute l'existence du progrés si on ne le nie pas positivement. La philosophie reconnait le progrès, et la morale pleure le plus souvent sur « la décadence de l'humanité ». Que fait donc la science? Elle travaille à les servir l’un et l’autre suivant la nacure des circonstances. La philosophie est la manifestation intellectuelle du moi, — la morale n'en est que la manifestation secondaire, ou inférieure, et la

science n’en est que la manifestation rudimentaire. Lequel de ces trois règnes offre à l'homme le plus d’avantages ?

Les événements qui ont lieu actuellement sur la terre ne sont pas dus en entier à ses habitants. Le temps est arrivé pour une grande transformation qui se fera en dépit des empêchements de toutes sortes. Le monde spirituel communique en ce moment une nouvelle direction au monde matériel et y prépare un nouvel ordre de choses dont le grand nombre ne se doute pas.

Que de révolutions dans l’ordre moral n’ont-elles pas déjà eu lieu sur la terre ! C’est l'intelligence qui les a provoquées toutes, et les événements d’un ordre physique ou politique, ont toujours servi à les amener, du moins celles qui avaient une importance majeure. N’allez donc pas croire que les idées philosophiques soient sans valeur et sans effet sur les destinées et qu'elles n'aient pas la préséance sur toutes les autres. Le fluide invisible, impalpable et vaporeux qui part du cerveau et parcourt sans bruit les réseaux nerveux, met en mouvement tout l'organisme physique de l’homme et lui fait accomplir des choses merveilleuses. Il en est de même des idées philosophiques dans l'organisme social; le cœur, ou les êtres moraux de cet organisme ont beau offrir de l’opposition et se révolter contre toute nouvelle direction, ils sont toujours forcés de se rendre à la volonté supérieure qui les domine et qui ne s'exerce que dans l'intérêt général. L’être dans l'état moral n'est pas positivement un être raisonnable : il ne l’est que négativement, et, comme tel, son rôle dans la société se borne, en thèse générale, à transmettre aux enfants les messages que lui confie l'agent supérieur. Cet agent ne croit pas et ne peut enseigner à croire à des chutes absolues, ni aux créa-

tions surnaturelles, soit dans le sens physique, soit dans le sens moral, soit dans tout autre sens.

L'état moral n'est qu'un état de transition, de sommeil, où le cœur est plus actif que l'intelligence. L’être qui subit cet état dans la première phase est plus intelligent que lorsqu'il entre dans la seconde phase; l’histoire depuis dix-huit cents ans passés vous le prouve sur une grande échelle. Pourquoi est-il alors moins intelligent ? C’est parce que dans la première phase il est actif, il lutte, tandis que dans la seconde il est négatif, ou conservateur, — il dort et il rêve. Les rêves disparaitront avec le réveil prochain.

En s’incarnant sur la terre, l'homme apporte avec lui un itinéraire tracé d'avance, qu'il suit sinon dans tous les détails du moins dans l’ensemble. Mais, dira-t-on, où est le libre arbitre et son action? En répondant par cette question — « l’homme à l’état d'esprit n'est-il pas un être pensant et prévoyant »? — on aura de suite la solution. Le voyage que l’homme entreprend sur la terre, qui luiest familière, n'est pas d’une longue durée à ses yeux, et, s'il ne se rend pas à la destination désirée, au but proposé, il retourne à sa demeure pour recommencer une autre fois. De plus, l’incarnation n’est pas une chose pénible pour celui qui la recherche; le grand nombre la désire et l’appelle de ses vœux. Ceux qui ont été le plus malheureux sur la terre, ceux surtout qui l'ont été par des fautes dites volontaires, demandent à grands cris la réincarnation. Le mouvement est essentiel à l'être physique, et la terre offre

fortement cette condition particulière; c'est pourquoi les etres physiques recherchent la terre avec ardeur et s’y établissent avec joie. — Mettons le voile et l'amour de la charité devant nos yeux, lorsque, le Code moral à la main, nous voulons ‘critiquer et apprécier les actions de ces êtres pendant leurs séjours sur la terre et au moment de leur départ, et, au lieu de condamner, nous saurons plaindre.

En se faisant le manœuvre du Créateur, l'homme ne se noircit pas seulement au physique ; son cœur et son intelligence perdent leur éclat primitifen traversant la nature spirituelle et la nature matérielle. Ceux qui ont été blanchis à force de réincarnations devraient se souvenir de leurs états passés, lorsqu'ils étaient aussi noirs de toutes manières, que ceux qu'ils condamnent souvent si implacablement. Si l’étincelle divine chez l'être physique est tellement imperceptible quelquefois, c’est qu'elle est partie du Grand Centre plus tard que celle qui apparaît si brillante chez l'être moral ou l’être intellectuel. Celui qui vous paraît si immonde, si vil, si méprisable, si coupable, si vous le voulez, sort du lieu de délices incommensurables où vous voulez rentrer. Il en est parti comme vous, il y retournera comme vous. L'heure de son départ est récente, la vôtre est déjà lointaine.

Ah! ne prosecrivez pas de la terre l’homme que vous appelez coupable, ni au nom de la justice, ni au nom de la morale, car vous agissez sans sagesse. Les fautes que vous lui reprochez sont celles que vous commettez souvent encore en vous-même. Les fautes ne demandent que des conditions favorables pour devenir des vertus.

Ab, mes frères! qui pleurez sur les souffrances et les fautes de vos proches et qui étendez autour d’eux les bras de l'amour pour les protéger et les sauver, que

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n’agissez-vous de même envers ces malheureux qui sortent de l’embrassement divin! Ah! ne mettez pas sur leurs fronts le sceau de la réprobation. L'homme qui aime bien pardonne facilement. N’aimez-vous donc pas ? Aimez si vous voulez être aimés. Aimez tous les hommes, car ils sont tous vos frères ; n’en condamnez aucun, car ils seront tous sauvés, Ne portez plus de jugements inutiles.

La loi de l'amour est venue pour éclairer le monde et vos cœurs, non pour l’obscurcir et vous endurcir. Le soleil vous éclaire tous et vous prodigue ses caresses avec amour : de même la lumière divine s’étend sur tous les êtres et les embrasse. Tous les mondes sont éclairés de la même lumière et tous les cœurs en reçoivent la chaleur. Ne dites donc pas qu'il y en a de maurdits. S'il existe des coins reculés quelque part qui forment des ombres,des précipices qui retiennent l’obscurité, de nouveaux venus dans le champ du travail matériel qui faillissent parfois et succombent, des enfants dans la nouvelle vie, et qui, moins expérimentés que vous, commettent des écarts que vous avez vous-

même commis, — c’est que cela est encore utile à l'harmonie et au développement.

Aimez-vous les uns les autres. — Ces paroles divi-

nés, les lèvres humaines les répêtent; maiselles doivent être répétées et senties par le cœur, par tous ceux qui croient en Dieu, en son amour infini.

Ceux qui croient à l'efficacité de l'amour doivent s’en servir plus pour les autres que pour eux-mêmes. Frapper le malheureux qui a succombé et qui souffre, c’est l’'endurcir et lui communiquer la haine. Que de malheureux ainsi dotés par vous pullulent au-dessus de vos têtes et empoisonnent votre atmosphère morale! En douteriez-vous ?

La justice implacable sévit journellement contre ce que vous nommez l'écume de votre monde. C'est un levain qui fermente autour de vous, qui s’introduit dans le sein de vos familles et les désole. Les expulsés ne font que sortir de l'organisme matériel et ne s’éloignent pas pour cela du lieu qui leur a été assigné par la pensée divine. Vous les condamnez et leur enjoignez de s'éloigner de vous, mais ils restent là où ils doivent et où ils ont droit de rester. Ceux que vous nommez les ennemis de la société sont encore parmi vous après leur expulsion, quoiqu’à l'état d’invisibles, et sont plus à craindre alors qu'avec l'enveloppe que vous leur ôtez ou que vous les forcez d'abandonner en ne veillant pas à leurs besoins.

L'homme, éclairé par le code moral, a une mission bien grande à remplir. Que de fronts ruisselants n’a-t-il pas à essuyer! Que de cœurs meurtris par la douleur ne s’offrent-ils pas à son amour pour être consolés! que de souffrances de toutes sortes nese présentent-elles pas à la portée de son ministère !

L'homme moral a-t-il le droit d’assombrir sa pensée de chimères épouvantables et de les lancer sur ses frères, présents et absents? Doit-il se faire l’acolyte des furies des mondes invisibles à ses yeux, et. leur supposer le pouvoir d’intervertir l’ordre et la nature même de Dieu ?.. L'homme physique peut avoir des idées rudimentaires, mais l’homme moral ne le doit pas, car l'amour qu'il accepte pour guide ne vit que de dévouement et d'abnégation. Les noirceurs de l’homme physique ne doivent pas déteindre sur l'homme moral au point d’obscurcir sa vision et de troubler le cours de ses actions ; c'est l'homme moral qui doit influer sur l’homme physique et répandre sur lui des espérances salutaires et certaines et les grands reflets de la charité

fraternelle. L'homme physique est homme de foi, et l'homme moral ou d'espérance doit savoir lui communiquer les hautes qualités qui appartiennent à sa nature. L'homme d'espérance ne croit pas, dans le véritable sens du mot : il attend; lorsqu'il croit il ne croit qu’au passé. Pourquoi donc ne croirait-il pas à l'avenir puisque cela lui est annoncé ?

Vivre d'espérance et d'amour, c'est pour l’homme moral vivre de bonheur et dans le bonheur. Ceux qui s'échappent de la sphère morale pour entrer dans la suivante, peuvent sembler à l’homme moral avoir perdu de leur mérite. Les premiers pas dans l’intellectualité sont nécessairement et naturellement physiques et n'offrent pas d'abord les avantages visibles et les grâces qui ne sont pas les suites du développement dans tout état. L'homme d'amour n'a-t-il pas aussi été physique dans sa sphère ? — Que l'homme d'amour qui se fait le guide des autres s'inspire des hautes qualités de son état et de sa position responsable, et qu'il sache bénir aussi bien les partants que les venants; à ce signe, l'homme de bien se fera connaïtre et reconnaitre de tous. Ce développement de l'amour n'est inaccessible pour personne et tous doivent y tendre de toutes leurs forces. Les grands cœurs ne sauraient avoir trop d’espérance et d'amour; aimer au-delà du visible n’est pas aimer follement. Sachez donc, vous qui embrassez des familles nombreuses qui se laissent guider si docilement sous votre tutelle et par vos conseils, bénir et aimer ceux qui sortent de vos troupeaux : la condamnation n'appartient pas à votre ministère. Aimez les absents comme les présents et étendez visiblement sur eux vos sourires et vos grâces. Si vous agissez ainsi, vos brebis ne vous en aimeront que davantage et là fraternité ne sera pas un vain mot.

La barbarie qui a imaginé des peines sans relâche pour le méchant, s'est servie d’un sentiment auquel vous ne devez pas avoir recours. La pensée sous le régime moral n’est pas liée aussi étroitement qu'auparavant et doit embrasser un horizon plus grand ; occupant un étage supérieur, elle doit voir plus et mieux qu’autrefois. — Les lieux de tourments existent toujours, car la création est constante, ce qui cause, en un certain sens, — l'éternité des peines. — Cette version, qui est la vraie, a déjà été comprise et admise par les hommes d'élite sur la terre, maisle plus souvent par la croyance à la pluralité d’existences : le temps amène une lumière plus grande, et le progrès dans la création apporte nécessairement le développement dans les idées. Que ceux qui voudraient voir le pourquoi de l'existence des idées rudimentaires dans le passé, se demandent pourquoi ils ont été enfants avant d'être adolescents et hommes, pourquoi ils ont eu les habitudes, les goûts et les idées de cet âge, et leur étonnement cessera.

La morale enseigne à aimer et non à haïr, à condamner et à punir, de près ou de loin. Que veulent donc dire ces croyances impies qui se trouvent encore parmi les sommités officielles de la nouvelle loi? Est-ce un reste des âges barbares que les hommes ont encore voulu garder et qu’ils se complaisent à caresser ? Un pareil alliage défigure trop aujourd’hui la loi morale et lui assigne des bornes, des limites qui ne lui conviennent pas. L'amour de Dieu s'étend sur tous les hommes indistinctement et les élève tous vers lui. Pourquoi donc vouloir reculer aux âges passés, aux idées grossières, lorsque les lumières nouvelles sont si belles, si glorieuses ?.. Pourquoi les guides des masses se font-ils un devoir de croire à la puissance de l'esprit du mal, qui est déchu de son empire depuis l’avênement de la

loi d'amour? Croient-ils que la nouvelle loi soit inférieure, en théorie et en pratique, à la premiére? — Pourquoi donc le proclamer ? C’est que l’amour chez eux est encore à l'état d'adolescence et rempli des pas: sions de cet âge.

Le chemin de la vie de l’homme, lorsqu'il s’exile de sa patrie, offre toujours pour tous les mêmes difficultés; mais, direz-vous, les accidents peuvent retarder celuiciet non celui-là. Tous commencent la vie missionnaire au même point et rencontrent par conséquent les mème accidents ou les mêmes difficultés, pour mieux dire. Mais, direz-vous encore, « si l’émigration de l'homme à l’état d'âme est constante, celui qui arrive maintenant pour la première fois sur ce globe, ou dans sa couche spirituelle, ne peut pas y rencontrer les mêmes difficultés que ceux qui l’ont précédé ? » Si la création n'était pas constante, cette objection serait juste ; mais comme elle est constante, cette objection est sans force. Ceux qui arrivent maintenant sur cette terre avec les caractères de la bestialité en quelque sorte, sont encore bien avancés relativement aux habitants d'autres planètes, sur lesquelles beaucoup d’entre vous ont laissé leurs empreintes. Il est des saisons périodiques dans l’histoire de toutes les planètes, où une partie de leurs habitants émigrent dans d’autres globes, comme vous-même vous émigrez de temps à autre d'un pays à un autre.

La science vous offre des aperçus sur l’histoire primitive de votre globe qui démontrent un commencement bien grossier; les découvertes dans ce sens ne sont pas encore épuisées, La science de la logique et de l'analyse mentale fait voir clairement, sans fouiller ailleurs que dans l'intelligence, que l'existence du progrès étant chose certaine, le commencement de tout

sur la terre a dû avoir lieu au bas de l'échelle.La chute de l’homme sur la terre, prise dans le sens littéral ou textuel, ne s'accorde pas avec les données scientifiques et philosophiques : les mots mal coordonnés cachent le sens véritable. L'homme pur est devenu impur, dit-on : ses conditions d'existence sont devenues impures sans nul doute, mais voilà tout. L'agent direct du Créateur est tellement rapproché de son Père, par tousses attributs, que sa déchéance — telle qu'elle est présentée — ne peut pas avoir lieu.

Si les êtres les plus avancés parmi ceux qui sont encore sur la terre, régis par la lumière morale, n’admettent pas la pureté inaltérable et indestructible du mot, en tous temps et tous lieux, l'inspirateur de ce chapitre, éclairé par la même lumière dans la sphère qui vous domine, l’admet ainsi qu'un grand nombre d'autres habitants du même lieu.

Le péché contre le Saint-Esprit, ce qui n'a pasencore été défini sur la terre, consiste dans le non-développement de l'intelligence ; c'est un mal qui diminue de jour en jour et qui finira par disparaître du globe terrestre. Le monde spirituel éclaire continuellement ie monde rudimentaire et enlève petit à petit le bandeau de l'ignorance qui recouvre les yeux de ses habitants.

Le libre arbitre, dont on fait tant de cas sur la terre, n'est pas aussi grand qu'on le prétend. Les rouages de l'organisme humain sur la terre ne sont pas aussi développés que ceux des êtres dits invisibles, et ne fonctionnent pas avec la même précision, la même délicatesse et la même force, et, par conséquent, la volonté par leur usage ne peut pas encore produire les mêmes résultats. L'organisme spirituel est supérieur à l'organisme matériel et malgré cela il subit continuellement des changements, afin d'amener un ordre de choses

plus élevé. Le libre arbitre de la sphère spirituelle est nécessairement soumis à la grande Pensée Directrice ; à part cela, nos classes exercent une certaine influence l'une sur l'autre en raison de leurs positions respectives. Le libre arbitre collectif subit l'action des mêmes lois que le libre arbitre dans le sens individuel ou restreint. Le monde véritablement céleste représente la tête du Grand Organisme qui comprend toutes les sphères. Les mondes spirituels en représentent le cœur et les mondes matériels les extrémités et le corps. L'intelligence domine les sentiments et les sentiments dominent les passions; l’homme passionnel ou l’homme de la terre peut-il donc prétendre à un libre arbitre absolu où même considérable ?

S'il est important pour l’homme sur: la terre d'avoir une foi religieuse découlant de sa connaissance de la loi morale, il n’est pas nécessaire pour lui, quand il est arrivé à un certain degré de développement, d’avoir un culte extérieur. Du complexe on arrive au simple; le simple est le vrai au plus haut degré.

La foi religieuse d’un peuple, comme celle de l’homme individuel, indique son état moral; le degré de l'effet fait connaitre le degré de la cause. La foi est un effet et non une cause. La foi est une chose extérieure; la morale est une chose intérieure. L'intérieur gouverne toujours l'extérieur, et l'extérieur est une image plus ou moins grossière de l’état du développement intérieur. La morale est la foi et la foi est sa manifestation ; laquelle donc occupe le plus haut rang?

1] faut avoir la grâce, dites-vous, pour croire. Il faut aussi avoir des bras pour pouvoir travailler ; les bras néanmoins ne valent pas la tête qui dirige. La foi dirige bien les actions, direz-vous; mais les actions, ou la vie pratique, font changer la foi, répondrions-nous. La

foi se fait plus forte, plus belle, plus grande dans l’homme nouveau ou renouvelé. La foi du pêre et celle de l'enfant sont un même rayon de l’astre moral, mais l'enfant en absorbe plus directement l'influence. Le nouveau-né qui à subi une longue suite d'existence matérielles a plus de puissance, de chaleur et de lumières que celui qui est en arrière de lui sous ce rapport. Le supérieur n’est véritablement pas toujours le pére.

Que de changements les articles de foi n'ont-ils pas subis avec les âges écoulés! Que de changements ne subiront-ils pas encore avec les âges futurs ! La grande roue du temps marche toujours et élimine toutes choses. Vouloir arrêter le développement de la foi c’est vouloir l'impossible.

La perfection de la foi réside dans la charité la plus

grande, la plus illimitée. La charité limitée n’est qu’une

chose nominale. La charité s'exerce envers le prochain,

quelque éloigné qu’il soit, sous tous les rapports. La charité, telle quelle est enseignée et pratiquée sur la

terre, est très incomplète. Est-ce là une charité, la fille légitime de l’amour? Le dogme qui n’est charitable que pour ceux qui admettent ses articles est encore loin

d'avoir la charité complète : il est encore dans les langes du développement. L’espérance et la charité ne sont pas deux furies qui damnent ceux qui ne croient pas à certains dogmes.

L'oreille qui se fait sourde aux cris de détresse, de quelque part qu'ils viennent, est l’esclave d’un cœur bien peu charitable, bien peu éclairé. Le baume de l'amour — la charité — n’est pas destiné à ceux qui ne souffrent pas, mais à ceux qui souffrent, et les grandes souffrances le réclament davantage. Pourquoi donc proscrire l'exercice de la charité et de l’amour quelque part, — là où ils peuvent faire tant de bien? Un cachot

éclairé par l'amour perd son ignominie et rachète ou élève celui qui s’y trouve, quelque rabaissé qu'il soit; plus le cachot sera sombre, plus cette lumière paraîtra belle et sera bienfaisante à celui qui la recevra : les bonnes choses ne sont jamais refusées lorsqu'elles sont offertes par le cœur!

La fraternité universelle n’est pas un vain mot et nous devons lui rendre hommage dans la personne de tous les malheureux. La fraternité impose des devoirs qu'aucune convention ou règle écrite ne saurait détruire.Où est celui sur la terrequin’ait pas quelqu'un de es proches dans une condition malheureuse dans l’autre monde ?.. Qui osera délibérément et sans remords dumner les siens, même tacitement? — Est-ce celui ui enseigne la charité?

Si l’homme devient plus éclairé, plus clairvoyant, en passant de la sphère matérielle à la sphère spirituelle, ela n'exclut pas la possibilité de réaliser sur la terre es conditions de l’état supérieur. Il incombe aux chefs pirituels de la terre d’être dans des conditions spiriuelles afin qu'ils soient en état de recevoir les dons du iel. Si les chefs manquent de charité et d'amour, qu'adiendra-t-1l donc des troupeaux ?

L'assimilation des deux sphères n’est pas encore ans un état bien avancé, c’est pourquoi les rapports de leurs êtres sont entourés de bien des difficultés. Que es chefs de la terre recherchent le concours et l’aide e leurs ouailles pour provoquer le rapprochement des eux sphères : l'effort collectif produit l'élévation de ous. La lumière n’est pas le partage d’un nombre ou ‘une classe quelconque ; le grand en se faisant petit vec les petits s'élève et les élève, bien plus qu’en se aisant grand envers eux.

Que l'amour de la terre se ligue avec l'amour du ciel

en faveur des malheureux frères pour qui l'espérance est sombre. Que les PORTES jusqu'à présent défendues d'une part par l'ignorance, soient vigoureusement assaillies de cette part par les bras puissants de l’amour et ces PoRTES céderont infailliblement. L'organisme spirituel a besoin du concours de l'organisme matériel pour pouvoir bien fonctionner et remplir ses différentes missions. L'unité d'action conduit au développement du tout. L'organisme divin ne pose pas de limites à l’action de l'amour et du bien. Celui qui élève un damné attire sur lui les sourires divins. L'amour de Dieu ne connaît pas de limites; pourquoi donc ses agents en connaîtraient-ils ?

Mais, dira-t-ca, la révélation a toujours enseigné à l’homme terrestre : que le pécheur ne peut pas entrer dans le royaume du juste, et que des peines éternelles l'attendent après le trépas. La Révélation ne saurait se contredire, direz-vous. — En proclamant aujourd’hui le saut de tous, la Révélation nouvelle ne brise pas les fondements essentiels de toutes celles qui l’ont précédée. La vérité, pour être comprise de l’homme à l’état d'enfance, doit se revêtir de formes convenables à cet état ; l'adolescence même est toujours incapable de recevoir la vérité complète; jusqu'à sa maturité l'homme terrestre devra donc s'attendre à voir des changements dans la Révélation.

La révélation ne procède jamais d’une manière absolue, puisqu'elle n’embrasse toujours qu’un petit nombre de croyants d’abord. En proclamant le salut de tous, ou l'amour infini, la révélation du jour ne s’attend pas à réaliser un succès immédiat et général ; la conversion ne dépassera pas les bornes du possible, du nécessaire. L'ancien levain devra nécessairement encore avoir cours sur la terre et s’individualiser pendant

bien des âges encore dans une foule d'hommes préposés à les recevoir.

Cette révélation n’est pas plusinexorable dans son action que les autres ne l'ont été ; elle ne force personne à croire ; elle se fie à l’avenir bien plus qu'au présent pour avoir de nombreux adhérents. Les incarnations nouvelles sur la terre rempliront infailliblement les cadres du bataillon sacré de l'amour ; le progrès qui attire les éprouvés attire aussi les réprouveés.

Mais, dira-t-on, la révélation actuelle ne comporte pas le caractère des révélations passées: elle n'a pas enfanté une Autorité visible munie de pouvoirs surprenants ou miraculeux. Non! L’amouréclairé ne commande et ne s'impose pas, il invite : il s’immisce dans tous les rangs SOCIAUX non Comme une autorité mais comme un ami. La révélation actuelle a déjà des millions d'agents ; elle parle pas bien des bouches et s'exprime même de diverses manières qui paraissent contradictoires au premier abord. Elle procède en cela comme toutes les révélations précédentes ont procédé ; elle a produit des faits surprenants, dits miraculeux, en grand nombre partout, etelle tient en réserve des manifestations d’un ordre supérieur à tous ceux-là qui auront lieu au moment convenable.

L'autorité aigrit ceux qui la subissent et devient impuissante dans son action lorsque l'homme est émancipé par le développement du cœur et de l'intelligence. Que sont tous les hommes en réalité les uns à l'égard des autres, sinon des égaux ? La fraternité donne à tous les même droits. Les âges barbares et incomplets seuls font des distinctions entre les hommes. Ceux qui représentent encore ces âges seront les seuls qui ne se rangeront pas sous la nouvelle bannière. La terre a encore

besoin d'hommes physiques de toutes sortes et ils naïtront et renaîtront encore sur la terre durant bien des siècles à venir.

La répartition des rôles dans la vie procréatrice de l'homme amène nécessairement des distinctions d'emplois (que tous subissent) et qui jusqu’aujourd’hui ont été envisagés comme comportant une distinction réelle de valeur aux points de vue collectif et individuel. Le voile de l'avenir devient transparent aujourd'hui pour un grand nombre de travailleurs, pour ceux qui sont à l'œuvre depuis longtemps; ceux-là n'apercevront plus la Divinité durant cette mission à travers un voile sombre et menaçant, et ils pourront encourager leurs frères dans leurs peines en leur montrant un terme plus ou moins éloigné pour chacun, où tous jouiront encore de la plénitude du bonheur.

Tous les yeux s’élévent vers l'invisible et interrogent l’espace sur la nature de l'inconnu ; toutes les 1ntelligences sont avides de savoir et sont portées à l’analyse. Personne ne se rebute réellement à la recherche de la vérité, malgré les innombrables difficultés qui en défendent l'approche. L'avidité de l'intelligence dépasse celle des sens et des passions et ne peut être assouvie ni sur la terre ni dans notre sphère. L'homme par son intelligence aspire au Très-Haut, mème quand il est dans les profondeurs du très-bas. Le souvenir de l'état normal est une lumière microscopique dans l’intelligence de chacun, mais cette lumière suffit pour guider tous les hommes au — point de départ — qui est le point final de chaque mission procréatrice.

L'ère rudimentaire élève de nombreux autels où là Divinité est représentée sous une foule de formes grossières. Comment l'idée de Dieu ne serait-elle pas in

forme pour l'homme lorsque son entourage est rude et menaçant ?... Les fantômes obscurs ne naissent-ils pas dans l'obscurité ?

L'adoration polythéiste représente toujours un état rudimentaire, l’adoration trinitaire un état plus avancé, et l’'adoration unitaire l'état complet, celui vers lequei tous les cultes et tous les hommes tendent et auquel tous arriveront.

Durant les premiers âges de la terre, l’homme rencontre une nature en quelque sorte implacable qui le terrasse souvent dans le combat et qui le force à changer fréquemment d'organismes pour la vaincre. La réincarnation est alors fréquente. Le mouvement est alors grandiose, gigantesque, éperdument féroce; le sifflement des atomes, dans leurs courses effrénées, engendre des tempêtes effroyables autour de l’homme et en lui; la vie est pour lui un combat continuel et sans merci, où il est forcé d'employer des moyens en raison de la résistance et de l’état des choses. — L'homme, simplement moral, s’il assistait aux commencements de l'habitation d’une planète quelconque, frémirait de dégoût et d'horreur, et dans son ignorance, à cette vue, il implorerait la Justice Éternelle pour faire cesser cet état de choses épouvantable, où l’extermination de l’homme par l'homme a lieu incessamment avec des rafinements desauvagerieincroyables. En élevant les yeux, cet être moral apercevrait alors des anges resplendissants qui, au lieu de frémir d'horreur sur ce tableau, lui adresseraient des sourires encourageants. — Voir n'est pas toujours comprendre.

L'homme adore ses premières œuvres, comme l'en fant s'extasie sur ses premiers dessins ou tout autre travail de ses mains. L'homme à l'état rudimentaire croit à tout ce quil voit et prête à toutes choses dont

ses sens ne peuvent se rendre compte des vertus extraordinaires. Les astres deviennent pour lui des divinités : les éléments des furies qu'il combat et qu’il cherche à apaiser par des sacrifices de toutes sortes ; ses semblables qui se distinguent en quelque manière deviennent des génies bons ou mauvais qui exercent un contrôle immédiat et arbitraire. Voila ce qui distingue l’homme durant les premiers âges terrestres. Le déchaînement des passions arrive dans tous les âges lorsque degrandesrévolutions viennent changer l'ordre des choses; le règne des êtres physiques a alors lieu.

Voulez-vous faire disparaître les idoles, les autels rougis de sang, les sacrifices qui outragent vos sens et votre raison, les préjugés et le fanatisme de vos frères qui vivent presqu’ à l’état de bestialité, enseignez-leur d’abord les premiers éléments de la science de la vie active, qui sont d’un ordre physique; rendez leur position matérielle moins précaire, ardue et difficile. Lorsque le bien-être matériel se fait sentir, l’homme, dans toutes les conditions, devient prêt à embrasser la morale et à suivre ses leçons. Ce genre de sacerdoce est celui qui réussira toujours le mieux auprés des malheureux qu'on veut relever. Le ministère de l'amour sacre celui qui est charitable ; l’ordination véritable consiste dans les actes, et le vœu n'est réellement utile que lorsqu'il se manifeste au profit d'autrui.

Pour abolir le règne de l’idolâtrie chez les nations barbares, il faut d'abord purger ses propres temples, ceux de pierre etceux de chair, de tout ce qui peut faire un pendant à ce que l'on veut abolir ailleurs. Comment voulez-vous faire croire aux peuples sauvages qu’ils ne doivent reconnaître et n’adorer qu'un seul Dieu si vous en reconnaissez et en adorez plusieurs vousmême? L'homme à l'état rudimentaire, comme l'en-

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fant, asouvent unelogiquequiest de nature à surprendre. celui qui veut l’enseigner. La vérité à l’état physique est hardie et vive et ne veut souvent reconnaître sa sœur — la vérité morale — que lorsque celle-ci est réellement aimante et éclairée. Voilà ce qui pourrait en grande partie expliquer le peu de conversion que la vérité morale a effectuée chez les nations qui ne reconnaissent pas encore la vérité au delà de ses premières phases.

La Mère Chrétienne (ou l'Église) a tenu des Conciles où la voix des pasteurs seule s’est fait entendre. Il incombe aujourd’hui aux fidéles d’avoir leur tour. Ce sont les fidèles qui forment l’Église, qui en sont la base, le centre et le couronnement. La grande et glorieuse République chrétienne impose à chacun de ses membres le devoir de prendre une part délibérante à la chose commune. Le suffrage universel est la conséquence naturelle de toute république. Les représentants qui fonctionnent à vie deviennent virtuellement des dictateurs et donnent à toute espèce de république une nature monarchique qui devient une anarchie.

Il est aujourd'hui plus que jamais du devoir de ceux qui sont dans l'Église Mère et de ceux qui en sont séparés en partie ou tout à fait, soit par suite des Réformes ou par le fait de l'incrédulité, — de revendiquer leurs droits, de rétablir les bases communes qui ont été violées par la Hiérarchie.

Le mot Église a depuis longtemps un sens tellement perverti et faux, même parmi les gens soi-disant éclairés, qu’il est rendu méconnaissable et incompris. Ce mot comporte pour le grand nombre — l'Autorité ! — l'autorité absolue, contre laquelle ni l’homme ni Dieu même ne sauraient intervenir. Aussi le mot Église estil vu et entendu avec répugnance,avec horreur,par ceux

qui aiment et qui connaissent la valeur de la liberté.

Le mot Chrétien aussi a acquis une triste célébrité, et beaucoup d'hommes abhorrent ce nom, car il exprime pour eux toute autre chose que ce qu'il comprend et signifie réellement. Ce nom a été tellement un manteau pour couvrir des horreurs, qu'il cause parfois de l'effroi et du dégoût. Ce ne sont pas les fidèles qui ont outragé ce nom. Non! mais bien ceux qui devaient le sauvegarder de toute impureté, de toute souillure. Si la République Spirituelle n’eût eu que des représentants mobiles, élus à court mandat par les représentés, les annales chrétiennes ne seraient pas tellement rougies de sang.

La République Spirituelle, dont Jésus de Nazareth fut l'initiateur par excellence, embrassait tous les hommes avec les bras de l'amour, et repoussait les hiérarchies permanentes qui l'auraient souillée et corrompue, — comme celaestarrivé depuis. Le Christ ne fit pas la guerre à l'ancien ordre de choses pour le rétablir sur les bases nouvelles qu’il fonda. Il ne fouetta pas la hiérarchie de sa parole éloquente et sévère parfois pour la faire revivre dans la personne de ses apôtres ou de ceux qui se feraient leurs successeurs. L'enfant du peuple n'aspirait pas aux honneurs puérils de la royauté, dans aucun sens, et ne conseilla pas à ses frères, de tous les âges, de retomber dans le culte du veau d’or. Ilenseigna la charité, l'amour et la tolérance comme seuls dogmes, et le mépris des honneurs, des immunités et des privilèges,

Les classes privilégiées ont été de tous temps les ennemis les plus acharnés, les plus dangereux du peuple, soit dans le sens matériel, soit dans le sens spirituel. Dans le sens spirituel, ce danger est encore plus imminent que dans l’autre sens. Obscurcir l'horizon poli-

tique ou économique n'égale pas en funestes effets l'obscurcissement de l'horizon spirituel. Une famille royale s'éteint bientôt, mais une royauté cléricale ne s'éteint que très difficilement, tellement elle s'enracine profondément dansle corps social. Une eau souvent renouvelée communique la santé au corps. Une foi souvent renouvelée se purifie et s'élève, et les administrateurs souvent renouvelés conservent un caractère digne, qu'ils perdent infailliblement dans la condition contraire.

La République Spirituelle ne pose pas les administrés ou les fidèles dans une condition de dépendance servile. L'administrateur, individuel ou collectif, n'est en réalité, qu'un porte-voix des pensées de la majorité des représentés, et ne vaut jamais ceux qu'il représente.

La République Spirituelle ou chrétienne a-t-elle conservé son caractère primitif? Ses représentants ont-ils été humbles et soumis aux règles du principe qui a présidé à la formation de la grande et glorieuse Répus blique ?.. Non! La représentation a été une chose forcée où les fidèles, les peuples, n’ont pas eu de voix, mais où l'ambition, l'amour du pouvoir et de semblables mobiles condamnables seuls ont parlé et agi.

Il est aujourd'hui grandement temps que ceux qui aiment le gouvernement représentatif dans sa véritable essence s'efforcent et se fassent un devoir sacré de le rétablir sur ses bases normales. La société n'a pas seulement besoin de Conférences politiques. Il est encore plus urgent pour elle en ce moment que des Conférences d’un ordre spirituel aient lieu, et que ces conférences d'un ordre spirituel aient des bases larges et solides, représentant librement toutes les opinions, les désirs et les besoins de tous les peuples indistinctement. Les conférences sectaires n’apporteraient que des remèdes adultérés et vicieux et ne guériraient pas les

plaies vives et sanglantes de la société. Le seul programme convenable pour de telles conférences devrait être : l'amour de la vérité et de la bonne entente. Avec de telles conditions, l'Esprit Saint, ou l'Inteiligence, descendrait sur de telles conférences et les illuminerait au profit de tous les hommes.

On pourra supposer que des conférences, d'un ordre spirituel et libre, n'auraient aucun effet sur les destinées futures et qu'elles ne seraient propres qu'à engendrer des discordes encore plus grandes que celles qui existent déjà ; mais de telles suppositions seraient fausses. On ne travaille pas dans la voie du bien sans obtenir des résultats. La sagesse des nations ne s'exerce pas seulement dans le domaine politique et scientifique ; les questions religieuses absorbent aussi l'attention et l’é- tude des masses aussi bien que de ceux qui en font un métier. L'habit ne fait pas l’apôtre. Cela est certain. Pourquoi donc ne voir d’apôtres qu’en ceux qui portent une robe ou un habit différent de celui du commundes mortels ? Pourquoi prêter à leurs possesseurs une puissance en dehors de leur ministère et leur supposer des qualités qu'ils sont loin de revendiquer généralement? Les directeurs des consciences connaissent moins les consciences que leurs possesseurs et ne peuvent s’assurer de leurs règles particulières aussi bien que ceux qui en subissent le poids et qui en entendent le souffle intérieur. Les médecins spirituels n’opérent pas autant de guérisons qu'ils le supposent; par leur organisation et leur esprit de corps, ils arrivent à exercer une forte puissance sur la société dans le sens politique, et se servent souvent de cette influence, de cette puissance, d’une manière condamnable, au détriment du bien général. Ils ne sont jamais au niveau du progrès et des nécessités des siècles. — Les représentants spirituels

nat =

devraient nécessairement être des hommes pratiques et d'action, et susceptibles de voir dans l'avenir autre chose que la désolation pour le grand nombre de ceux qu'ils représentent. Ceux qui redoutent l'avenir ne sauraient y guider sûrément les autres.

Quelques entraves que les hiérarchies puissent inventer et mettre au-devant des mesures et des événements prochains, cela n'empêchera pas l'émancipation de ceux qu'ils tiennent en servitude. Des conférences indépendantes auront lieu, où seront débattus les mystères de la pensée et les miraculeux pouvoirs de tous les hommes. Le règne de l'absolutisme fuira au devant des lumières nouvelles que feront naître ces Conférences — ces immenses Conciles des peuples — où les privilèges seront inconnus et foulés aux pieds.

Quatorze siècles passés ont été trés activement employés pour construire et étayer un échafaudage spirituel qui n’en a que le nom; mais cet échafaudage croulera dans un temps prochain.

En consultant les révélations anciennes, on trouvera des prédictions qui ont trait à cette époque, aux événements grandioses qui ne tarderont guère à avoir lieu. Les réactions, qui ont pour point de mire une immense étendue de difficultés, ont tout naturellement une immense puissance pour agir.

Au commencement de cette ère, les docteurs spirituels (malgré tout leur savoir) ne surent pas se plier aux circonstances, au nouvel ordre de choses, à ses sages leçons, mais ils combattirent contre la destinée qui inaugurait visiblement ses décrets, et ils crurent la vaincre en faisant immoler celui qui en était le plus actif, le plus dévoué et le plus éclairé. La hiérarchie, savante et puissante, se fit délatrice et tacha ses autels du sang

it —

d’une grande victime. Peine inutile! Le nouvel ordre de choses prit une plus forte extension et se nourrit des difficultés et des persécutions. — La hiérarchie du jour saura-t-elle profiter de cette leçon, de cet enseignement, et suivre une marche opposée à celle de cette première ? Saura-t-elle mettre ses intérêts de côté et prendre ceux du peuple? Saura-t-elle se faire humble et confiante dans la Providence et accepter de bonne grâce la part qu'elle veut lui allouer dans les destinées futures ? Saura-t-elle voir, dans les signes du temps, une inexorable volonté et la réalisation des choses prédites ?.. Non! Les émules par excellence du conservatisme ne verront, n’entendront et n'agiront guère mieux que leurs prédécesseurs judaïques.

Les événements spirites du jour sont les avant-coureurs de la régénération de la République Spirituelle ou du christianisme. Les hiérarchies ne comprennent pas la signification de ces événements et s’obstinent à voir des faits démoniaques, des enseignements mensongers, dans les manifestations et les doctrines que ces événements provoquent. Ils ont des yeux et ne voient pas ; ils ont des oreilles et n’entendent pas. Ils ferment leurs yeux et bouchent leurs oreilles, afin de ne pas voir et de ne pas entendre. Peines inutiles! les événements marchent et le statu quo se dérange et inquiète, quoi qu’on en dise, ceux qui le maintiennent.

Le peuple aime les miracles, car ils lui enseignen qu'il peut aussi en faire. Le peuple aime les doctrine simples et sait les comprendre malgré les faux ensei gnements dont on le nourrit aux sources officielles. L peuple croit en Dieu, en sa paternité réelle et non e sa paternité nominale; il äime son père comme un en fant, avec foi, avec tout l'attachement et l'expansio

possibles, et se croit aimé de mème de Dieu. On a effrayé le peuple avec des fantômes; les /antômes sont ses amis et le prouvent aujourd'hui en l'instruisant.

L'abord d'un précipice est souvent difficile lorsque les sens seuls sont éveillés à son aspect. Le danger inspire la crainte et émeut profondément l’homme lorsque le savoir et l'expérience ne viennent pas à son secours pour le soutenir et l'encourager. L'ignorance est le plus grand précipice que l'homme puisse rencontrer, et, s'il ne cherche pas constamment à l'éviter par la volonté, le travail et la persévérance, il arrivera pour lui un moment où il se croira perdu, malgré la vue du ciel bleu, des fleurs épanouies et des magnificences de la nature qui sourient au Créateur et aux créatures.

Je vois, hélas, partout des voiles recouvrant toutes choses. L'homme sur la terre ne se fait aucun scrupule d'écarter celui qui cache la science et de puiser à pleines mains dans ce trésor tout matériel, à vrai dire. Voyez l'énergie, la persévérance employées pour acquérir des notions élémentaires sur la vie humaine. Je contemple avec étonnement quelquefois l’avidité du savoir matériel de l’homme, lorsque ma vue se porte sur les trésors autrement précieux qu’on néglige encore de connaître et d'apprécier.

La science est électrique et refroidit l'intelligence de l'homme. L’œil du savant ne voit que les os ou la structure grossière des choses; pour lui il n'existe pas de prisme éclatant, de couleurs brillantes, de nuances qui s'aiment et s'enchaînent étroitement dans un embrassement indissoluble. La poésie des choses, qui forme

leur véritable vie, n'existe pas pour la science et pour celui qui s’en inspire. On chercherait vainement dans les traités académiques les hautes conceptions de la pensée, le vol élevé qui fait voir et connaître la nature intime et indestructible des choses.

La science traite avec les os. Quoique vrai, cet aphorisme peut sembler dur. Si un des apôtres de la morale amoindrit ainsi le rôle circonscrit de la science, il est prêt à admettre que la morale, malgré la supériorité qui la distingue de la science, n’est auprès des choses universelles que la partie charnelle.

Le scientifique et le moraliste sont deux êtres de la famille humaine préposés à deux missions différentes. Le premier est le pionnier auprès de la nature matérielle et des idées qui servent à la développer; le second remplit un rôle plus élevé et dispose d'un cercle plus étendu d'idées; mais ni l’un ni l’autre, ni les deux réunis, ne sauraient prétendre au plus haut emploi auprès de la création et se croire investis de la suprématie de la pensée ou de la vérité qui dirige en dernier ressort. |

Le scientifique est aux choses matérielles ce que le moralisté est aux choses spirituelles. La pensée pour le premier est à l’état concret ; pour le second elle est à l'état fluidique. La nature entière se transforme pour ces deux êtres dans ces deux états, et toute cette manifestation différente n’est après tout que l'expression de leurs deux états individuels, le prolongement extérieur de leurs pensées différentes.

Le penseur superficiel sourira à cette définition; le matérialiste la trouvera vague, et le spiritualiste incomplet la trouvera trop matérialiste.

L'homme, le plus grand et le plus parfait des êtres après Dieu, n’est pas toujours nécessairement empri-

sonné dans les organismes, plus ou moins différents dans leurs formes, dont il se sert pour agir, soit auprès de la nature matérielle ou de la nature spirituelle, et il ne se trouve pas toujours en contact immédiat avec la manifestation de sa pensée.

La science enseigne que l'organisme c'est l’homme. On ne saurait plus matérialiser cette pensée que par cet axiome. On reconnaît par là que la science ne joue qu'un rôle rudimentaire et qu’elle circonscrit bien étroitement les capacités de l'être humain, elle ne s'arroge que le visible dans ses conditions présentes et elle proscrit présentement ce qu’elle est forcée d'admettre plus tard : l’invisible ou le spirituel.

La science spiritualise et divinise, on pourrait dire, la matière dans sa plus haute expression, en faisant de l'organisme humain le plus haut idéal, la cause principale de tout développement; si son cercle d'observation et d'étude ne s’étend pas au-delà du visible, c'est que sa mission se borne à ce rôle; on aurait tort delui vouloir des ailes quand la sagesse divine lui assigne une mission plantureuse sur la terre et dans le visible.

La science proscrit l’invisible ou le spirituel lorsqu'il s'annonce et qu'il se rend visible à sa sœur cadette, la morale; mais elle régularise et méthodise plus tard ce que cette dernière rassemble; elle le fait, il est vrai, aveclenteur, avec beaucoup de circonspection et d'après des règles qui lui paraissent justes et irréfutables : en cela elle remplit tout simplement sa mission et son devoir.

La morale, embrassant l'étude du spirituel, a un immense champ d'observation ; ses adeptes, par la clairvoyance, s’élancent à perte de vue dans les régions de la mentalité, lorsqu'ils ne s’attachent pas au matérialisme de la terre, lorsqu'ils se dévouent pure

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ment et simplement à leur mission. La morale, néanmoins, est circonscrite aussi comme la science dans un cercle donné, au-delà duquel elle ne saurait aller sans s'embrouiller et se perdre. Au-delà du spirituel se trouve le divin ou l’éther. Ceux qui occupent ce règne de la pensée chérissent la philosophie au moyen de laquelle ils pénètrent partout. La philosophie ou l’état divin de la pensée humaine se résume dans des notions simples et claires que la science sait quelquefois admettre, mais que la morale répudie souvent même aprés examen.

L’antagonisme est une condition naturelle nécessaire à l'organisation et au développement de la matière. L'homme qui part du séjour divin pour remplir la mission ordinaire, se trouve nécessairement en antagonisme avec ses semblables qui sont dans d’autres états que celui qu'il occupe. Les trois états distinctifs de la vie humaine ont certainement l'effet de rendre la manifestation de la pensée de l'homme différente dans chacun de ces états et de donner à son organisme une manifestation différente aussi, mais le mot reste bien longtemps, sinon toujours, inaltérable partout et en tous lieux.

La chute de l’homme a perdu son caractère noir et repoussant, son entourage de théories rudimentaires et grossiéres qui fatiguaicnt l'intelligence et faisaient souffrir le cœur. Le développement matériel amené sur cette planète permet aujourd'hui à une partie de ses habitants de recevoir des révélations plus avancées et d'envisager la chute d'une toute autre manière.

La démonstration théorique de cette révélation faite en ce moment par ne simple assertion, ne saurait satisfaire ceux qui croient plus au tangible qu’à l’inspiration de leurs pensées, ni même ceux qui admettent

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