L'HOBIME DANS LES TERRAINS DILUVIENS
de grandes inondations, et longtemps, indépendamnnent des plnies, ils durent fournir une source abondante aux cours d*eau.
On doit donc se représenter la Somme avec un volume d'eau beaucoup plus considérable que de nos jours et comme ayant été recouverte de glace en hiver, ce que confirment, dans une vallée où il n'y a pas de terrains erratiques, des blocs anguleux enlevés aux graviers tertiaires de la Picardie et déposés dans le diluvium de la Somme sans avoir été roulés. Des transports de ce genre ne sauraient guère s'expliquer que par le concours de la glace qui a dû envelopper ces blocs ou leur servir de radeau, comme on le voit de nos jours sur les fleuves du nord de l'Asie.
Quant à la disparition des grands mammifères dont on ne retrouve pas de traces dans la tourbe de la vallée, bien qu'on les rencontre nombreux dans les graviers, rien n'autorise à admettre que leur extinction ait été soudaine et simultanée. L'observation générale tend plutôt à montrer qu'ils se sont éteints successivement, sous l'action d'influences diverses. Telle espèce, abondante dans certains terrains, devient de plus en plus rare dans les terrains postérieurs, et semble céder la place à une autre qui disparaît à son tour. A l'époque où l'homme n'était armé que de silex, on ne doit pas lui attribuer une plus grande part dans la destruction de ces animaux qu'on ne peut le faire aux sauvages actuels dans les contrées où ils coexistent encore avec les grands carnassiers. Il faut donc conclure qu'il a dû s'écouler un temps assez considérable entre l'époque des bas graviers et celle de la formation tourbière des bords de la Somme ; tout comme il est évident que le
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creusement de la vallée, la puissance de ces dépôts diluviens, et le grand nombre d'instruments qu'ils renferment à divers niveaux supposent de même une longue durée de temps.
Il nous reste à étudier plus soigneusement les débris de l'industrie humaine enfouis dans le diluvium, et à voir s'ils sont réellement contemporains de la faune avec les restes de laquelle ils se retrouvent.
Il serait oiseux d'examiner en détail la question, soulevée sans doute en désespoir de cause, de savoir si les haches et autres instruments en pierre ne pourraient pas avoir été façonnés par des accidents naturels ou par des faussaires. Que tel éclat de silex laisse quelque doute sur la cause qui a déterminé sa forme, ou que telle autre pièce ait été imitée par un ouvrier peu scrupuleux, il n'en reste pas moins certain que des milliers de silex, taillés anciennement par la main de l'homme, ont été enfouis avec de nombreux ossements fossiles, et que plusieurs ont été vus en place par d'excellents observateurs qui avaient tout intérêt à ne pas se laisser tromper. Pour peu qu'on soit familiarisé avec ce genre d'antiquités et avec les procédés qu'exigent la taille et la retouche des silex, on ne peut avoir de doute sur leur authenticité, quand on a vu quelques-uns de ces objets ou, mieux encore, la riche collection de M. Boucher de Pertbes.
M. John Evans divise ces instruments en trois catégories, auxquelles peuvent se rattacher de nombreuses variétés. D'abord les lamelles et les éclats de silex, vraisemblablement utilisés comme couteaux et comme têtes de flèches. En second lieu, les pièces pointues dont quelques-unes sont probablement des ].êtes de lance.
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La pointe est parfois très affilée; d'autres fois, arrondie et tranchante , elle peut avoir servi de ciseau ; l'autre extrémité est souvent tronquée, arquée ou massive, la pointe seule étant destinée à trancher et à percer; leur longueur varie de 40 à 20 centimètres. Les instruments de la troisième catégorie ont un tranchant sur tout leur pourtour. Ils sont en général de forme ovale avec un bout plus arrondi que l'autre, qui parfois se termine en pointe aiguë; ils sont convexes sur les deux faces, plusieurs ressemblent à une amande. Cette forme de hache diffère beaucoup de celle que l'on observe à la fin de l'âge de la pierre, et qu'on peut en quelque sorte envisager comme le prototype de la hache moderne. Leur longueur moyenne est de 10 à 13 centimètres, et il est à remarquer que malgré leur aspect primitif, ces outils s'adaptent très bien à la main. Les formes ovales et en fer de lance caractérisent les instruments du diluvium, ainsi que la taille du silex laissée brute, c'est-à-dire que la surface de ces armes ou outils n'a jamais été polie de manière à en faire disparaître les aspérités, et la meule ne servait pas non plus à rafraîchir le tranchant. 11 est évident que la même pièce a souvent été utilisée à des usages très divers, soit pour la taille du bois, soit pour la chasse, soit pour la défense.
On a recherché si tel de ces types n'était pas encore employé de nos jours à certains buts spéciaux par les tribus septentrionales réduites aux mêmes conditions d'existence. Dans l'Amérique du Nord ^ les Ghippaways et les Esquimaux ont pour tout instrument une
* Prestwich, pag. 13. — Lyell, Ancienneté, pag. 145.
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hache, un ciseau à glace, une lime et des couteaux de pierre ou de métal. En hiver, quand les animaux de chasse sont rares, ils se livrent à la pêche dans les rivières et ont pour usage habituel de faire, avec des ciseaux, des trous dans la glace, par lesquels ils jettent leurs filets. Souvent aussi ils dressent leurs tentes autour de ces trous, ce qui nous rappelle les ouvertures du même genre que pratiquaient les habitants du lac Prasias, à l'intérieur de leurs demeures.
Si Ton se rappelle les conditions climatériques de l'époque des hauts graviers, il est à remarquer que les instruments de la deuxième catégorie, qu'on retrouve, entr'autres, à Saint-Acheul, appartiennent surtout à des points où des affluents se jetaient dans la Somme, et où la pêche devait être plus particulièrement abondante. Le froid étant moins excessif à l'époque des bas graviers, ce moyen de subsistance avait sans doute moins d'importance, et c'est peut-être la raison pour laquelle les instruments envisagés comme ciseaux à glace y sont moins nombreux. Sans accorder trop de valeur à cette conjecture, elle mérite cependant d'être mentionnée. Il est à peine nécessaire d'ajouter que ceux qui travaillent au-dessus des eaux y jettent tous les débris inutiles et y perdent fréquemment leurs outils, qu'il n'est pas toujours facile de ressaisir, ce que démontrent suffisamment les emplacements lacustres de la Suisse.
Plusieurs se demandent sans doute comment il arrive qu'au milieu de tous ces restes, il ne soit pas fait mention d'ossements humains. C'est en effet le moment d'en parler; mais je tiens à dire auparavant que si l'on n'avait recueiUi aucune pièce de ce genre, l'évidence
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qui ressort des observations précédentes n'en serait nullement ébranlée. Dans tous les temps, l'homme a pris un certain soin des restes mortels de ses semblables. Quelque barbares qu'aient été les usages de certaines tribus, je ne sache pas que jamais le corps du défunt ait été volontairement abandonné sur le lieu où il avait cessé de vivre. On remarque, au contraire, chez la plupart des peuples, une grande sollicitude pour mettre ces restes inanimés à l'abri de toute profanation. Voilà pourquoi les os humains sont si rares sur les emplacements lacustres et en général dans les ruines. J'ai fouillé un grand nombre de points où subsistent des fondations romaines, et l'on sait dans quelles circonstances ces édifices ont été détruits. J'y ai retrouvé maint objet d'art ou d'industrie, beaucoup d'os d'animaux et jamais un seul os humain. Ces constructions n'en sont pas moins l'œuvre de l'homme, et partout où subsistent les traces de son travail, son existence est évidente. Quand Robinson, dans son île déserte, vit sur le sable une empreinte de pied humain qui ne pouvait point provenir de ses propres pas, il n'hésita pas à conclure qu'un homme était débarqué sur son ilë, et il ne se trompait pas.
Ce fut en 4863 * seulement, c'est-à-dire après plus de vingt ans de recherches, que M. Boucher de Perthes exhuma, des hauts graviers de Moulin-Quignon, la partie inférieure d'une mâchoire humaine qui gisait à 4 mètres 50 au-dessous du sol, et à 30 mètres audessus de la Somme. La couche dans laquelle elle se trouvait contient des restes de mammouth, et les dé-
' Lyell, Ancienneté j pag. 151.
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pots stratifiés qui viennent au-dessus renferment aussi des fossiles et des haches en silex. Cette découverte n'était au fond que la conséquence naturelle de celles qui l'avaient précédée, mais elle n'en produisit pas moins une véritable émotion. Ne pouvant contester l'authenticité de cette mâchoire, on supposa qu'elle avait été mise après coup dans le diluvium, ainsi que la hache recueillie à côté d'elle, à la distance de quelques centimètres. M. Boucher de Perthes, qui par sa longue expérience connaît parfaitement les conditions d'authenticité de ces gisements, avait cependant luimême, en présence de plusieurs témoins, extrait du sol cette mâchoire qui était colorée en noir comme le terrain environnant. Tout étant pour ainsi dire remis en question, un jury composé de savants anglais et français*, représentant les opinions contraires, étudia tout à nouveau les bancs diluviens de Moulin-Quignon, les objets d'industrie qui en provenaient et la fameuse pièce en litige. Après bien des discussions, le jury finit par être unanime pour reconnaître que « la mâchoire en question n'avait pas été introduite frauduleusement dans la carrière de Moulin-Quignon. » Dès lors le savant antiquaire d'Abbeville a retrouvé dans la même carrière un crâne humain, une portion d'occipital, une de temporal, des dents d'enfants et d'adultes, une clavicule, des fragments d'os des membres, dont quelquesuns avec leur extrémité articulaire, des portions de vertèbres, de sacrum, un os -de métatarse, etc. Tous ces ossements humains furent examinés par M. de Qua-
* MM. Milue Edwards, Falconer, Carpenter, Busck, Preslwich, Lartet, Desnoyers, Qualrefages, Delesse, Daubrée, abbé Bourgeois, Hébert, Gaudry, Alph. Milne-Edwards, Delanoue et Garrigou.
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trefages, qui en fit l'objet d'un compte-rendu à l'Académie des sciences le 48 juillet 4864. Des découvertes pareilles ont été faites sur d'autres points de la vallée. Ce i\e sont pas les restes de victimes surprises et enfouies sur place; plusieurs os portent des traces d'usure, indiquant qu'ils ont été roulés par les eaux, et tous sont envisagés comme antérieurs à la formation des couches qui les recouvrent. Ce dernier trait suffit à notre but. Que les êtres humains dont on retrouve les restes aient perdu la vie dans les flots, que leurs squelettes aient été repris à leur premier dépôt, dispersés, brisés et roulés, que de violentes inondations aient enlevé ces os de leurs tombes en entraînant le sol dans lequel elles avaient été creusées, l'homme n'en est pas moins contemporain du diluvium , et plus ancien qu'une partie des hauts graviers de Moulin-Quignon. Il est assurément peu de terrains dont l'étude ait soulevé plus d'opinions contradictoires que ceux des bords de l'a Somme. Bien des savants, en se rendant sur les lieux, ont loyalement passé de l'opposition à la défense ; ceux qui ne sont pas encore convaincus ont-ils examiné avec le même soin?... je l'ignore. Dans tous les cas, si je ne me suis point pressé d'affirmer la coexistence de l'homme et du mammouth, je dois déclarer que pour ma part cette question me parait définitivement résolue. Il se pourrait cependant qu'il restât quelque doute dans l'esprit de tel lecteur qui se demanderait peut-être si les os fossiles mêlés à l'industrie et aux os humains ne pourraient pas avoir été pris à des terrains d'époques dift'érentes et déposés pêle-mêle dans des alluvions, fort anciennes sans doute, mais postérieures à l'existence du mammouth et de ses congénères*
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Cette objection est d'autant plus naturelle qu'il esl bien rare de retrouver les os du même animal réunis» mais il importe de se rappeler que les alhivions qui nous occupent sont composées du limon sans fossiles, des sables et graviers tertiaires de la Picardie, antérieurs à la faune quaternaire, enfin de fragments de la craie blanche appartenant à la période secondaire. Les mammifères des alluvions étant postérieurs à ces terrains, il faut bien admettre que leurs os ont été roulés comme les os humains mentionnés plus haut, soit que ces animaux aient péri dans les flots, ou sur les rives de la Somme. Combien d'os brisé? et de squelettes décharnés les carn<issiers ne laissèrent-ils pas sur le sol, combien de fois, avant que les agents atmosphériques eussent détruit ces restes, les eaux ne vinrent-eltes pas à la suite des inondations les prendre et les rouler, jusqu'à ce qu'ils se trouvassent enveloppés dans les dépôts qui les recouvrent! Cette action se reproduisant du sommet à la base de la vallée et mélangeant à tous les étages, pendant une longue série d'années, les débris de l'industrie humaine à ceux de la faune quaternaire, je ne puis comprendre comment ils n'appartiendraient pas les uns et les autres à une même époque.
Enfin, je rappellerai que le rhinocéros vivait encore en Picardie lors des dépôts du bas gravier de Menchecourt. Il ne s'agit plus ici de quelques pièces isolées, mais d'un membre entier de ce pachyderme, dont les os réunis dans leur position respective n'avaient pu rester assemblés qu'en tant qu'ils étaient encore, sinon recouverts de chair, du moins reliés par leurs ligaments, ce qui ne permet pas de supposer que l'animal
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auquel ils appartenaient eût péri bien longtemps auparavant. L'évidence devient bien plus complète quand on se souvient que c'est encore à Menchecourl qu'on découvrit un squelette entier de rhinocéros, et cela dans des alluvions riches en instruments de silex, qui ne sauraient assurément être plus récents que ce pachyderme. Qu'un animal vienne à périr dans les eaux, que son corps soit déposé dans une alluvion contenant des débris d'industrie, ceux-ci pourront être sensiblement plus anciens que cet animal, mais dans tous les cas pas plus modernes.
Pour que des pièces d'un âge réellement postérieur se retrouvassent dans le même terrain, à la même profondeur, il faudrait nécessairement que ces alluvions eussent été remaniées après la production de ces pièces, et dans ce cas les os du squelette ne seraient plus en place. Gomment ne pas admettre que les hommes qui ont taillé les silex retrouvés à la base des graviers de Menchecourt, fussent tout au moins contemporains du rhinocéros et, partant, des autres animaux avec lesquels il coexistait? Comment admettre, après le creusement de la vallée, et après l'extinction de ces grands mammifères, une nouvelle action des eaux,stratifiant à nouveau les hauts graviers de Saint-Acheul et de Moulin- Quignon, pour y mélanger aux fossiles les objets d'industrie humaine? Quant à la possibilité de l'introduction de silex taillés à la suite d'un remaniement partiel des couches par la main de l'homme, il serait superflu de nous y arrêter.
Tout cet ensemble d'observations établit donc l'existence de l'homme à l'époque de la faune du quaternaire ancien, représentée par la vallée de la Somme.
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Les dépôts diluviens que nous venons d'étudier sur les bords de la Somme se retrouvent dans beaucoup d'autres vallées, avec les hauts et les bas graviers contenant les mêmes fossiles, et venant directement des contrées parcourues par les cours d'eau principaux et par leurs affluents. Bien que le creusement des vallées paraisse répondre, en général, à la même époque, il a dû cependant varier dans sa durée suivant l'abondance des eaux , la dureté du terrain ou les conditions sous lesquelles il s'est opéré. C'est ainsi que M. Garrigou * a constaté dans quelques parties du midi de la France, trois faunes distinctes, ou tout au moins trois moments divers de la même faune, variant d'après la hauteur des cavernes au-dessus du lit des rivières. Les grottes les plus élevées, dominant de 200 à 250 mètres les cours d'eau, renferment des os d'Ursus spelœus et de mammouth, tandis que ces espèces ne se retrouvent plus dans les cavernes inférieures où existait encore le renne. Sur les flancs des escarpements qui longent les rivières sont des lambeaux de terrasses superposées, formées de cailloux roulés, de sables et de limons qui montrent l'action successive du creusement du sol. On voit en outre que les grottes inférieures, malgré la présence du renne, n'ont été mises à découvert qu'après la disparition du grand ours et du mammouth, dont les os ne se retrouvent que dans les cavernes supérieures et dans les hauts graviers. En tenant compte de la durée plus ou moins longue pendant laquelle a
' Morlillet, Matériaux pour r histoire de Vhomme, 2« année, pag.
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eu lieu le creusement des vallées, ces érosions n'en remontent pas moins à une même époque caractérisée par une même faune.
On pouvait s'attendre à recueillir des restes de Tindustrie humaine dans les dépôts diluviens pareils à ceux des bords de la Somme. C'est ce qui eut lieu, en 4860, dans les faubourgs de Paris, à l'avenue de la Motte- Piguet, où M, H.-J. Gosse, de^îenève, découvrit quelques silex taillés, du type d'Amiens, avec beaucoup d'autres instruments plus grossiers, dans le diluvium inférieur de la Seine, déjà connu par les os d'éléphant qu'il renferme. Il ne tarda pas à faire une découverte du même genre près du puits de Grenelle, et M. Lartet recueillit dans le même gravier, à Clichy, un silex bien façonné, pareil à ceux d'Amiens, accompagné de restes à'Elephas primigenius et à'Elephas antiqtms.
Ces deux espèces d'éléphant se retrouvent à Chauny, dans les alluvions anciennes de l'Oise, avec l'hippopotame, le renne, le cheval et le buffle musqué. D'après M. Lyell *, ce sont les mêmes alluvions qu'on voit à Précy, près de Creil sur l'Oise, où M. Peigné-Delacourt a découvert une hachette en silex du type ancien d'Abbeville. Dans le diluvium de Vendôme * sont des silex taillés comme ceux de la Somme.
Sans reproduire toutes les découvertes du même genre faites ces dernières années dans les anciens graviers de la France, j'ajouterai seulement que M. de la Rochebrune a retiré du diluvium des départements du midi de nombreux instruments en silex avec le mam-
^ Lyell, Ancienneté, pag. 159.
* Morlillet, Matériaux, 2» année^ pag.
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mouth,et même avec VElephas antiquus jet qu'au pied nord des Pyrénées, des débris d'industrie accompagnent les mêmes fossiles.
L'Espagne présente aussi des traces de la haute antiquité de l'homme dans le midi de l'Europe. On retrouve à San-Isidro, près de Madrid, sous des couches stratifiées, d'une puissance de plus de huit mètres, des os de rhinocéros et même des squelettes d'éléphant, au-dessous desquels sont des silex taillés à grands éclats, comme ceux de la Somme. D'après M. Lartet, cet éléphant n'appartiendrait pas à une espèce éteinte, mais à celle qui vit encore dans l'Afrique centrale. — Des dépôts quaternaires du Portugal renferment, diton, quelques débris humains, mais ces renseignements ont besoin d'être complétés de même que ceux qui se rapportent aux terrains diluviens de l'Italie, sur laquelle nous aurons à revenir à propos des grottes. Avant de passer aux rives du Rhin, disons que M. Pouzi a retrouvé dans les travertins des environs de Tivoli, deux dents humaines avec des os fossiles d'hjènes, de chiens, de chats, de cochons, de bœufs, de cerfs et de chevaux. Ces travertins n'étant point des terrains de transport, ne contiennent pas, comme ces derniers, les débris remaniés de faunes antérieures. Ils ont été formés tranquillement dans les eaux douces et résultent d'actions continues, qui se sont prolongées jusqu'à nos jours. Au moment où j'écris ces lignes, je reçois une lettre de M. le professeur Pigorini, dans laquelle il m'annonce qu'il vient de trouver,- près de Rome, des silex taillés, avec des ossements de grands
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mammifères, dans des alluvions quaternaires anciennes, non remaniées.
En 4823, M. Ami Boue*, retira de ses propres mains plusieurs os d'un squelette humain, qui étaient pris dans le loess non remanié. Ce loess est une boue impalpable qui a été déposée dans la plaine du Rhin jusqu'à une épaisseur de 67 mètres, et qui provient de l'action triturante des grands et anciens glaciers de la Suisse, à une époque où l'éléphant {E, primigenius) et le rhinocéros {R. tichorhinus) étaient nombreux en Europe, Dès lors cette boue s'est durcie comme de l'argile, et on la retrouve dans les vallées latérales à celle du Rhin, ainsi, près de la ville de Lahr. Le torrent qui parcourt cette dernière vallée s'est creusé, après l'action glaciaire, un lit assez profond à travers le loess qu'il a dénudé en partie sous la forme de gradins ou terrasses successives. C'est de l'une de ces terrasses inférieures que M. Boue retira les os mentionnés plus haut, à une profondeur d'un mètre environ ; mais^ avant le déblaiement du loess par le torrent, ces os devaient être recouverts d'une couche d'au moins 25 mètres d'épaisseur, ce dont il est facile-de se convaincre par l'étude du sol environnant.
Le loess qui contenait ces os était solide et n'avait point été remanié par le torrent, en sorte qu'ils ont été déposés là avant la formation de la couche qui les recouvrait, c'est-à-dire pendant que le Rhin déposait au loin la boue glaciaire et roulait des flots extrêmement accrus par la fonte des glaciers.
' Lyell, Ancienneté, pag. 335.
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 peu de distance de ce point, on a retrouvé, dans le même terrain et dans les mêmes conditions, les os de mammifères éteints contemporains du mammouth, en sorte qu'on est autorisé à envisager l'homme comme ayant vécu près de Lahr à la même époque, c'est-àdire avant le déluge historique.
Le loess de Ganstadt, près de Stuttgard, renferme des os humains et des restes d'ours, de tigre, d'hyène, de mammouth, de rhinocéros, de cerf à bois gigantesque, et d'autres mammifères. On signale pareillement la présence de l'homme et de quadrupèdes dans le loess de Mosbach, près de Wiesbaden ^ Une mâchoire humaine fut aussi trouvée en Hollande, à 5 mètres 70 de profondeur, sous le loess des environs deMaestricht, sur un terrain riche en fossiles, dont quelques-uns sont beaucoup plus près de la surface du sol que cette mâchoire, qui était à 5 mètres 50 de distance horizontale d'une défense d'éléphant.
L'Angleterre occupe une place trop importante dans ces recherches pour ne pas nous arrêter quelques moments. Retraçons d'abord, aussi rapidement qu'il nous sera possible, les dernières révolutions physiques qu'ont subies ces contrées avant l'époque actuelle, en prenant pour guide les travaux de M. Lyell.
Nous commencerons cette énumération par la pé^ riode continentale, durant laquelle le sol de la Grande- Bretagne était au moins à 150 mètres au-dessus de son niveau actuel, hauteur suffisante pour mettre à sec le fond de la mer, depuis les côtes de la Bretagne française jusqu'au nord du Jutland, de telle sorte qu'il ne
' D'Archiac, Faune quaternaire, pag. 157.