L'HOMME DANS LES TERRAINS DILUVIENS
restait plus à l'orient de ces terres émergées qu'un étroit chenal qui les séparait des côtes de la Norvège. C'est à la fin de cette période que remonte la forêt enfouie de Cromer, dans le Norfolk ; elle se compose de nombreux troncs d'arbres restés debout sur leurs racines, qui pénétraient dans l'ancien sol où elles ont poussé. Les vagues de la mer mettent de temps en temps au jour de nouvelles rangées d'arbres, qui ont dû occuper un espace considérable. Là croissaient le pin d'Ecosse, le sapin, l'if, le prunellier commun, l'aulne, le chêne, le bouleau, le trèfle d'eau, le nénuphar blanc et le jaune. Des cônes de pin ont été rongés exactement comme le fait l'écureuil dans nos bois. Les insectes qu'on y a trouvés sont d'espèces vivantes. De nos jours le pin d'Ecosse est localisé dans le nord des Iles britanniques ; le sapin n'est plus indigène dans la Grande-Bretagne. Les autres plantes subsistent dans le Norfolk , et plusieurs indiquent un sol humide et marécageux.
Les mammifères qui accompagnent cette flore sont assurément remarquables. Je citerai, entre autres, trois éléphants {E. meridianalis, E. primigenius, E. antiquus) ; le rhinocéros, l'hippopotame (£r. major) y le sanglier, l'ours, le loup, le cheval fossile, le bœuf, le renne, le cerf, un grand castor, etc. Cette faune, comme on va le voir, est fort antérieure à celle de la Picardie, et aussi à l'apparition de l'homme sur le sol britannique.
La forêt de Cromer est recouverte, sur une épaisseur d'environ 3 mètres, de sables et d'argiles avec lignite, consistant en lits alternativement fluviatiles et marins, montrant une série d'oscillations du sol, lequel dût être tantôt baigné par les eaux de la mer, qui y dépo-
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sait ses coquillages, tantôt relevé, et inondé par les eaux douces d'une rivière , qui à son tour recouvrait ce sol de coquilles fluviatiles. Au-dessus vient une couche d'origine glaciaire, de 6 à 24 mètres d'épaisseur. Â sa base on retrouve des blocs erratiques provenant de la Suède et de la Norvège, blocs dont on voit les pareils sur les côtes de la Hollande, en Westphalie, au delà de l'Elbe et en Danemark.
Un terrain de transport à couches tourmentées, re* couvrant le dépôt glaciaire, est surmonté à son tour de graviers et de sables, au-dessus desquels se trouve enfin le sol végétal actuel. C'est après cette longue série d'événements, qui empiètent sur les périodes suivantes, que de nouveaux cours d'eaux creusèrent des vallées dans les couches dont nous venons de voir la succession. Des bassins d'eau douce favorisèrent la formation de la tourbe, et c'est dans les dépôts fluviatiles ou lacustres de cette dernière époque, contemporaine du diluvium de la Somme, qu'apparaissent les premières traces de l'homme en Angleterre, où il arriva cependant, quand YElephas antiquus et le mammouth y vivaient encore. Ces détails, que je donne par anticipation, faciliteront l'intelligence des découvertes à mentionner plus tard.
Le sol britannique, uni au continent alors que prospérait la forêt de Cromer, eut à subir, comme nous l'avons vu, des mouvements oscillatoires d'affaissement et de soulèvement. L'immersion devint telle que l'abaissement de l'Ecosse est évalué à 600 mètres, et celui des autres parties des Iles britanniques à 300 mètres, de telle sorte que pendant cette période de submersion 4es sommités avaient l'aspect d'un archipel. Des neiges
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p^pétuelies recouvrireol les hauteurs, et les glaces flottantes jouèrent le même rôle que de nos jours dans la mer glaciale. Il est à peine nécessaire d'ajouter, que l'un des moyens de déterminer la mesure d'abais^ment du sol, consiste à observer l'altitude actuelle des dépôts marins de cette période.
Vient en troisième lieu une seconde période conti-nerUale^ durant laquelle le sol submergé sortit d« nouveau du sein des eaux, et s'éleva graduellement à la hauteur qu'il avait atteinte pendant la première période. Peut-être môme ce soulèvement fut-il plus considérable. Dans tous les cas, les Iles britanniques firent de nouveau partie du' continent. Alors les eaux de la Tamise se mêlaient à celles du Rhin. La flore germanique effectua son passage dans la Grande-Bretagne, où se répandit de nouveau la faune du quaternaire ancien, dont les grands mammifères sont beaucoup plus nombreux qu'on ne les retrouve dans aucune île. Pour ees migrations, un libre accès était nécessaire depuis les contrées méridionales du continent. C'est à la fin de cette troisième période qu'on doit faire remonter la première apparition de Thomme en Angleterre. Mais auparavant d'immenses glaciers, qui recouvraient les montagnes de l'Ecosse et du pays de Galles, avaient déposé au loin leurs moraines et leurs blocs erratiques, «n poussant devant eux et en déblayant dans ce dernier pays les dépôts marins, dont quelques vallées avaient •été comblées pendant la période de submersion. C'est ^u-dessus de ces terrains glaciaires qu'on retrouve les premières traces de l'iindustrie humaine.
La quatrième et dernière période à mentionner comprend le nouvel affaissement à la suite duquel le sol
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émergé est morcelé en de nombreuses îles, évolution qui se termine par l'état géographique actuel. Il y eut probablement plusieurs de ces oscillations du sol que nous avons déjà remarquées lors de l'affaissement de la forêt de Cromer. Ces mouvements alternatifs de hausse et de baisse n'appartiennent exclusivement, ni aux Iles britanniques , ni aux temps anciens ; on les observe encore actuellement sur plusieurs points de l'Europe, dans les pays Scandinaves, dans certaines contrées de l'Italie, ainsi que dans l'Amérique du Nord et dans celle du Sud. Cette action fort lente de nos jours, évaluée de 75 centimètres à un mètre et demi par siècle, a-t-elle été beaucoup plus prononcée à l'époque du quaternaire ancien ? Il est difficile de le dire ; dans tous les cas, rien n'autorise à admettre des mouvements brusques et violents, qui auraient amené des perturbations soudaines, que ne trahissent ni la flore, ni la faune. On sait que depuis le commencement de notre ère le temple de Jupiter Serapis, près de Pouzzole, est descendu de plus de 6 mètres au-dessous du niveau de la mer, comme le montrent, sur ses colonnes encore debout, les perforations produites par les lithophages; dès lors il a repris son ancien niveau, et depuis le commencement de ce siècle il s'est de nouveau affaissé d'environ 70 centimètres. Des actions du même genre, antérieures à notre ère et contemporaines de l'homme, ont été observées dans divers pays. Je citerai seulement celle qui a été constatée en Ecosse, sur les bords de la Clyde, dont les terrains bas se composent de minces couches de sable, de boue et d'argile. C'est de ces terrains qu'on a retiré en moins d'un siècle dix-sept canots. Cinq d'entre eux étaient enfouis dans