LITTÉRATURE
L Officieux , ou les présens de noces ; par Pigault-Lebrun, membre de la société philotechnique.
L’auteur ne déroge point à sa vieille habitude de jeter du ridicule sur la naissance de son héros-, encore vue généalogie. Cette fois pourtant, contre son usage, ü n’a point voulu que son héros fût bâtard : aussi lui Rit-il jouer le vilain rôle d’un bout à l’autre de l’ouvi âge : M. Pigault a décidément de l’aversion pour ht légitimité.
D’Oliban , marquis de fraîche date, est un homme dont on ne dirait rien s’il n’avait cent cinquante mille livres de rente , et la manie de s’occuper des üffaires du prochain. II met d’abord des entraves à un mariage en voulant le brusquer. Dans l’intention de rendre service, il commet une indiscrétion qui lui cbûte quatre-vingt mille francs et lui vaut un duel ; il se couvre de ridicule en épousant la cause d’unû folle, mais cela tourne à bien, et le baron de Vercelle, qui parait sur la scène sous de mauvais auspiçes, de J viendra plus tard le héros du roman.
Dans un voyage tout à fait édifiant avec des dames de bonne compagnie, le marquis veut retenir le cheval d’une comtesse y le cheval se cabre, l’amazone
, ( *>« ) perd l’équilibre., et l’auteur a soin de la faire tomber dans une de ces positions qu’il aime tant à reproduire.
Parles retards qu’occasionne l’obligeant marquis, il est cause qu’un détachement de six gardes royaux mange le dîner préparé pour la société. Une fille d’auberge est insultée par ces vauriens, et ne consent à se désister de sa plainte qu’au moyeu d’une rétribution proportionnée au dommage , et c’est encore d’honnête marquis qui paye la rétribution.
Je ne parlerai pas des autres incidens du voyage^ l’auteur descend ici fort au-dessous du burlesque -, le ■comique dispardît sous la salelé du tableau.
On arrive à Pithiviersd’Oiibati sonne le tocsin et •met en émeute le peuple de la ville et des campagnes voisines ; le mariage dont nous avons parlé est encore retardé par sa faute, il se termine enfin.
11 ne tient pas au marquis qu’une intrigue de son colonel avec une dame de la ville ne soit connue du public., et qui plus est du mari -, il est cause que le pauvre Frontin, valet de ce colonel, épouse une cuisinière hideuse moyennant la somme de 20,000 ft\ ; enfin, pour accroître sa considération et sa fortune, il veut épouser une demoiselle d’Apremont, qui, malheureusement pour le marquis, est aimée de Vercelle, qu’elle paye de retour. Le marquis a le consentement du père-, mais il .fait tant de gaucheries, il donne de si bon cœur.dans tous les pièges, qu’on lui tend, que sa manie d’obliger fait manquer son mariage.
Le titre de présens de noces ue nous semble pas
suffisamment justifié par ceux que le marquis fait à sa future, et qui lui sont renvoyés lorsque le père d’Apremont s’est laissé attendrir par les prières de sa fille et les bonnes qualités de Verceüe.
Ce roman n’est qu’umrtissu d’épisodes auxquels le î'ôle du principal personnage ne se rattache pas toujours d’une manière bien heureuse.
Le style de l’auteur est connu ; les mêmes tours de phrases, les mêmes idées se reproduisent dans tous ses ouvrages -, ils 11e peuvent paraître bien piquans dans les derniers.
Un écrit de ce genre doit entretenir le lecteur en verve de gaîté. J’ai ri, je suis désarmé, dit-on quelquefois : il Faut l’avouer, sous ce rapport VOfficieux n’est rien moins qu’excusable.
M. Pigaùlt commence ainsi un des chapitres de son roman.
« Nous avons laissé à Paris le cher marquis qui , « jusqu’à présent 111’a fourni amplement de quoi vous « faire bâiller ou rire. »
M. Pigault ne nous a point faire rire.
Les Illustres Lilliputiens en l’an de grâce 1818; avec cette épigraphe :
Un écrit clandestin n’est pas d'un honnête homme ,
L’auteur de cette innocente méchanceté ne se nomme pas. Nous avons long-temps combiné toutes
scs lettres initiales avec l’intuition de signaler, autant que possible, le bâtard de Boileau à l’admiration de nos lecteurs. Quelqu’un avait cru reconnaître M. E. B. T ., un autre M. J. F. Décidément, nous ne sommes pas sur la voie, et c’est bien dommage pour la postérité.
Laissera-t-on en paix tin rimeur entêté
Se faire un Apollon de sa méchanceté ?
Ce début semblait annoncer de la part de l’auteur autant de bon sens que de modestie. Oui, nous vous laisserons en paix, mon cher Sphodretis. Nous ferons mieux, nous déposerons cet avis charitable sur le lieu même où repose, à un exemplaire près qui se trouve entre nos mains, l’édition complète et intacte de votre œuvre poétique :
Va-t-en , jeune insensé, méprisable Zoïle!
M. Delaunay, libraire au Palais-Royal, prévient les amateurs d’énigmes, taut de Paris que de la province, qu’il fera don de la totalité des exemplaires d’une pièce de versintitulée : Les Illustres Lilliputiens, à l’Œdipe moderne assez habile pour débrouiller le passage suivaut, dans lequel il s’agit des oreilles d’ufl M. Sphodretis et de M; Vigée :
Ou, par un coup du sort, tu viendrais à tonclicr
Ces oreilles d’un preux, que tu crains d’approcher,
Et des tiennes soudain, rivales immodestes,
On tes verrait monter aux demeures célestes.
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Emploi de ma demi-solde, ou hudjet d’un sous-lieu tenant en expectative. — Le sort du capitaine d* troisième classe ,* par Auguste Despuech.
Dx'ja le sous-lieutenant sous les drapeaux nous avait donné son budjet. Son humble collègue a presqu’autant d’esprit et de gaîté que s'il touchait sa solde entière. Quarante francs par mois, voilà tout le fondsdont il peut disposer \ et cependant, avec de l’ordre et de la philosophie, il vit et n’a point à rougir de sou existence. Il ne s’endette même pas. La Provideuce, il est vrai , vient parfois à son secours. Notre sous-lieutenant dîne en ville. Les ministres ne sont pas les seuls qui donnent à dîner. Certains bourgeois de Paris accueillent avec plaisir le talent et le courage , et du moins à leur table le vieux vin de Bourgogne n’étourdit pas la conscience. Notre sous-lieuteuant a son couvert mis chez sa marraine*, il est également reçu chez son vieux commandant ; on le regarde là comme l’enfant de la maison, et cela supplée toujours à l’absence des cachets à vingt-deux sols pendant la moitié du mois.
On a beau faire et beau dire , le dîner est l’œuvre par excellence j demandez plutôt à messieurs nos ventrus *, c’est une opération quotidienne qui ne souffre pas de remise. Nous savons gré à notre jeune auteur de nous avoir d’abord rassurés sur ce point capital. Bientôt plus leste et plus gaillard, il va nous promener de plaisirs en plaisirs *, il va nous rendre
témoins, pour nous servir de son expression, de toutes ses flâneries: pourquoi donc ne nous parle-t-il pas de sa douce amie? Français et militaire, il doit en avoir une. C’est auprès d’une amie que nous trouvons tous l’oubli de nos maux, et le bonheur de l’espérance.
Si notre poëte montre autant de discrétion à l’égard de sa maîtresse, du moins il nous fait connaître ses amis ; ce sont de jeunes guerriers, vétérans de la gloire. Compagnons de ses périls, ils le sont aussi de ses loisirs-, ils se consolent entr’eux, en se rappelant leurs jours de victoires.
Un de nos bons amis retarde notre marche ;
Mais nous l’excusons bien de sa lente démarche :
]1 pèse «ycc effort sur sa jambe de bois.
Qui le croiraitpourtant? il avait eu la croix.
Et ne la porte plus; lorsqu’à ma connaissance 11 existe des gens, boiiffis d’insiiffisance ,
Qui, pleins d'un sot orgueil , et fiers de la porter,
Sont encore à chercher s’ils l’ont su me'riter.
L’oisiveté’ plaît bien un moment -, elle laisse à la longue uu grand vide dans l’âme. Notre sous-lieutenant en expectative a senti l’objection.
J’entends quelqu’un me dire : « Il n’est pas difficile « De trouver une place et de se rendre utile $
« Avec votre conduite, et rempli de talens « Vous pouvez obvier à tous les accidens. »
— Vous êtes trop honnête et je vous remercie.
Savez-vous ce que c’est que la bureaucratie ?
L’homine le plus capable et le plus estimé,
Si l’on change scs chefs , se trouve supprime' ;
D'ailleurs il faut long-temps faire un apprentissage,
Avant de rien gagner.Eh bien, est-ce à mon âge ,
Sur-tout lorsque j’attends que je sois rappelé,
Que je dois m’élancer sans me voir épaulé ?•'
Irais je , en attendant que je vous assassine.
Apprendre chezPortalTnrt dela médecine?
Auner « liez un marchand des toiles, des tricots Et, bh ma le à mon tour , singer lès-calicots ?
Ou chez un procureur avilir l’épaulette ?.
Non, non , jusqu’à présent j'ai la conscience nette,
J aime mieux, de la guerre affrontant les hasards.
Me ranger de nouveau sous les drapeaux de Mars ,
C’est le plus beau métier. ..
Aimable fainéant, alte-là, s’il vous plaît -, sachez que l’état militaire cesse d’être honorable, s’il devient un métier*, que l’homme laborieux, qui sait utiliser ses loisirs, est plus estimable que ce caméléou politique qui vend au parti le plus fort son bras et son honîveur*, et que celui-là seul est un. bon citoyen qui défend sa patrie lorsque sou indépendance est menacée A et qui l’enrichit par sot» talent et son industrie, lorsque la paix a rouvert les sources du commerce.
Le capitaine de troisième classe est un riche pensionnaire en le comparant à notre sous-lieutenant. Cent cinquante francs par mois , c'est une somme air moius *, il semble qu’elle soit inépuisable , et pourtant notre capitaine n’est, point satisfait *, nous ne le sommes guère plus que lui.
Une plume de 1er ne pourrait me suffire S’il fallait aujourd'hui tout au long vous écrire
Tout ce qui constitue un équipage entier
Du mannequin vivant que l’on nomme officier.
Il est de ces choses , dit Bridoison, que l’on peut se dire à soi-même , mais que l’on ne dit point aux autres. Mannequin vivant!. . . encore si l’on parlait d’un Cosaque ou d’un Suisse, passe ; mais un officier français, modèle de grâce et d’élégance... cela n’est pas pardonnable.
Les cent cinquante francs de M. le capitaine sont dépensés. Il ne lui reste plus qu’un écu de six francs.
Ah ! si je consultaismon amoureuse envie ,
Je l’offrirais soudain à la jeune Sylvie.
Je n’ai point les vertus du sublime Platon y
Mon cœur battit toujours à l'aspect d’un jupon.
Un amant tant soit peu délicat peut-il bien s’exprimer ainsi ? Nos guerriers, tant renommés par leurs exploits d’amour , n’auraient-ils que des confidences pareilles à nous faire !
Heureusement pour notre auteur, une pensée lumineusevient à son secours elle lui fait entrevoir les inconvéniens d’une liaison intime avec mademoiselle Sylvie.
Je fais réflexion sur un point capital :
Mon écu pourrait bien me mettre à V hôpital,
Et deux mois toutau moins passés à la diète
Contre le mal d’amour sont fort bonne recette.
Je plante là ma belle. . . .
Le morceau le plus remarquable du poërne , c’est
la péroraison. L’auteur s’adresse à lui-même une petite remontrance , pleine de charme et de naïveté :
Il ne t’appartient pas de chanter les exploits Des soldats. des he'ros, des princes et des rois.
En vain pour rimailler lu te mettrais en quatre ;
Ami, borne tes soins à savoir bien te battre.