‹ L'homme invisibleChapitre 12 sur 41 · scène. Sapristi! je ne peux pas m’en · texte numérisé non relu

scène. Sapristi! je ne peux pas m’en

servir, à ce que je vois...

L’étranger fit courir sa manche du haut

en bas de son gilet, et, comme par miracle, les boutons que suivait cette manche se trouvèrent défaits. Alors il palpa sa jambe et se baissa ; un autre eût semblé porter la main à ses souliers, à ses chaussettes.

— Mais ! s’écria Huxter, tandis qu’il était ainsi penché, ce n’est pas un homme ! Ce ne sont que des vêtements sans corps ! Regardez : on peut voir, par son col, la doublure des habits. Je pourrais y mettre mon bras.

Il étendit la main, mais il crut rencontrer quelque chose dans l’air et il la retira avec un cri perçant.

— Je vous prie d’ôter vos doigts de mes yeux ! disait la voix aérienne du ton d’une prière farouche. La vérité est que je suis là tout entier, tête, mains, jambes, et le reste ; mais il se trouve que je suis invisible. C’est bien ennuyeux, mais c’est ainsi. Ce n’est vraiment pas une raison, il me semble, pour que je sois mis en pièces par tous les imbéciles de Iping !

Déboutonnés maintenant, et soutenus par un corps invisible, tous ses vêtements restaient debout, avec le geste des poings appuyés sur les hanches.

Plusieurs hommes du peuple étaient entrés ; la salle était tout à fait encombrée.

— Invisible, hé ? dit Huxter, qui ignorait les méfaits de l’étranger. Qui a jamais entendu parler de chose pareille ?

— Cela peut être bizarre, mais ce n’est pas un crime. Pourquoi suis-je attaqué de cette manière par un agent de police ?

— Ah ! cela, c’est autre chose ! riposta Jaffers. Point de doute que vous ne soyez un peu difficile à distinguer en plein jour. Mais je suis porteur d’un mandat, et tout est en règle. Ce que je poursuis n'est pas invisible : c’est le vol commis au presbytère. On s’est introduit dans une maison ; on a pris de l’argent...

— Eh bien?...

— Et les circonstances donnent à penser...

— Balivernes, que tout cela ! s’écria l’homme invisible.

— Je le veux bien, monsieur. Mais j ai reçu des ordres...

— Soit ! Je vous suivrai. Mais pas de

menottes !

— C’est la consigne ! déclara Jaffers.

— Pas de menottes ! répéta l’étranger.

— Excusez-moi.

Tout à coup le fantôme s’assit, et avant

que personne eût pu se rendre compte

de ce qui se passait, les pantoufles, les

chaussettes, le pantalon, avaient été

poussés du pied sous la table. Puis

l’étranger se redressa et jeta au loin de lui

son habit.

— Là, empêchez-le! criait Jaffers com-

prenant soudain ce qui arrivait.

Il saisit le gilet : le gilet se débattit ;

la chemise, s’en échappant, le laissa

flasque et vide aux mains de l’agent.

— Tenez-le bien ! criait à tue-tête

Jaffers. Si jamais il sort de ses habits !...

— Tenez-le bien ! répétait chacun.

Et tout le monde de se précipiter sur

cette chemise blanche qui s’agitait et

qui était maintenant tout ce que l’on

pouvait voir de l’étranger.

Une manche de cette chemise porta

un mauvais coup en pleine figure à Hall,

qui se trouvait là, les bras ouverts ; il

tomba àlarenverse sur le vieuxToothsome,

le sacristain. L’instant d’après, la chemise

fut soulevée et s’agita d’une manière

désordonnée le long des bras, comme une

chemise qu’un homme ôte par-dessus sa

tête. Jaffers la saisit ; il ne fit qu’aider à

l’enlever. Il fut frappé à la bouche avec

une violence qui lui fit perdre le souffle.

Aussitôt il tira son bâton, et ce fut Teddy

Henfrey qu’il atteignit brutalement sur

le sommet de la tête.

— Attention ! attention !

Tout le monde criait, se garait et tapait

dans le vide.

— Tenez-le !

— Fermez la porte !

— Ne le laissez pas échapper !

— Je tiens quelque chose.

- Là!

- Là!

Ils faisaient tous le bruit d’une vraie

Babel. Tous, semblait-il, étaient atteints

en même temps. Sandy Wadgers, avisé

comme toujours et l’esprit particulière-

ment aiguisé par un coup effrayant reçu UNE MANCHE DE CETTE CHEMISE PORTA UN

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