‹ L'homme invisibleChapitre 27 sur 41 · OXFORD STREET · texte numérisé non relu

OXFORD STREET

» En descendant l’escalier, la première

fois, j’avais trouvé une difficulté impré-

vue : je ne voyais pas mes pieds; je tré-

buchai à deux reprises. De même, il y

eut une gaucherie singulière dans ma

façon de saisir le verrou : je ne voyais pas

mes mains... Cependant, à condition de

ne pas regarder par terre, je parvins à

marcher assez bien sur le terrain plat.

»Mon état d’esprit, vous devez le com-

prendre, était l’exaltation. J’éprouvais

la sensation d’un voyant qui marche-

rait, avec les pieds enveloppés d’ouate

et des vêtements qui ne feraient aucun

bruit, dans une cité d’aveugles. J’avais

une tentation folle de plaisanter, de faire

peur aux gens, de leur taper sur l’épaule,

d’envoyer promener des chapeaux, enfin

de m’ébattre en mes avantages excep-

tionnels.

» Pourtant, à peine avais-je débouché

dans Great Portland Street (je demeurais

tout près du grand magasin de nouveau-

tés), j’entendis le bruit d’un choc et je fus

heurté violemment par derrière : m’étant

retourné, je vis un homme qui portait un

panier de siphons et qui regardait son

fardeau avec ahurissement. Quoique le

coup m’eût réellement fait mal, je trouvai

quelque chose de si drôle dans sa stupéfac-

tion, que j’éclatai.de rire bien haut. «Le diable est dedans ! » criai-je en tirant devant un cabaret, se jeta dessus et ses le panier des mains du porteur. Celui-ci doigts étendus m’atteignirent, avec une

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