‹ L'homme: la vie--la science--l'artChapitre 13 sur 47 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

gions. Son impatience trop grande en présence des tristes réalités de ce monde n'altère en rien laluci- \ dite inouïe de son regard, quand il prend ces 1 mêmes réalités dans sa main pour les étudier et ' pour les juger. Ce regard pénètre l'opacité des sur- . faces et voit la substance même.

Ni La Bruyère, ni Pascal, ni Tacite, ni Shakespeare, ni Balzac n'ont scruté avec cette vigueur et cette finesse les abîmes de l'âme, ou ses détours les plus cachés. Ce qu'ils disent semble superficiel, à côté des profondeurs étonnantes dans lesquelles' descendent les terribles analyses d'Hello, Lisez l'Avare d'Hello, et lisez l'Avare de Molière ou de Plante : Plante et Molière vous sembleront des enfants. Leur Avare, formé avec ti'ois ou quatre traits heureux d'un pinceau léger, estune silhouette sur un mur, une ombre chinoise sans épaisseur que le machiniste fait mouvoir et que le souffleur fait parler. L'Avare d'Hello, ce n'est ni le costume de l'avare, ni sa physionomie, ni son langage, ni l'accent de sa parole, ni tout cela à la fois ; il est l'Avare lui-même : non pas dépeint dans ses traits extérieurs, mais montré tout à coup dans sa vivante et effroyable réalité. Ce n'est pas son portrait, c'est lui-même. Ce n'est pas un avare, c'est l'Avare. C'est plus que TAvare, c'est l'Avarice. C'est l'Avare avec son Avarice, l'Avare tel qu'il a été, qu'il est et qu'il sera. C'est l'âme de l'Avare ouverte brusquement par une main puissante, et étudiée par

XXIV l'homme

l'œil du génie, non pas à la lueur des torches, mais aux grands rayons du soleil. Hello connaît l'Avare plus que l'Avare ne se connaît lui-même. Il pénètre dans l'essence même de la passion et atteint des assises granitiques que nul ne connut avant lui. Il y a du Cuvier et du Geoffroy Saint-Hilaire dans sa façon d'écarter puissamment les couches terrestres de la passion humaine et d'arriver jusqu'au fondement primordial. Il y a du Lavoisier dans sa manière d'analyser et de décomposer les éléments constitutifs des choses qu'il étudie. — J'éprouve, en écrivant ces mots, une violente tentation de citer çh et là quelques fragments du Maître pour montrer combien est vrai ce que je dis de lui : mais je résiste à ce désir; et je neveux en rien déflorer, pour le lecteur, le plaisir qu'il éprouvera à goûter par lui-même une telle impression, dans le silence de sa pensée et sans le bruit importun de mes commentaires.

Je le dis encore, sans crainte de me répéter. Hello pénètre dans les goufl*res et vous les montre. Il étend la main vers la voûte du ciel, prend au Soleil un faisceau de rayons, et entre ensuite dans l'abîme d'un pas tranquille, en vous tenant par la main et en vous disant: « Regardez et voyez. » Et le voilà, promenant la lumière.

Avez-vous jamais pénétré, par quelque crevasse d'un roc, dans une de ces vastes grottes, profon-

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