‹ L'homme: la vie--la science--l'artChapitre 19 sur 47 · LES ASSOCIATIONS D IDÉES · texte numérisé non relu

LES ASSOCIATIONS D IDÉES

N'a-t-on pas voulu aussi nous dire et nons faire croire que la sérénité ressemblait à la mort et que le trouble est le caractère de la vie ? C'est la faiblesse qui parlait ainsi pour faire penser qu'elle était vivante. Ne pouvant guérir sa fièvre, elle a fini par Tadorer : elle Ta montrée au monde, en disant: Voilà la vie! et le monde a écouté, et ceux qui n'avaient pas la fièvre ont singé la fièvre, croyant par là singer l'ardeur. Ils avaient oublié combien les frissons sont froids.

L'Art grec a ignoré ce genre de folie. Sa beauté est tout entière dans le repos. Mais son repos n'est pas le repos qui termine, le repos définitif, le repos du dénoûment, ce n'est pas le repos de l'être quia connu la colère et quil'a abjurée: c'est le repos de celui qui n'est pas encore en colère.

L'art a pour caractère de préparer l'harmonie, qui n'est pas encore faite, en nous présentant l'image dans un miroir. Il combine d'avance les éléments qui sont encore en lutte dans la vie et cherchent à se combiner. Pendant que la vie, égarée et haletante, est encore en travail de la beauté qu'elle poursuit habituellement sans l'atteindre, l'art, pourla guider et la soutenir, dégage d'elle l'élément de splendeur qu'elle contient, lui montre son avenir et son idéal. Il est évident par là que le caractère essentiel de l'art, c'est la sérénité, c'est le repos, la conquête accomplie, la bataille gagnée, la paix pressentie et proclamée pendant la guerre.

[. Aussi les voix qui trompent ne cessent de répéter que

^ l'artiste est et doit être 4e jouet de toutes les agitations,

de toutes les erreurs, de toutes les violences. Ce petit personnage nommé Horace, qu'on a qualifié de poète et de viveur, sans doute parce qu'il ignorait autant la poésie que la vie, n'a-t-il pas dit quelque part: Genus irritabile valum? mauvaise plaisanterie, qui, pour être comprise, demande à être ainsi traduite: la race irritable des prophètes.

L'Art, pour trouver le calme, a besoin de retrouver l'élévation et la profondeur. L'écume est toujours remuante, agitée, emportée, furieuse ; mais l'écume n'est pas l'Océan. La mer est profonde: voilà le secret de sa majesté. Si grande qu'elle soit, si elle n'était pas profonde, elle ne serait pas sublime. Si le regard peut se fixer longtemps sur elle sans fatigue, c'est qu'il devine sous les flots qu'il voit ceux qu'il ne voit pas. Il devine que rOcéan a une profondeur digne de sa grandeur. Aussi se repose-t-il. Mais la surface de la mer toute seule l'agiterait. Toutes les surfaces sont troubles : les profondeurs seules possèdent, contiennent et donnent le repos.

Sainte puissance égarée, enfant de la grande maison, qui as cherché ta vie loin du père de famille, et ne Tas pas trouvée, toi qui as partagé aussi la nourriture des pourceaux, toi dont la médiocrité ose parler légèrement, et qui pourtant portes le nom à! Art, infidèle, quand te convertiras-tu ?

Souviens-toi que Luther t'a fermé la porte, et que le Père de famille t'a donné asile au pied des autels. Dieu te reçoit dans ses temples ; il t'est permis de prier.

Le protestantisme a abandonné l'imagination de l'homme. Il n'a pas permis au Dieu rédempteur de s'en emparer. Il a oublié que le Dieu créateur avait fait les

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