‹ L'homme: la vie--la science--l'artChapitre 37 sur 47 · SAINT DENIS L'ARÉOPAGITE · texte numérisé non relu

SAINT DENIS L'ARÉOPAGITE

fions et des négations, je crois assister à une re'vélation de la lumièr';? faite par une éclipse de soleil.

Cette passion du vrai était en même temps chez saint Denis la passion du beau. Jamais chez lui, le langage de la métaphysique n'a le caractère delà sécheresse ; il est riche, ample, poétique dans le vrai sens du mot, plein d'abondance et de douceur, d'effusion et d'amour.

L'union de la vérité, de la beauté, de la bonté, cette union qu'il proclame, éclate dans sa parole : car il parle comme il pense, et il pense comme il vit.

Voici, d'après saint Denis, la notion de la prière ; voici l'idée métaphysique la plus haute et la plus pure : le génie du grand homme la rendrait accessible à un enfant :

« Et d'abord invoquons la Trinité, bonté suprême, cause de tout bien, qui nous dévoilera elle-même les secrets de sa douce providence. Car il faut, avant tout, que la prière nous conduise vers le bienfaisant créateur, et que, approchant de lui sans cesse, nous soyons initiés de la sorte à la connaissance des trésors de grâces dont il est comme environné. A la vérité, il est présent à toutes choses, mais toutes choses ne se tiennent pas présentes h lui. Quand nous l'appelons à notre aide, par une prière chaste, Tesprit dégagé d'illusions, et le cœur préparé à l'union divine, alors nous lui devenons présents ; car on ne saurait dire qu'il soit jamais absent, puisqu'il n'habite pas un lieu et qu'il ne passe pas d'une place à l'autre. L'homme s'élève donc par la prière à la contemplation sublime des splendeurs de la divine bonté : tels, si une chaîne lumineuse attachée à la voûte des cieux descendait sur la terre, et si, la saisissant, nous portions sans cesse et l'une après l'autre les mains en avant, nous croirions la tirer à nous, tandis qu'en réalité elle reste immobile à ses deux extrémités et que c'est

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nouB qui avançons vers le splendide éclat de son radient sommet, i'els encore si, montés dans un navire, nons tenions pour nous aider un câble fixé k quelque rocher, nous ne ferions pas mouvoir le rocher, mais bien plutôt nous irions à lui, et le navire vers nous. Tel enfin, si du bord d'un bateau, quelqu'un venait à pousser les montagnes du rivage, il n'ébranlerait certes pas ces masses iramenses,immobile8,maislui-méme s'éloignerait d'elles, et plus son effort serait violent, et plus il se rejetterait loin. C'est pourquoi dans tous nos actes, et surtout quand il s'agit de traiter des choses divines, il faut débuter par la prière, non pas afin d'attirer cette force qui n'est nulle part et qui est partout, mais afin de nous remettre entre ses mains, etc. etc. » {Des noms divins^ chap. ra.)

Le sens vivant du symbolisme donne aux comparaisons de saint Denis, non la forme banale d'une figure de rhétorique, mais la signification précise d'une réalité qui parle.

Le livre des Noms divins nous indique, par son titre même, l'idée fixe de saint Denis: cette idée fixe, c'est la notion de l'Être ; il a la passion dévorante et féconde de l'infini vivant, et môme quand il est en relation avec le fini et le multiple, son cœur reste avec son trésor, enfermé dans le sanctuaire. L'âme de saint Denis a la forme d'un sanctuaire ; elle est le temple de l'Unité. Quand il parle de Dieu, isa parole a en même temps la beauté de la parole, car il dit ce qui se peut dire, et la sublimité du silence, car elle finit toujours par mourir dans l'aveu de sa faiblesse.

En dehors du Christianisme, les hommes qui ont dans l'intelligence certains principes élevés sont habituelle-

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meut durs et inflexibles dans la pratique de la tie. Leur élévalion les incline, en général, à la rigueur ; ia force qu'ils ont, ou qu'ils croient avoir, les GTlspense à leurs propres yeux de compatir à la faiblesse. Dans le Chrislianisme le phénomène contraire se produit. Plus le saint est fortifié en Dieu, plus il incline miséricordîeusement ses mains et son âme vers ceux qui ne savent pas, qui ne voient pas, qui ne veulent pas. La jQstice et la miséricorde s'embrassent en Dieu d'un embrassement incompréhensible : chez les saints TUnité inflexible de la doctrine souveraine et immuable s'unit divinement aux tendresses de la clémence qui connaît à fond les misères du coupable.

Dans la magniGque lettre qu'il adresse à Démophile, saint Denis lui raconte la vision de CSarpas. Garpus était un homme « éminemment propre aux contemplations divines, à cause de l'extrême pureté deson esprit »•

Carpus avait eu l'honneur de donner l'hospitalité à saint Denis. Un jour, un infid^e ayant ramené au paganisme un nouveau chrétien, Gal^us conçut contre ces deux hommes une amère indigntition. Pour la première fois, à ce qu'il parait, la colère de Carpus prît le caractère de la haine : il oublia que Dieo n*est pas dans la tempête: il maudit. Il oublia que le soleil ne doit pas se coucher sur notre colère : il s'endormit dans la haine. A rheure où il avait l'habitude de se réveiller pour Ut prière, il se réveilla pour la haine: il tâaudilé

Il parait que Dieu aimait Garpus an point de lai parler même quand il maudissait Car cet hotnine eut une vision que saint Denis Croit divine.

11 vil les deux pécheurs sur le bord d'un précipice, et au fond du gouffre d'affreux serpents rampant vers eux. Quelques hommes se joignaient aux serttettte. A

demi contraints, à demi séduits, les deux coupables allaient être entraînés : Carpus maudit encore. Dans la profondeur duûrmamententr'ouvert apparaissait Jésus- Christ. Il paraît que Carpus avait oublié le ciel: car ses yeux, avides de vengeances, s'étaient détournés de Celai qui pardonne. Mais il vit Jésus se lever de son trône, tendre la main aux coupables et les anges aider le Sauveur. Et le Sauveur disait à Carpus:

« Lève la main et frappe-moi désormais : car je suis prêt à mourir encore une fois pour le salut des hommes, et cela me serait doux si Ton pouvait me crucifier sans crimes. »

Carpus comprit la leçon et saint Denis s'empara du fait, comme d'un glaive de miséricorde.

Parmi les gloires de saint Denis, je ne veux pas passer sous silence Tamitié illustre qu'il garda toujours à son maître, le divin Hiérothée. La figure auguste d'Hiérothée n'a pas traversé l'histoire : nous la voyons seulement dans la vénération ardente de l'Aréopagite qui jamais n'a nommé son maître sans de sublimes battements de cœur. Hiérothée disparaît à nos regards, dans l'auréole de saint Denis, comme dans un char de feu, laissant tomber sur son disciple son double esprit et son manteau. Saint Denis fut l'Elisée de cet Élie.

L'histoire de saint Denis mort se continue dans la vie des saints, dans les annales de la pensée humaine, elle fait corps en même temps avec l'histoire de France. M»"^ Darboy a savamment étudié son influence sur le Moyen Age. En traversant saint Anselme, saint Denis pénétra la science occidentale.

Clovis apprit de sainte Glotilde à respecter le nom de ce Docteur et de ce Martyr. Dagobert s'abrita derrière

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le même nom contre la colèredu roi Glotaire II : il éleva à saint Denis Téglise qui porte encore ce nom. Saint Suitbert, apôtre des Frisons; le bienheureux Notger, évéque aux Pays-Bas; sainte Édithe, sœur de saint Edouard, roi d'Angleterre et martyr, imitèrent son exemple.

Dagobert avait mis sa couronne sur l'autel de Saint- Denis. Pépin le Bref voulut être enterré seulement à la porte de Téglise de Saint-Denis, n'osant pas aspirer à un plus intime honneur. Charlemagne fit hommage à saint Denis de ses États. Louis le Débonnaire déclara avoir recouvré son royaume par l'intercession de saint Denis. Et, en effet, dans sa prison, le Docteur, quiallait devenir martyr, n'avait-il pas entendu de la bouche de Jésus-Christ cette parole :

« Lorsque vous prierez pour quelqu'un, vous obtiendrez ce que vous voudrez. »

Gomme Dagobert, saint Louis porta sa couronne sur l'autel du Docteur-Martyr, et, avant de partir pour la Palestine, il vint le prier dans sa cathédrale.

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